1 BIS. CIELJ ET CRILJ MÉRITENT, SUR CE BLOG, EN 2012, DE PASSER A LA TRAPPE

 

1ERE DÉCENNIE DU 21EME SIÈCLE :

DES AFFRONTS QUI MÉRITENT RÉFLEXION    

          C'était en 2001 et j'avais 70 ans lorsque j'ai accepté de faire partie du CRILJ. Du CRILP parisien Pour être plus précis. C'était pour moi une manière de saluer les articles critiques – d'abord plutôt suspicieuses  puis de plus en plus encourageantes et élogieuses au fur et à mesure que les livres étaient bien accueillis par le petit noyau d'esthètes qui leur reconnaissaient au moins leur modernité – qui avaient salué mon entrée en Littérature pour la Jeunesse. Les personnes qui les formulaient étaient la plupart du temps de vieilles baroudeuses et quelques anciens scouts adeptes comme moi des mouvements populaires des années 30 qui pensaient encore, comme moi, que la lecture pouvait sauver des âmes en danger d'ignorance des nombreux pièges de la vie.

           Mais je déchantai vite. Les vieux scouts étaient bien là mais ils étaient dépassés en tout par deux femmes qui avaient trouvé dans la gestion de cette association d'intérêt public et à but non lucratif, le socle idéal pour exercer leur matriarcat et une mise à l'index, non pas des livres publiés au nom des principes du Vatican et du librorum prohibitorum, puisqu'elles étaient assez finaudes pour se flatter d'être les premières à revendiquer, au nom de la pluralité d'opinions et du droit à l'expression, de rendre compte de tous les livre importants qui abordaient les sujets controversés parmi lesquels les différences culturelles, la ségrégation, le racisme...mais une exclusion des personnes qui les écrivaient ou les produisaient et à qui, bien que français, on refusait catégoriquement, au nom de principes stupidement nationalistes, de reconnaître le droit au choix de ces livres importants et même tout simplement à la parole, parce qu'ils appartenaient à des diversités ethniques.

       En effet, je m'aperçus vite que les réunions de notre conseil d'administration étaient de pure forme puisque les décisions se prenaient toujours, dans les coulisses du siège de la rue de Châteaudun, par les quatre ou cinq personnes du noyau agissant, sorte de petit comité stalinien et que la plupart des membres de ce conseil, pourtant représentatifs des diverses branches de cette Littérature de Jeunesse, ne servaient en somme que de caution à ce comité d'autocrates à la petite semaine, jaloux de leur pouvoir et se flattant d'être des chrétiens de gauche, pour entériner des décisions prises en catimini et au mépris des avis de la majorité.

       Curieux constat : ce CRILJ parisien, devenu presque aussitôt national par la volonté des fondateurs, tous d'appartenance communiste et de gauche, qui avaient trouvé logique, normal et naturel, d'ouvrir les portes de l'organisme créé dans l'intérêt de tous les enfants, aux autres tendances politiques et confessionnelles du moment pour être représentatif de notre République démocratique, se voyait, quelques années après, noyauté de l'intérieur par les derniers arrivés et transformé de leur fait en véritable bastion de défense de la culture judéo-chrétienne et régi par des ostracismes dignes aussi bien des plus beaux jours du Kominterm que des croisades menées par Rome dès le milieu du 19ème siècle contre la liberté d'expression.

          Pendant quatre années, de 2001 à 2005, j'ai donc assisté, en figurant totalement neutralisé, à un spectacle  où les acteurs du comité catho-stalinien défendaient du bec et des ongles, avec un autoritarisme hypocrite intransigeant, sectaire et ségrégationniste, les pouvoirs qu'ils s'étaient arrogés et les prérogatives qui en découlaient. Cela au détriment de toutes les actions d'envergure que nous aurions pu mener ensemble, démocratiquement, si nous avions été concertés, nous les préposés aux rôles de figuration ou si le petit aréopage des décideurs-baroudeurs d'un autre temps avait daigné entendre les propositions que nous pouvions faire et, mieux encore,   celles que l'on ravalait puisqu'on savait bien qu'elles n'avaient aucune chance d'être entendues.

         Je quittai ce CRILJ en novembre 2005 après avoir essuyé le refus de Mme Hennequin de prendre en considération ma proposition d'envisager l'entrée, dans notre conseil d'administration, puisque quatre places se trouvaient vacantes, de personnes accréditées en Littérature de Jeunesse, (écrivains, illustrateurs, bibliothécaires...) issues des diversités ethniques visibles, noires, jaunes, bistres ou blêmes.

        Preuves pour moi étaient ainsi faites que je cautionnais une association qui n'était pas représentative de notre société contemporaine et surtout les convictions bien particulières, "nationalistement" étriquées, d'une présidente intolérante et raciste et de ses souteneurs.

        Aucune des personnes présentes le jour où je fis ma proposition ne s'éleva contre le refus de Mme Hennequin. A croire que tous mes confrères et consœurs étaient devenus par contamination, sous le joug de cette mentalité d'arrière garde, véritable "rhinocérite", de véritables invertébrés.

        En 2008, je remis sur le tapis la même proposition d'extension de notre association aux représentants accrédités issus des diversités ethniques, au CIELJ, dont j'étais depuis 1988 membre d'honneur, mais dans lequel, comme au CRILJ, j'étais rendu totalement inefficace en raison de la volonté délibérée de Mr et Mme Despinette, fondateurs de l'organisme, puisque mon rôle se résumait à donner ma voix, une fois par an, pour pouvoir continuer d'afficher vis-à-vis des organismes d'état, un conseil d'administration en ordre de marche et bénéficier des subventions du budget public.

       Pourtant, les ambitions affichées du CIELJ étaient internationales cette fois ! Mais il se trouvait alors que, par un concours de circonstances bien organisées par une concussion flagrantes des pétroleuses-baroudeuses, Mesdames Despinette et Hennequin, et de leur esprit scouts de France dénaturé, c'était encore Mme Hennequin qui officiait à la tête du conseil d'administration du CIELJ, en spécialiste de cette qualité de gestion dont j'ai parlé plus haut. Bien provisoirement toutefois puisqu'il s'agissait à l'époque, en raison du désaveu de l'autoritarisme de Mr et Mme Despinette par le Président Blin et en conséquence de sa démission, de nommer un nouveau Président non pas digne de représenter l'organisme international mais de permettre à Mme Despinette, de garder la main mise sur le CIELJ. Ce sera Jean-Marie Despinette, nonagénaire, qui, dans un premier temps, assumera cette charge mais pour peu de temps en raison de son âge pour céder ensuite la place à Etienne Delessert quelques temps après.

        Bref, ma conclusion pessimiste, qui restera pour moi comme le pire des affronts à l'énergie que j'aurai dépensé pour contribuer au renouvellement de la Littérature de Jeunesse, est cet échec de ne pas avoir réussi à obtenir que ces deux associations que je considérais – peut-être à tort – comme dignes de respect et faisant réellement partie de nos institutions du livre, s'ouvrent et deviennent ce soutien indispensable auquel ont droit ces écrivains, ces chercheurs, ces illustrateurs, ces psychologues, ces prescripteurs... représentatifs des diversités ethniques, français, s'exprimant en français, et qui sont, de plus, publiés par de nombreux éditeurs parmi les plus célèbres.

      Ces deux affronts à notre éclectisme français, à notre proverbial esprit d'ouverture et de tolérance émancipatrice, constitueront certainement, en fonction de mon âge et de mon retrait de toute activité, le dernier regret de ma vie.

      Un regret que je lance tout de même comme un boomerang et comme un anathème à tous les Français nationalistes obtus, de quelque obédience qu'ils soient, qui voudraient encore penser que leur culture occidentale judéo-chrétienne est un apanage sans égal qui ne peut que s'imposer sans se partager et sans jamais avoir à se remettre en cause.

                                                       Janvier 2012

  

 


13/09/2012
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