28. DES MEURTRES DE L'ÉDITION SANS ÉDITEURS

 

  

     En hommage à André Schiffrin, auteur de : "L'Édition sans éditeurs",  "Le contrôle de la parole" et de  "Allers retours" publiés chez "La fabrique, éditions".

                  Et à la mémoire de Jérôme Lindon, auteur de cet article du Monde du 9 juin 1998, qui donna à A. Schiffrin le titre de son livre : "L'édition sans éditeurs"

   En Édition pour la Jeunesse, comme en tout autre milieu économique et culturel, les "m'a-tu-vus" côtoient sans scrupules les "faiseurs", les bonimenteurs, les esbroufeurs de contes pour enfants qui, sous couvert de bons sentiments, de bienfaisance et d'utilité publique, se sont précautionneusement organisés en habiles réseaux d'exploitation, protégés par "la loi Lang", mais gérés par un gang d'assassins aux mains blanches dont les basses œuvres visent surtout, par delà les rares personnes qui agissent encore en conscience pour défendre les intérêts culturels de la jeunesse, les quelques dernières Associations et Organismes de soutien à la lecture et au livre de qualité, à faire du fric..
       Après le CRILJ (Centre de recherche et Information en Littérature de jeunesse) section d'Ile de France, organisme national, regroupant une trentaine de CRILJ régionaux, mis en difficulté ces derniers temps par une suppression radicale des subventions qui lui venaient du Ministère de la Jeunesse et des Sports, c'est au tour du CIELJ (Centre International d'Etudes en Littérature pour la Jeunesse) de donner des signes d'étranglement, avant-coureurs d'une débâcle et d'un naufrage depuis longtemps quasiment prévisible.
         Qui veut la mort de ces deux organismes et pourquoi?... Que faire pour empêcher qu'ils cessent d'exister et de remplir leurs rôles ?
         De qui dépend le pouvoir de leur tendre la main et de leur faire, tant qu'il est encore temps, absorber un remède de cheval, de les mettre sous oxygène, de leur faire du bouche à bouche, de pratiquer une ou deux saignées?...

Que font, ou plutôt que ne font pas, les organismes culturels de soutien à la lecture et au livre ?...Ceux des Municipalités, celle de Paris pour le CRILJ et de Charleville-Mézières pour le CIELJ?... Ceux de la Région Ile de France pour le CRILJ et de Champagne-Ardennes pour le CIELJ?...    des Conseils Généraux ?... Des Conseils régionaux ?...Des Départements ?...De la Nation ?...De la Fondation de France ?...Des éventuels et divers Mécénats privés?... Des Mécénats d'entreprise ?...De quels Mécénats plus particulièrement?... 
         Mais que font, ou plutôt que ne font pas, les deux Ministères, celui de la Culture et de l'Éducation Nationale dont la survie de ces organismes, légitimement, dépendent?

             Je pose ces questions à chacun de ceux qui liront cet article en souhaitant entendre et recenser leurs commentaires et leurs réponses en vue de tenter d'établir ensuite une approche pluridisciplinaire exhaustive.

A quoi je ne manquerai pas d'ajouter mes remarques personnelles, faites sur le terrain, puisque, ayant fait partie du CRILJ pendant trois années, et faisant, depuis sa fondation en 1988, partie du CIELJ pour encore quelques temps, – le nouveau Président Étienne Delessert m'adjure en effet de démissionner sous prétexte que, n'habitant pas Charleville-Mézières (lieu du siège de l'Organisme) et alors qu'il habite, lui, Lakeville, aux USA, je ne saurais être assez proche du siège de l'organisme et, en conséquence, pas suffisamment en mesure de lui apporter une participation efficace –  j'ai pu observer avec quels moyens dérisoires et de quelles manières obsolètes, peu démocratiques et peu en rapport avec nos outils informatiques de communication contemporaine, souvent suicidaires par manque de générosité et d'ouverture, fonctionnaient, sans aucun recours ou presque des Pouvoirs publics, ces organismes pourtant de grande utilité.

A qui la faute ?... Comment traquer le ou les responsables coupables ?... Que faire pour que ces organismes rajeunissent leurs membres actifs et que ces nouveaux arrivants ré-insufflent, instruits des nouvelles technologie d'information et d'échange, leur sang neuf et leurs forces vives au service de la lecture et de la culture en direction particulièrement des enfants et de la jeunesse, seul capital exceptionnel de préservation et de reconduction de notre civilisation et seule garantie de son renouvellement et de sa pérennité?...

         Se résigner à ce que CRILJ et CIELJ, ces rares et exceptionnels organes de recensement d'informations, de conseil et de réflexion en matière de Littérature de jeunesse, disparaissent, serait laisser le champ libre à la production commerciale effrénée de ces dernières années, à ces livres nés de toute pièce de «l'idéologie de marché» comme le dit A. Schiffrin et, alors qu'ils constituaient, en l'absence de tout engagement sérieux et régulier des critiques de la presse nationale et régionale en cette matière, le seul salutaire et indispensable appareil critique de contre pouvoir, la pire des lâchetés. 

Les menaces que font peser la crise financière du capitalisme sur les subventions accordées par l'État aux activités culturelles ; les caisses étant vides comme nous l'ont confirmé notre Président de la république et son Premier ministre rabat-joie ; le renvoi des responsabilités, sous prétexte de décentralisation, des charges lourdes autrefois assumées par l'État sur le dos des Collectivités territoriales déjà exsangues ; la menace de suppression de la taxe professionnelle qui réduira d'autant les revenus de ces Collectivités… tout nous incite à penser que pour survivre, le seul recours de ces organismes d'utilité publique viendrait d'éventuels hypothétiques Mécénats. Mécénats privés dont les dons pourraient provenir de quelques princes richissimes qui n'auraient pas choisi, pour épargner leurs richesses, les comptes à numéraux des Banques suisses ou les niches propices des paradis fiscaux…

Ou, plus sûrement encore, ces Mécénats d'entreprise parce que plus proches des citoyens et parce que pour un temps encore les Pouvoirs Publics les encouragent : Mécénat privé et Mécénat d'entreprise (ADMICAL), ont la possibilité de déduire de leurs impôts, 60% des dons qu'ils pourraient investir au bénéfice de causes d'utilité publiques.

L'espoir faisant vivre, espérons donc  que quelques milliers de centimes, des aumônes cela dit en passant, seront bien versés, par ce biais des différents types de mécénats, dans les caisses vides de ces pauvres associations à but non lucratif relevant encore, comme des vestiges d'un autre temps, des conquêtes des idées progressistes de 36, des Mouvements de Jeunesse et d'Éducation populaire, des Francs et Franches Camarades, des CEMEA, des bonnes idées socioculturelles de Jean Zay, Jean Guéhenno, Léon Blum, André Malraux et de quelques efforts faits en faveur du budget de la culture sous l'égide de nos trois derniers Présidents de la République avant celui en place aujourd'hui.

  EN ÉDITION,

POUR PEU QU'ON Y REGARDE DE PRÈS,    AUJOURD'HUI

C'EST BIEN LA FORÊT QUI CACHE
  L'ARBRE

        A entendre les économistes du livre, dont les clairons porte voix sont des émissaires du Syndicat National de l'Édition, les sections jeunesse des maisons d'édition française sont florissantes et en pleine expansion. Il n'y a jamais eu autant de livres produits et vendus et, à moins d'être des grincheux génétiques, nous devrions tous nous réjouir de ces bons résultats significatifs patents d'une amélioration des considérations que le capitalisme accorde à la retransmission de nos valeurs morales dont le livre est un instrument presque idéal.

Sauf qu'il nous reste, avant de nous engager dans cette forêt de Brocéliande et autre enchanteur Merlin, à tenter de définir et de redéfinir, pour ne pas nous perdre, en nous servant comme torche d'éclairage du livre d'André Schiffrin et d'un autre livre d'importance, "Où va le livre ?" résultant d'enquêtes menées par un collectif d'éminences dont Antoine Compagnon, sous la direction de l'historien incontestable qu'est Jean-Yves Mollier, ce que nous entendons bien au juste par livre et en distinguant bien ce livre, des nombreuses colossales productions stéréotypées pour la jeunesse.

Effectivement, autant prévenir le lecteur et le décourager au plus tôt de me suivre dans les profondeurs de cette forêt s'il refusait de faire au préalable cette distinction, s'il n'était pas persuadé comme je le suis que sur la totalité de la production éditoriale pour la jeunesse, plus de 90% ne sont pas des livres mais des simples produits  …….

Reste donc à définir, avant de nous engager plus avant dans cette forêt qui cache l'arbre souche, selon quels paramètres et critères sérieux, nous pourrions définir, pour le distinguer des abondantes productions banales existant sur le marché et encombrant les étals des points de vente nombreux en dehors du circuit des librairies indépendantes, ce qu'est un livre, ce qu'il doit être diront d'aucuns, ou, selon ce que j'ai toujours pensé : ce qu'il peut devenir.

Là est la difficulté. Celle de reconnaître un vrai livre tant toute analyse valable demeure faussée à la base, presque impossible à réaliser, en raison des confusions, délibérément entretenues et multipliées par répétition au long des années par l'existence en permanence et en surnombre de ces productions massives et "conditionnantes" fournies à satiété par la commercialisation extrême du livre et par le manque de déontologie que pratique, au prétexte du profit et de la bonne santé des entreprises, "l'Édition sans éditeurs".

Merci encore à André Schiffrin de nous avoir permis d'entrevoir, exemples à l'appui, les grands rouages ratisseurs mis en place internationalement, sur le plan éditorial pur ou encore mieux sur la plan de la diffusion-distribution et sur le plan de la réception critique, pour décourager toutes les entreprises d'édition artisanale.

Je vise ici, bien entendu et j'espère qu'on l'a compris, ces produits qui ressemblent à des livres mais n'en sont que des ersatz, ouvrages presque anonymes, stéréotypés et banalisés, qui n'ont d'un livre que l'aspect extérieur sans en avoir le suc, la vigueur, la sensibilité et la caractéristique d'expressivité authentique que peuvent seuls communiquer au livre un auteur ou un illustrateur en tant que personne.

Sans cette distinction capitale – que ne font pas toujours les enquêteurs et les critiques, tributaires souvent de "l'idéologie de marché" et confiants en sa propre régulation par appréciation des consommateurs – on peut facilement se bander les yeux et s'auto congratuler. C'est en somme ce que l'on peut reprocher, malgré le sérieux des enquêtes et la puissance des synthèses qu'en tire Jean-Yves Mollier à "Où va le livre ? ". En croyant devoir doper un marché qui par ailleurs n'en a nullement besoin, en soulignant les mérites justifiés des uns et des autres artisans des métiers du livre, Jean-Yves Mollier et le collectif qui lui a permis d'actualiser et de finaliser les différentes éditions, on reste sur sa faim devant un tableau un brin trop idyllique où presque toutes les failles du système sont, bien que perçues, escamotées plutôt que traitées en vue de permettre au lecteur d'extrapoler et de déboucher sur des propositions d'orientations différentes.

Vous ne trouverez pas dans "Où va le livre ?" l'ombre d'un exposé, et encore moins d'un plaidoyer, dénonçant la main mise des grands groupes d'édition, soutenus par les grandes banques internationales, sur le système de diffusion-distribution et encore bien moins une explication précise de toutes les raisons conséquentes qui font que les livres des petits éditeurs sont absents des étals des "bonnes librairies"et  ne peuvent être présentés, au libre choix de l'adulte prescripteur et acheteur. Pour Jean-Yves Mollier et tout le collectif des éminences célèbres qui ont enquêté sur les différents sujets qui définissent et menacent l'existence du livre, l'énumération des actions menées par les organismes et associations de défense et de promotion culturelle, des salons, des prix et distinctions, des articles de presse et l'état de la critique journalistique de contre pouvoir…se veut rassurante et suffisante.

Il faut aller par contre dans "L'édition sans éditeurs" pour apprendre sous la plume d'André Schiffrin que le groupe Reed, celui-là même qui organise avec la Municipalité communiste de Montreuil le Festival pour la jeunesse? fait partie, avec Elsevier, du grand groupe anglo-hollandais «...qui, outre des maisons d'édition et des filiales dans les médias, possède aussi Publishers weekly, l'hebdomadaire professionnel des libraires et des éditeurs.»

A entendre "Où va le livre ?", nous avons en France, plus beau pays du monde, ce qu'il faut en imagination, en auteurs et en illustrateurs, en philosophes et en penseurs, et naturellement en éditeurs pour recueillir leurs expressions, pour assurer notre avenir de nation civilisée parmi les plus éminentes de la galaxie Ouest Occidentale. Dormons en paix, nous faisons, en France, bon an mal an, tout ce que nous pouvons de mieux pour que nos enfants obtiennent les meilleurs livres, ceux auxquels "ils ont droit", et la meilleure littérature qui soit.

Prenant le contre-pied de ce livre, écrit et revu souvent pour être réajusté aux différentes statistiques et autres données annuelles du Syndicat National de l'Édition, je sais bien que je choisis un sujet épineux et que je m'avance en terrain explosif, que mes réflexions risquent de passer pour incongrues, et que je vais sans doute mériter une volée de bois vert.

D'autant plus que ce livre qui, très habilement, dont les constats ne soulèvent finalement aucune polémique tant ils sont justifiés historiquement, est arrangeant avec tous ceux de la profession, en n'oubliant strictement personne, est publié, ironie du sort, par "La dispute, états des lieux".

Pourtant, ayant envisagé les risques, je choisis le point de vue pessimiste d'André Schiffrin contre le tableau édulcoré par le nationalisme bienveillant de Jean-Yves Mollier et de ses acolytes même s'il est conforté par des statistiques et des raisonnements déductifs dont on ne peut mettre en doute le bon sens et la logique éclairée.

En somme, ce que je déduis caricaturalement de mes survols de "Où va le livre ?" et des quelques pages qui traitent des livres pour enfants et pour la jeunesse, est que les productions qu'on leur destine ont la faveur du grand public et qu'en raison d'une diffusions-distribution et d'un dispatching monopolisant les étals de la plupart des 24 000 librairies françaises non indépendantes, elles se consomment aussi vite et aussi régulièrement que du petit lait ou autres denrées de première nécessité.

Je dis cela parce que ce sont à partir des mêmes théories euphorisantes, étayées de statistiques ronflantes, que les grands groupes internationaux d'édition, souhaitent nous fermer les yeux et nous clouer le bec, en nous faisant ravaler toute opposition, contestation, remise en question des pratiques que nous pourrions formuler et qu'en fait ils nous imposent à force et grâce à leurs pouvoirs d'argent. Pensant et décidant pour nous mais à leur profit, leur stratégie est d'intimidation. Ce n'est donc pas étonnant si, reflétant de cette stratégie majeure d'imposition de non-valeurs sous couvert de divertissement non dangereux, a velléité d'annihiler cependant toute réflexion profonde, cette édition sans éditeurs trouve son "exponentiant" dans la conception- fabrication d'une notion de livre acceptable certes par le plus grand nombre, incontestable sur le plan des nocivités qu'il pourrait receler, mais des plus contestables si on se réfère à ce qu'est un livre retenu, mûri et produit par un éditeur de métier, à partir d'un texte qui soit, qui doit être, l'expression authentique d'un auteur illustré librement et authentiquement par un artiste.

Il faut avoir mis la main à la pâte pour savoir comment, à partir d'une idée de livre, suivie immédiatement d'un concept ou de plusieurs concepts de ce même livre, – je ne parle ici que de livres pour la jeunesse. –  le projet initial cohérent peut déraper, être détourné sous prétexte d'être amendé, amélioré, rendu plus compréhensible… alors qu'il n'est, en quelque sorte que modifié, dénaturé et dévoyé pour paraître conforme aux idées générales que l'on a, ou que l'on se fait, de l'enfant et de ce que nous, adultes, devons lui donner pour l'aider à se construire … Au final, j'en ai fait l'expérience, le livre accompli peut ne plus rien contenir de ce que promettait le projet et souhaitait son initiateur.

 La forêt que j'ai dans l'esprit, celle qui fausse les cartes et les idées de ceux qui voudraient écrire l'histoire du livre, commence par ce brouillage des différentes notions qui permettent au livre d'exister, d'abord en soi, pour ceux qui l'ont conçu, écrit, illustré et publié, puis des possibilités ou non d'exister aux yeux du public, en échappant aux chausse-trappes et pièges posés sur son cheminement par les goulets étrangleurs des requins de la Diffusion-distribution ou par les censeurs dévoués(ées) des confréries de prescription.

Face à cette forêt, dans la pénombre des sous-bois, où les rayons de soleil ont du mal à percer, toutes les oppositions, même des plus argumentées, sont étouffées avant d'être entendues. Confronté aux statistiques générales et à l'auto- satisfaction de ceux qui tiennent les rênes, chacun se voit presque forcé de conclure que les affaires, en édition pour la jeunesse plus qu'en édition pour adultes, sont effectivement rentables et, qu'en l'occurrence, les banques et leurs associés d'édition affiliés peuvent y investir, à l'abri de cette forêt immense et omnipotente, en toute tranquillité, comme en terrains conquis, viabilisés, protégés et assurés, sans le moindre risque ni retour de bâton.

Cela n'a l'air de rien, sinon que, dans un pays de droit jouissant d'un appareil d'état des plus démocratiquement élu, cet état de fait trahit la pleine et simple facilité accordée à ceux qui ont de l'argent ou du crédit, de l'investir en se glorifiant ensuite, non pas de faire des bénéfices, mais de contribuer à l'amélioration de l'éducation et des conditions de vie de la jeunesse… Et pourtant !…Pourtant, c'est par ce processus tranquillisant, sous couvert d'ordre, de bon droit, de prévention et de sécurisation des plus faibles que s'installe et s'opère, insidieusement, dans l'esprit de la plupart des gens et jusque dans celui des prescripteurs (trices) que nous sommes, une occultation de notre sens des valeurs, de notre système d'évaluation et de notre faculté de jugement.

Cette forêt devient mante étouffoir qui suggère l'abandon de notre capacité de révolte. Pétrifiés, nous nous retrouvons sans plus avoir envie de dénoncer qui ou quoi que ce soit, ou de remettre en cause les fruits de tous ses arbres de la forêt profonde puisque rien de vraiment nuisible n'apparaît au premier chef dans les produits mis en vente…Mieux, nous allons même jusqu'à nous surprendre à nous entendre accorder, yeux fermés et sans condition, la délivrance d'un permis de poursuivre, d'une autorisation d'exploitation en refusant même de chercher à trouver et à voir l'arbre, cet arbre géniteur, celui qui est caché, tout anémié et rabougri cœur de cette forêt innombrable
       Mis à part quelques infimes frémissements dans la presse nationale – Le Monde s'en est fait chaque année un rituel caricatural très bref à l'occasion des fêtes de fin d'année, du salon de Montreuil ou du Salon du livre de Paris pour incendier quelques petits éditeurs indociles ou pas encore totalement gagnés par les mérites sans danger de la fabrication en série industrielle –, les sursauts d'indignation sont assez rares et tout est plutôt fait pour nous laisser penser que, en édition pour la jeunesse, les argumentaires de vente ayant définitivement supplanté ceux que pourraient émettre des personnes bien informées chargées de la réception critique, tout va très bien dans le meilleur des mondes puisque les résultats ne choquent personne et qu'ils ne suscitent pas de conséquences désastreuses majeures immédiates !  

«Comme on se sent mieux et comme on profite bien sans ces empêcheurs de tourner en rond !» doivent se dire ceux qui, sciemment, de bout en bout, ont mis patiemment au point, politiquement et financièrement, ce système machiavélique et manigancé pour avoir d'une part le champ libre et l'estime de tous en effectuant leur sinistre ensemencement et d'autre part se féliciter d'en récolter le fruit sans qu'aucune voix ne s'élève pour alerter l'opinion. 

En somme, pas un obstacle, pas un nuage à l'horizon qui     puisse venir déranger cette exploitation abusive faite en toute légalité, entre bons larrons, en terrain national facilement  conquis puisqu'il remporte l'appui et l'adhésion d'une opinion publique habilement séduite et détournée, gagnée par des arguments à la limite du frauduleux mais jugés idoines parce qu'ils respectent comme panacée qualitative le grand   principe du " ne pas nuire"…

Trop d'intérêts politiques et financiers étant en jeu, qui pourrait oser prendre le risque de dénoncer, de jouer les rabat-joie, les imprécateurs, les oiseaux de mauvais augure! Un proverbe arabe me revient en mémoire : «Chez toi, mange ce que tu veux. Mais dans la vie habille-toi comme tout le monde.»

Qui en effet, étant du sérail, ou de la presse, ou de la culture ou de l'éducation, serait assez fat ou imprudent pour oser prédire que les effets à long terme de ce laxisme gentiment infantile pour ne pas dire bêtifiant pour la lecture d'agrément, parce qu'il est inoculé subrepticement, dès la crèche et le biberon selon certains pédopsychiatres émancipateurs, avec l'approbation de tout un chacun, au nom du sacro saint plaisir de lire, seraient en fin de compte : frelatés, viciés, démotivants, néfastes, anesthésiants, léthargiques, meurtriers… opposés et contraires enfin à tout ce qu'on est en droit d'attendre des livres et de la lecture si on se réfère à ce qu'on est en droit d'en attendre : la stimulation de l'imaginaire, l'éveil de la conscience et du libre arbitre?…

Qui serait assez fou, à notre époque où un individualisme forcené en matière de goût et de culture balaie d'une chiquenaude inconsciente toute action communautaire, pour se faire pèlerin et tenter de convaincre, l'intelligentsia toute entière, qu'elle s'aveugle et se fourvoie ?...Qui perdrait son temps à essayer de soutenir, à rebours de ce qui est admis communément comme un fait accompli, qu'en dépit des statistiques florissantes annoncées et alors que les livres sont, en conséquence de cette bonne santé financière de l'édition, de plus en plus accessibles au plus grand nombre d'enfants défavorisés, que rien ne va plus en royaume de France et que les têtes de notre jeunesse qui sont nos greniers et nos silos d'avenir ne sont pas remplis de beaux grains de blé mais de paille et de son?…

Mais qui pourrait se risquer, devant la pléthore des productions, à prétendre que les éditeurs français ne publient pas les livres que les enfants méritent ?...

Qui, et au nom de quels livres censurés ou morts dans l'œuf, pourrait secouer notre apathie de citoyen médusé ou peu concerné par la littérature en tant que discipline de formation intellectuelle, et affirmer que l'intelligentsia elle même se suicide en laissant faire et en se privant des regains que chaque génération nouvelle peut lui apporter puisque non seulement la soif de lecture des enfants d'aujourd'hui n'est pas apaisée mais qu'elle est bafouée et trompée à 90% de sa qualité ?…

Et pourtant la stratégie d'aliénation est mise au point et en place au vu et au su de tout le monde. Il n'y a qu'à faire le tour des librairies dépotoirs ou les rayonnages des grandes surfaces. Elle est tellement grossière qu'elle en est tangible et palpable. Tandis qu'au même moment, chiffre en main, les statistiques tenant lieu de critères, au mépris de toute notion de qualité, que tentent ces marchands de faux livres de nous insuffler dans le creux de l'oreille, pour nous circonvenir, sinon que, puisque ces faux livres se vendent et que leurs coffres sont pleins, c'est bien que notre société civilisée du 21ème siècle, dont ils sont l'expression et le soutien, a pleinement accompli ses devoirs de retransmission culturelle envers les générations montantes.

Tissons, Oh ! Oui, tissons en somme, des couronnes de lauriers à ces producteurs puissants et cyniques puisqu'ils savent être, reconnaissons-le, extrêmement vigilants aux variations des tendances et courants de pensée de notre société, qu'ils sont à l'avant-garde de tout ce qui pourrait financièrement devenir exploitable, qu'ils ont l'art de déceler dans l'esprit du Français moyen ce qui marche ou ce qui va marcher un jour prochain pour réjouir, en les abêtissant au passage, les petits enfants de la majorité silencieuse.               N'en croyant pas un mot, chers lecteurs, mais pour être sûr que vous ayez bien compris, je vous dirais à mon tour, avec un brin d'ironie, ce qu'ils nous disent autrement mais sans avoir toutefois l'honnêteté d'adopter le franc parler, à savoir : «Fermez les yeux et laissez vous convaincre, les chiffres parlent, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes et tous les prescripteurs (trices), généralement chichiteux (teuses), n'ont plus aucune raison de faire la fine bouche. Leurs vœux sont accomplis, nous nous y sommes employés. Tous les enfants ont de quoi lire, ils lisent et leurs yeux débordent de plaisir…Tendons-nous la main, oublions les vaines querelles. Allions-nous pour démontrer aux critiques aigries qui soulignent l'indigence générale de nos productions qu'elles se trompent. Demandons-leur de s'abstraire de leurs idéaux fumeux et utopiques et, au lieu de dénigrer les goûts des majorités populaires, de revenir à ce qui plaît à ces majorités et à ce qu'elles réclament puis forçons-les à reconnaître, comme le suggérait Michel Tournier que «la société la plus juste est tout de même la société d'abondance.»

A mon avis, à la manière d'André Malraux, mais en le contredisant quelque peu et en changeant les paramètres, je dirais: «Notre 21ème siècle sera certainement "religieux" mais pas seulement. Il sera surtout marqué par une surinformation-désinformation désorientant les individus qui aboutira finalement à un conditionnement et à une aliénation, sans limites et sans entraves, des masses populaires.»

La mort annoncée de "Nous Voulons Lire" à Bordeaux, les menaces récurrentes qui pèsent sur le fonctionnement du CIELJ, les pesanteurs et l'immobilisme qui oppressent la section du CRILJ Paris, la destruction par élimination systématique de l'appareil critique conjointement à l'hégémonie de persuasion des technologies de pointe... sont autant de préfigurations qui ouvrent grandes les portes à la survenue et au résuscitement des peurs de la doxa, propres à encourager elles mêmes par auto persuasion et subjugation connexes, toutes sortes de propagandes de manipulation et d'embrigadement, façon 36, mais à rebours des conquêtes sociales, visant les masses populaires.

          Fin des années cinquante, à la fin de dix années  d'enseignement, mes choix d'action m'avaient conduits, par prédilection, à mener une réflexion sur le langage des images (cinématographiques, picturales et théâtrales)  puisque nous entrions dans ce que tout le monde était convenu d'appeler "la civilisation des images". Et mes constats me menèrent, sur le plan de l'illustration particulièrement, en plein avènement de cette civilisation nouvelle, à constater le peu d'intérêt général que l'on vouait aux deux aspects de ce vecteur puissant que constituait le langage des images, vecteur autant d'éveil et de stimulation que de conditionnement des esprits.

......... De fil en aiguille, je découvrais le conformisme ambiant, la lourdeur des remises en question possibles, l'espèce de banquise qui s'était constituée à partir de tous les principes rassurants d'éducation des enfants et, entre autres, celui de l'omniprésent principe de précaution. Il me sembla donc nécessaire, en matière de textes et d'illustrations pour la jeunesse, de tenter de dégeler, – comme on tire dans les nuages pour faire tomber la grêle – les consignes psycho pédagogiques plus ou moins implicites, toujours généralistes, qui muselaient la voie des novations possibles.

......... J'agissais en pédagogue individualiste alors que j'affrontais, sans le savoir clairement, toutes les codifications institutionnellement approuvées qui régissaient l'éducation conformiste de masse.

......... Pour mieux dire : je comprenais que l'éducation de masse avait ses impératifs et que se contenter de la voir réduite à un instrument de nivellement vers le bas plutôt que vers une élévation mentale et spirituelle des esprits n'était pas à ma convenance... Je comprenais aussi, qu'en matière d'édition  pour la jeunesse, il fallait, pour obtenir, par consensus du milieu, un permis moral et légal d'exploiter ses champs culturels, se conformer aux codes et règles d'un conformisme qui semblait de bon aloi mais qui, en fait, était ultra rigide... Or, ce conformisme, potentiellement réducteur lorsqu'on s'y soumettait, manquait de largesse d'esprit et de perspectives.

......... Depuis ce temps-là et aussi bien avant que je ne le remarque, les menaces d'étouffement et de recouvrement de ce conformisme sécuritaire étant récurrentes, par glaciations sédimentées successives, ont formé une couche si épaisse qu'il me semble aujourd'hui quasiment vain et impossible de tenter de la faire fondre. Habillées et rhabillées chaque fois, travesties souvent sous de nouvelles formes, "relookées" pour employer le terme actuels des confrères éditeurs, acquiescées sinon approuvées et défendues par de nouvelles instances médicopédagogiques de protections prétendument "libérales", elles se sont revigorées à la faveur de l'industrialisation massive du livre et des goulets de diffusion-distribution que cette industrialisation à outrance impose à tout ce qui pourrait s'exprimer en dehors d'elle. Se flattant d'être l'expression d'un nationalisme culturel, elles ont l'avantage et l'expérience de la durée dans le temps, et l'intelligence manipulatrice tactique pour, tout en défendant ses intérêts, faire pression, du même poids qu'au début des années 60, sur toute production qui pourrait, par contraste et opposition, éveiller des horizons plus larges et compromettre leur hégémonie. Avant d'être un enjeu économique, avoir, et conserver, la faveur approbative de la majorité du public est un enjeu politique que les entités d'investissements dits "libéraux" ne peuvent se permettre de négliger.

......... Pour tout dire, c'est en m'insurgeant contre ces options que je jugeais périmées, alors que je n'avais aucune idée préconçue sur ce que je pourrais apporter de nouveau, que mon optimisme naturel me porta à imaginer que l'horizon n'était pas vide et qu'on pouvait forcément sortir de cette glaciation des esprits si on le décidait et si on avait le désir de semer d'autres graines et de diverses autres manières.

......... Remettre en question les productions de l'époque, l'état de choses figé, les préceptes qui les fondaient, la passivité, satisfaite à bon compte, des instances institutionnelles de réception...Quelle outrecuidance ! Il fallait être inconscient pour se permettre ce défi et, je dois bien le reconnaître, je l'étais.

......... Mes convictions me portaient alors, fondées alors sur le constat que trop d'éditeurs de l'époque se complaisaient dans une routine d'exploitation basée sur ces codes et règles qui avaient la vie dure mais qui régissaient l'éducation de masse. Tous leurs intérêts, moraux et financiers, les portaient à ne produire qu'en fonction et pour satisfaire ces codes et pour complaire à ces règles qui définissaient, circonscrivaient et délimitaient la notion cible du "petit français moyen" en l'identifiant uniformément aux capacités de tout enfant de quelque niveau intellectuel et de quelque milieu qu'il soit.

.........  Notion qui s'avérait fort pratique en matière d'ensemencement et d'investissement puisque elle permettait à ces grosses machines industrielles de culture et d'exploitation, de prévoir facilement, à partir de paramètres intellectuels généralisant mais précisément prescrits, ce qu'il fallait fournir à ce petit citoyen type pour rassasier ses envies de lire et même pour qu'il en redemande.

......... Dans les années soixante déjà, l'industrialisation de l'édition aussi bien sur le plan de la production que sur celui de la diffusion-distribution, était en marche. Pour ce qui concerne les productions pour la jeunesse, que ce soit sur le plan des textes ou des illustrations, dans leur majorité, les éditeurs se contentaient de puiser dans la mine fabuleuse des clichés et stéréotypes civilisateurs  pour en être les sempiternels "ensemenceurs".

           Mais quel investisseur n'aura pas rêvé un jour de trouver une telle mine et comment y résister après l'avoir trouvée ?...Puis comment ne pas avoir envie qu'elle soit sans fond et comment ne pas être tenté de dire qu'elle est leur   propriété et qu'ils en ont l'exploitation exclusive ?...

......... Pour les tenants de cette édition institutionnalisée, commandée surtout par la rentabilité et assurée par la pérennité, il était facile de comprendre que cette mine des productions pour la jeunesse était parmi tous les terrains d'investissement, le terrain le plus rentable de leurs capitaux. Mais, ils savaient aussi, pour que ce vert paradis ne leur échappe pas, pour s'en assurer, à long terme, l'exclusivité, qu'il fallait que ce terrain devienne également celui de leur emprise sur les esprits de la pensée majoritaire.

        Quoi de plus naturel donc qu'en tant qu'ensemenceurs et fomentateurs de l'idéologie dominante, ils en soient aussi, en bons initiés, les supporters défenseurs et les chiens de garde. Quoi de plus normal donc, qu'on les retrouve, au four et au moulin, créant d'un côté cette idéologie dominante en lui inventant toujours d'apparentes nouvelles faims, faims qu'ils apaisent et entretiennent par ailleurs en les nourrissant de leurs productions, impulsant ainsi un cycle pendulaire en spirale parfait puisque, en retour de leur système sans fin, cette idéologie entretenue grossira leurs capitaux, les nourrira et leur permettra de recommencer à ensemencer...

......... Cycle infernal dans lequel j'ai failli me trouver, par la force des choses, embringué, en 1973 en acceptant la proposition d'Hachette-Grasset, et auquel j'ai cru devoir, par fougue de jeunesse et naïveté, m'affronter pendant les plus belles années de ma vie et que je retrouve encore aujourd'hui, opérationnel et intact, à tel point qu'il me semble installé pour ne jamais finir, impossible à briser, sans l'intervention presque surnaturelle d'une prise de conscience politique collective 

......... Combat, qui par ces temps qui couraient, me mena à l'échec et qui pourrait être jugé comme perdu d'avance à tout trentenaire qui en aurait conscience. Pourtant, je n'en démordrais pas moins à maintenir que ce n'est pas dans ces approbations majoritaires fomentées par ces complexes financiers d'édition-production-diffusion-distribution, sans concurrence et sans contre pouvoir critique – qui n'a de culturel que sa prétention avouée –, qu'on pourra trouver les ferments indispensables des rénovations, reconversions et  dépassements de la littérature pour la jeunesse, pour peu qu'on la considère, comme je l'ai toujours considérée, comme étant le vecteur porteur des projets de renouvellements de notre société et de notre civilisation.

......... L'hypnose, administrée sous le couvert de ce "plaisir de lire" tant chéri par les bibliothécaires, est la véritable panacée inespérée que les bonimenteurs, avec leurs proclamations d'espérances creuses, sur de grands horizons changeants mais vides, offrent réellement à la majorité silencieuse. Et la majorité la gobe puisqu'elle n'a pas d'autre opportunité, à l'étal des librairies et sur les rayonnages des bibliothèques, de rencontrer autre chose. Elle la gobe avec, néanmoins, on peut le supposer, cette intuition indéfinissable de frustration qu'on éprouve lorsque l'on sent qu'on nous prive d'une donnée importante dont on soupçonne pourtant l'existence.

......... Ma fréquentation des petits éditeurs de 2000 à 2004, a confirmé mes points de vue. L'audimat est partout, catégorique, pour nous instruire de ce qui est beau et bon et nous inciter à quel ordre de goûts, de modes, de jugements, de façons de pensées… nous conformer. Il nous faut nous plier à ses preuves : sa radicalité. La tentation de devoir satisfaire aux directives de l'audimat a séduit nos esprits les plus rebelles et jusqu'à nos institutions de prescription de livres pour la jeunesse (Enseignants et Bibliothécaires qui s'y réfèrent). L'audimat est un verdict sans appel.

......... La qualité même des livres, s'estime, aujourd'hui, à l'aune du : «  il faut plaire à tout le monde ! » Il n'y a pas que "Sarco",  Titeuf, ou Harry Potter qui entonnent les airs populistes ! Notre résignation au marketting mondialiste les fait rois des rois parmi tous ces autres roitelets qui viendront, en surfant sur la même vague médiatique, plastronner en pensant qu'ils ont inventé la poudre et qu'ils sont les porte- flambeaux de nouveaux avenirs qui chantent.

......... En conclusion la question d'importance qui s'est souvent posée à moi et qui se pose encore aujourd'hui est la suivante : en matière de projets novateurs, l'assentiment majoritaire est-il bon juge ?...La majorité peut-elle savoir ce qu'il serait bon que l'on produise pour qu'elle puisse envisager des horizons moins vides de sens ? Doit-on attendre d'elle qu'elle pointe les objectifs, les urgences, qu'elle fixe le cap, pour inventer et créer?...

......... Et ma réponse, fut chaque fois, sans ambiguïté, négative. Sans la mépriser d'aucune manière cependant. Car, ce n'est qu'après coup, que la majorité, parmi tout ce qui lui est soumis, peut s'y reconnaître et choisir de retenir, ce qui est bon pour elle.

......... Voilà la grande question que nous posa autrefois Baudrillard dans "Le crime parfait" et que Marc Bélit, remit à l'honneur dans ses "Fragments d'un discours culturel". A quoi, en réflexion désabusée, je me contentais de dire qu'il est plus facile, même si l'on sait qu'on a inversé les paramètres, de compter sur la masse pour faire changer le monde, que l'inverse. Encore que pour certains despotes, notre histoire le confirme, il en fut autrement.

         Le moins que je puisse dire est que ce ne fut pas ma ligne d'action et que je me suis toujours défendu de m'appuyer sur la majorité pour aller dans son sens. J'ai même choqué certains de mes amis communistes en écrivant que je ne voulais pas publier pour la masse. J'aurais eu l'impression  que c'était aller dans le sens du courant et de faire du paupérisme.

         Pour un créateur novateur, la mendicité est de règle. Il doit attendre que les ouvreurs(ses) de portes, les passeurs de relais, les faiseurs de notoriété, quand ils existent, qu'ils ont la compétence et quand ils ont été judicieusement placés au sein des organismes culturels de reconnaissance, agissent pour jouer leur rôle de médiation et faire le pont, la courte échelle entre l'émancipation novatrice de ces quelques individus visionnaires que sont les écrivains et les artistes et la majorité plus attentiste du reste des mortels.

......... Dans la difficile entreprise de passage de la production culturelle à la réception du plus grand nombre, il faut, reconnaissons-le, pour ces médiateurs passeurs de relais, autant de courage, de volonté, de patience et d'abnégation qu'aux créateurs eux-mêmes pour espérer, sans être jamais sûrs, que les fragiles novations, proposées et retenues, accèdent au rang de vérités nécessaires indiscutables et bénéficient de la reconnaissance populaire.

......... Avouons tout de même, qu'il en fut toujours ainsi, selon le même processus et que l'enjeu de cette reconnaissance par la masse, sans ou avec l'approbation des pairs, est toujours sujette à caution et problématique par essence.

......... Pour ma part, et pour ce que j'en sais, même si les contacts n'ont pas toujours été, en raison des divergences de convictions de chacun, immédiatement perçus et facilités comme indispensables à l'intérêt de la réflexion sur la Littérature de Jeunesse, je ne peux que féliciter et remercier un certain nombre de ces chercheurs prescripteurs, animé(ées) d'une réelle préoccupation désintéressée pour le sujet car, nous achoppant les uns les autres, ils m'ont indéniablement épaulé et aidé à préciser mes options et à transmettre le résultat de mes recherches.      (A suivre en 55. b)

          

 

 

 



09/02/2007
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