3 BIS. AUX CAHIERS SÉGURIENS ON FAIT MUMUSE AVEC LA COMTESSE

      AUX "CAHIERS SÉGURIENS" ON FAIT MUMUSE AVEC LA COMTESSE

 

       Je ne vous apprendrez rien en affirmant que la comtesse de Ségur connaissait et appréciait les nigauds. C'est probablement dans ce prolongement-là qu'aux Cahiers Séguriens, ses héritiers ont posé, en créant cette revue, assurément pour perpétuer ce culte de la nigauderie, une sorte de piège à leurres pour attirer, parmi les nombreux admirateurs de ses œuvres dans lesquels je me range, en vue d'entretenir sa gloire, les benêts qui rêvent d'être publiés. Un piège monté en tout point comme un attrape-nigaud.

       Je suis persuadé, si vous lisez la suite, que vous comprendrez ce que je veux dire.

       Voilà de cela quelques années, Rémi Saudray, responsable de la revue "Les cahiers Séguriens" m'avait contacté alors qu'il faisait de la prospection, lors d'une assemblée du CRILJ, pour recruter des auteurs susceptibles de lui fournir des articles sur la Comtesse de Ségur.

         Il savait bien sûr que mon deuxième livre conçu en 1965 était cette "Histoire de Blondine, de Bonne Biche et de Beau Minon" de la Comtesse de Ségur que j'avais rebaptisée plus simplement, sans avoir le sentiment de faire injure à son auteur : "La Forêt des lilas".

         Tiré à moins de 1500 exemplaires par un imprimeur de Strasbourg spécialisé en étiquettes de bouteilles de vin qui était tombé sous le charme des illustrations lyriques de la jeune illustratrice de Saint Étienne, fraîchement débarquée à Paris, Nicole Claveloux, le livre eut un succès retentissant qui consacra à la fois son talent et la petite société d'édition dont j'étais le directeur.

        Mais pourquoi avoir commencé ma carrière d'édition en rééditant ce texte archi-connu et toujours en vente en librairie chez de nombreux éditeurs, serait-on en droit de se demander, alors que mes projets de renouvellements du théâtre et de la littérature pour la jeunesse se portaient à l'opposée de ce classique du genre vers des modes d'expression d'avant-garde : Ionesco, Duras, Becket, Brisville, Bradbury ?...

       Sans tricher, je répondrai simplement qu'il s'agissait essentiellement d'une reconnaissance et d'un hommage à l'émotion et à l'admiration que j'avais éprouvée à la première lecture des "Nouveaux Contes de fées" alors que j'avais dix ans.

        Mon article aurait pu se résumer en somme à ce choc que me procura cette lecture  et particulièrement à celle du récit des affres du "Bon petit Henri", parti à travers les montagnes, en quête désespérée de l'herbe de vie pour tenter de sauver sa mère mourante puisque je me trouvais alors exactement dans la même situation, sans espoir ni recours. Puis j'entamai et dévorai  "L'Histoire de Blondine..." et me laissai envoûté par les sortilèges de cette luxuriante "Forêt des Lilas" où, contrairement à Blondine qui n'en avait été prisonnière que par mégarde, j'aurais délibérément souhaité être envoûté et disparaître pour ne plus voir ma mère souffrir.

         Quoi qu'il en soit, ces deux lectures qui coïncidaient avec la maladie incurable de ma mère, laissèrent en moi des traces ineffaçables mais, paradoxalement, suscitèrent et encouragèrent aussi, en même temps, des stimulations d'énergie insoupçonnées pour m'aider à reprendre souffle et à me résoudre à l'irréfutabilité et l'inexorabilité des cruautés du destin auxquelles chacun de nous, un jour ou l'autre, devra faire face. 

        Écrire sur ce sujet aurait été facile pour moi. Probablement trop facile puisque plutôt que de me livrer à un retour sur cette période tragique de ma vie (1941/1944) qui n'aurait été prétexte qu'à un développé inutilement impudique de mes peines de jeunesse et de mes déboires intimes, inintéressant pour les lecteurs des "Cahiers Séguriens" je décidai d'axer mes recherches sur les thèmes les plus récurrents dont la comtesse s'était manifestement inspirée ou s'était servie, y compris, puisqu'on la connaissait frondeuse, pour en prendre parfois le contre pied, tout en confrontant ses thèmes à ceux que les institutions d'éducation et de divertissement, ainsi que la doxa intellectuelle en général avaient inscrits dans les principes, règles et mœurs d'un enfant modèle en cette période de la deuxième moitié du dix-neuvième siècle. 

       Il me sembla intéressant de dresser, sans préjugés d'aucune sorte, un recensement de ces thèmes récurrents chers ou inconscients de la Comtesse et de les replacer dans le contexte historique des principes et des règles que les institutions d'éducation religieuses ou publiques de cette époque avaient instaurés en vue de «faire des têtes bien faites et bien pleines » et de former, selon les convictions de chacun, soit des citoyens nostalgiques de la royauté et de l'ancien régime – voire de l'impérialisme – soit  des citoyens démocrates et républicains.

      Catholique et campagnarde, nourrie de culture orthodoxe russe...telle était la comtesse de Ségur...Et je compris vite en apprenant que son fils avait caressé puis embrassé la carrière sacerdotale qu'elle avait certainement des velléités doctrinaires masquées sous une apparente libéralité de principes et qu'en femme savante et informée elle avait forcément épié, pour s'en inspirer ou pour se démarquer, la carrière et les œuvres d'autres écrivains de cette époque, des femmes entre autres, qui avaient eu autant de succès qu'elle en écrivant pour la jeunesse. George Sand par exemple.

      Le rapprochement et le parallèle s'imposa alors à moi comme une évidence et je m'y lançai. Si, comme il est possible, les deux dames ne s'étaient jamais rencontrées, je décidai qu'elles ne pouvaient pas avoir ignoré leur existence, leurs faits et gestes et leur succès et encore moins leurs livres; leurs titres, leurs sujets et les résultats d'impacts qu'ils avaient eu dans chaque sphère du public.

      Alors, une fois lancé, de découvertes en découvertes, m'apparurent clairement les raisons qui m'avaient incité à établir ce rapprochement : certains titres de leurs livres et certains thèmes communs qu'elles soutenaient chacune en bonnes dames de la campagne, l'une en fumant la pipe, l'autre en arpentant la campagne bottée comme un paysan bûcheron.

      Mieux que leurs ressemblances c'est, derrière cette volonté de paraître surtout parmi et aux côtés des humbles et des frustres qu'elles affichaient ostensiblement toutes deux, que je voulais découvrir le savoir et la volonté de transmettre et de servir, avec lucidité et raffinement, des convictions politiques et religieuses antagonistes qui caractérisaient et délimitaient les forces intellectuelles d'émancipation de ces deux "bas bleus" de cette époque.

      La drôlerie de ce parallèle tenait en ces divergences d'opinions affirmées alors qu'elles auraient pu avoir, si elles l'avaient souhaité ou si elles avaient voulu le reconnaître, tout en ne se rencontrant jamais, parce que vivant leur vie de manières totalement différentes – hormis le fait de vivre à la campagne – des connivences complices quoiqu'antinomiques de sœurs ennemies mais jumelles. 

      Mon article se voulait ouvert pour que l'enquête que j'amorçais soit étayée et nourrie par les recherches que n'importe quel autre lecteur appréciant la comtesse de Ségur aurait pu mener de son côté pour redonner ou conserver à ces deux de nos plus grands auteurs du 19ème siècle leur place éminente dans la littérature pour la jeunesse.

Mais ne sachant pas si les dirigeants des "Cahiers Séguriens" verraient d'un bon œil la comparaison entre leur Comtesse et la scandaleuse repentie de Nohant, je prévins Rémi Saudray de mes intentions et de mes objectifs dans une série de mails amicaux. Voici quelques extraits de cet échange de correspondance :

2008 02 03 De Rémi Saudray à François Ruy-Vidal

Bonjour,

Un petit mot pour vous demander si vous souhaitez rejoindre les Cahiers Séguriens pour le N°8 à paraître au mois de juin, il portera sur les petites filles modèles (et ou la trilogie).

Rémi Saudray

 

2008 02 04 De Rémi Saudray à François Ruy-Vidal

Je vous rappelle en passant que les Cahiers Séguriens éditent à 300 exemplaires (mais il y a eu des rééditions !... de 50 exemplaires...) aussi pour être très franc avec vous, participer aux Cahiers, c'est uniquement une affaire de passion...

Rémi Saudray

2008 02 21 De François Ruy-Vidal à Rémi Saudray

Oui, je veux bien penser à un article et vous parlerai bientôt plus précisément des lignes de forces qui se découvriront pour moi en cours d'écriture alors que je n'en connais actuellement que trois directions assez vagues :

          Pourquoi j'ai tenu à publier "Histoire de Blondine..."en y ajoutant les mérites psychanalytiques que je trouvais à ce récit initiatique.

         Pourquoi l'histoire du "Bon petit Henri" m'a traumatisé et pourquoi un livre peut être traumatisant pour tel lecteur particulier sans pour autant qu'il soit traumatisant pour tous et sans que l'auteur puisse être tenu directement pour responsable...

         Une tentative de re-situation des productions pragmatistes, osées et courageuses, de la comtesse dans les contextes plutôt contraignants de l'époque ( liberté de la presse et revendications laïques et républicaines en opposition avec les directives des autorités morales et religieuses) au moment où la papauté et l'Église catholique tentaient, pour "resserrer les boulons" et reprendre la main mise sur les livres pour la jeunesse, de rivaliser avec les divulgations impies et, selon elles, contraires aux bonnes mœurs des "livres sans foi".

Est-ce que ce topo vous convient ?...

François Ruy-Vidal

2008 02 21 De Rémi Saudray à François Ruy-Vidal

Je passe donc à votre proposition. Pour ma part je la trouve parfaite. Pour moi, c'est exactement ce que j'ai envie de lire dans cette revue : la rencontre d'un lecteur et d'un texte.

...........

Je ne doute pas que votre texte soit passionnant.

...............

Vous avez bien sûr entière et toute liberté sur la forme et le contenu, vous pourrez fournir votre iconographie...

Enfin, je vous prie, si vous en avez l'occasion, de mettre en relation avec moi toute personne que vous jugerez capable de proposer un texte intéressant !

Rémi Saudray

2008 03 02 De François Ruy-Vidal à Rémi Saudray

Si c'était possible, j'aimerais pouvoir consulter une bibliographie chronologique des œuvres de la comtesse. Bibliographie des parutions au fur et à mesure de leur première publication bien entendu.

........... Cela me serait utile pour relier ces parutions à certaines décisions culturelles historiques et remettre ainsi la comtesse dans les ambigüités de son équation personnelle et des contextes de son époque.

Merci d'avance. François Ruy-Vidal

2008 03 25 De Rémi Saudray à François Ruy-Vidal

Tout ce que vous me dites est très juste et très vrai. Mais d'un autre côté c'est une illusion (utile sans doute) que de prétendre discerner qui est la vraie comtesse de Ségur. Votre désir de contextualiser son texte est légitime mais nous n'y arriverons jamais de façon objective. Ou bien il faudrait que nous ayons les réactions des lecteurs de son époque... Mais malheureusement le texte nous parvient à peu près nu.

Je crois qu'il est possible de réfléchir (comme vous le faites) à la façon dont les lectures actuelles décontextualisent le texte séghurien, mais je suis à peu près convaincu (non, complètement convaincu) qu'il n'est pas possible en revanche de définir objectivement la mentalité de l'époque à laquelle le texte a été écrit.

2008 04 09 De François Ruy-Vidal à Rémi Saudray

Vous me dites : «Je suis à peu près convaincu (non, complètement convaincu) qu'il n'est pas possible en revanche de définir objectivement la mentalité de l'époque à laquelle le texte a été écrit» au moment même où je vous propose de refaire un tour sur les horizons des années qui ont précédé et accompagné la carrière de Sophie F. Rostopchine( en gros de 1830 à 1870) tout en sachant tous deux que l'Histoire n'est pas une science exacte mais qu'elle est faite des diverses formes de l'Histoire : histoire du mouvement des idées sociales et politiques, histoire des mœurs, histoire des philosophies, des lettres et des arts, histoire du livre et de la libre expression...

Il me semble que c'est par un recoupement de ces diverses spécialisations de l'Histoire, dans une grille d'évaluation, que l'on peut le mieux cerner les courants qui ont forcément présidé puis influencé, positivement ou négativement, passivement ou activement, à quelque époque que ce soit, tout actant, de quelque bord qu'il ou qu'elle soit. Expliquer les œuvres par les contextes n'est pas une nouveauté si on sait que les explications que l'on peut avancer ne sont que des interprétations. La méthode n'est pas suffisante mais reste indispensable pour celui qui veut, après avoir été séduit, se comprendre et comprendre pourquoi il a été séduit.

Se référer au passé pour tenter d'éclairer nos routes est, il me semble, la meilleure manière de ne pas se condamner à avancer sans repère dans la pénombre des idées courtes et de l'obscurantisme. Au travers de ces interprétations transparaissent toujours quelques parts de ces vérités, minimes parfois il est vrai, qui forgent nos convictions et déterminent nos choix.

En tout cas, je préfère ces quêtes tâtonnantes et approximatives à tous les commentaires trop élogieux, souvent pétris de ressassements et de complaisances oniriques faites par des inconditionnels(nelles) qui ne boudent pas leur plaisir à se caresser mutuellement en se servant de la comtesse.

Sopfie F. Rostopchine mérite mieux que cette soupe claire  que lui servent, en lourdes louchées, ses "afficionados". Et quoi qu'on en pense et au risque de paraître prétentieux, je préfère aller dans le sens d'une tentative de restitution des paramètres qui  ont contribué à forger l'équation personnelle de la Comtesse de Ségur en la rétablissant dans l'histoire des idées de son temps. Idées qui ont perduré et qui sont toujours, si on s'en tient aux notions capitales de morale, aussi vivaces qu'au dix-neuvième siècle. La théocratique estimant encore de nos jours qu'elle vaut mieux que l'agnostique ou la laïque.

Et par-dessus cela, l'Église toujours portée à défendre un ordre du monde basé sur une hiérarchie "à la Dieu le père", représenté sur terre par l'hégémonie d'un roi et béni par le divin... Symbolique qui, sur le plan populaire, a très peu évolué quoi qu'on en pense.

Je dis cela non pour excuser la comtesse mais pour mieux la faire apprécier des lecteurs d'aujourd'hui.

Mon article est en passe de devenir un roman. Roman que vous trouverez certainement fastidieux mais je "me" le devais et le devais à ces quelques fées (Sophie F. Rostopchine en premier lieu mais aussi Mme de Staël et George Sand...) et à quelques fées-marâtre contemporaines (Christiane Faure, Mathilde Leriche, Françoise Dolto...) qui ont illuminé et plombé ma vie.

A bientôt. François Ruy-Vidal

2008 04 09 De Rémi Saudray à François Ruy-Vidal

Merci de votre courrier. Notre rencontre a quelque chose de surprenant : il semble que la proposition que je vous ai faites de participer aux Cahiers Séguriens ait déclenché chez vous quelque chose de véritablement important, d'après ce que vous m'écrivez et m'avez écrit à plusieurs reprises. Je suis très heureux que tant de passion vous anime à ce propos et si "roman" il y a, il sera assurément bien intéressant. Je vous adresse donc tous mes encouragements pour que vous meniez ce vaste chantier à son terme. Le grand avantage des Cahiers Séguriens, c'est qu'on y laisse une très grande liberté. Vous ne serez donc pas limité aux 20 000 caractères qu'on attribue habituellement.

En ce moment, je prépare un numéro qui sera quasiment entièrement écrit par Alain Lanavère qui d'une certaine façon se place dans votre optique : il recense un grand nombre de coïncidences entre Ségur et d'autres écrivains et montre par exemple ce qu'elle peut devoir à l'auteur du Robinson Suisse ou à Bernardin de Saint-Pierre.

A bientôt Rémi Saudray.

2008 04 19 Nouvel appel à contribution de Rémi Saudray

Cher ami, chère amie,

Vous trouverez ci-joint un document à propos des prochains numéros des Cahiers Séguriens. Nous vous remercions de faire circuler autour de vous, auprès des personnes susceptibles de contribuer à cette revue.Merci de votre attention.

Rémi Saudray.

2008 09 12 De François Ruy-Vidal à Rémi Saudray

Vous devez penser que je suis impardonnable et pourtant... Mon travail en cours sur la comtesse est resté bloqué par des tas de contrariétés bien indépendantes de mon vouloir et qui continuent d'ailleurs de me paralyser puisque la maladie de Parkinson de mon épouse n'est pas curable et fait partie des dégénératives.

Mais mon article n'est pas remis en question sur le fond  pour autant et je le mènerai à bien, coûte que coûte, en 2009. Vous le trouverez certainement trop long peut-être et même bien inutilement long. Mais lancé comme je l'ai été, je dois avouer que je ne m'en suis pas trop soucié puisque c'était comme cela et pas d'une autre manière qu'il s'imposait à moi et que j'ai décidé de le mener.

Libre à vous ensuite de n'en prendre que des parties.

François Ruy-Vidal.

 

C'est tandis que je mettais la dernière main à mon article enfin bouclé après cette longue interruption due aux graves ennuis de santé de mon épouse que j'eus Rémi Saudray au téléphone et qu'il me parla pour la première fois de son comité de lecture, celui des Cahiers Séguriens comme d'un censeur et d'un empêcheur de tourner en rond, avec qui il devait avoir eu – c'est ce que j'en déduisais de notre conversation – quelques difficultés, me faisant comprendre que mon article ne pourrait paraître que si ce comité de lecture donnait son approbation.

 

 

 

       Je fus désagréablement surpris et même fortement agacé. Voilà un fait nouveau qui changeait la donne ! Je comprenais avec dépit et un peu tard que j'avais consacré toute mon énergie à un individu qui n'avait fait que vibrionner et virevolter pour m'inspirer confiance en me  laissant croire qu'il était curieux de ce que j'avais l'intention d'écrire alors qu'il n'avait pas l'autorité nécessaire pour assumer le tiers du quart de sa demande ! Et qui, de plus, me demandait de passer, aux yeux des augustes membres de son comité de lecture, ce consistoire occulte de cagoulés (lées) dont je ne connaissais ni les noms, ni les capacités, ni les obédiences, ni les convictions politiques... pour un solliciteur ravi, quémandant comme un jeune élève transi, humble, docile et discipliné, de pouvoir soumettre son "devoir" à l'appréciation des mages et gardiennes du temple ségurien en vue de se faire publier.   

        Non fut ma réponse ! Je ne me prêterai pas à cette supercherie et je ne ferai pas un geste pour tenter de convaincre qui que ce soit de l'intérêt de mon article. Tant pis pour moi et tant pis pour eux !

Mais j'eus alors, bien entendu, réellement, avec une amère déception, le sentiment d'avoir été berné par un petit prof qui battait de l'air, imbu de ses bonnes volontés et des mérites qu'il s'accordait alors qu'il n'était qu'un amateur velléitaire faisant mumuse avec la comtesse de Ségur, avec son patrimoine et avec ses admirateurs, dans une candeur qui frôlait l'ingénuité, la bêtise et l'inconscience professionnelle. Un petit prof frimeur qui, se prenant pour Julien Gracq, trouvait son bonheur à se flatter d'être une autorité des Cahiers Séguriens mais qui, en fait, lorsqu'on le poussait dans ses retranchements, finissait par avouer qu'il n'avait aucune responsabilité de direction et de décision et qu'il ne se servait de la revue que pour le plaisir de se faire mousser.   

Puis m'arriva ces tous derniers jours, comme si rien de fâcheux ne s'était passé entre nous, un nouvel «appel à contribution» de Rémi Saudray, toujours adressé aux lecteurs nombreux des œuvres de la Comtesse de Ségur  avec la même désinvolture et du même ton dégagé et inconséquent que les autres fois, qui, comme on peut bien le comprendre, me ramenant à quelques mois en arrière, m'incita à penser qu'il se moquait du monde et qu'il fallait intervenir au moins une fois pour détromper les naïfs qui risquaient de tomber dans son panneau et entrer dans sa combine sans jamais avoir aucune assurance d'être publiés.

Voici les messages que nous échangeâmes :  

2012 09 01
Email général de Rémi Saudray aux lecteurs des "Cahiers Séguriens"

Appel à contribution : Chères amies, chers amis,
le numéro 10 des Cahiers Séguriens La comtesse de Ségur et Dieu est à présent disponible; je pense qu'il est temps de penser au projet suivant. En fait il y en a 2 (et un 3ème: la réédition du numéro 1 sous une présentation différente) ; j'envoie cet appel à contribution à des personnes que je retrouve dans ma liste de contact, qui ont participé régulièrement ou non à cette petite aventure...
merci de transmettre à toute personne susceptible d'être intéressée.
A bientôt peut-être. Rémi

2012 09 05  De FRV à Rémi Saudray

Je vous trouve bien gonflé mon cher Rémi Saudray, car je pense que vous trompez votre monde en encourageant les gens à écrire pour les Cahiers Séguriens alors que quand ils se seront bien investis vous leur balancerez  entre deux phrases que l'article ne paraîtra que si le comité de lecture donne son adhésion.
Je me suis donc investi, j'ai écrit mon article et alors que je m'apprêtais à vous l'envoyer, vous m'avez complètement découragé.
Chacun place son amour propre quelque part. Le mien en l'occurrence, à la lecture du dernier numéro que j'ai eu de vos cahiers, était particulièrement agacé par l'énorme latitude que vous donniez au moindre pet du spécialiste choisi.
Rayez-moi de votre liste s'il vous plait.
A bon entendeur salut!   François Ruy-Vidal 

2012 09 05 De Rémi Saudray à FRV 

Bonjour François,
Merci d'avoir répondu si rapidement à mon courrier.Je regrette que vous n'ayez pas donné suite à votre envie de participer aux Cahiers car vous m'aviez paru enthousiaste à l'idée de proposer une lecture nouvelle et différente. Je suis d'accord avec les 2 points que vous relevez:
        - il faut que les articles soient acceptés par un comité de lecture, sinon on s'exposerait à publier des inanités, et je n'aurais pas le moyen de refuser un texte illisible (j'en reçois parfois, très rarement) autrement qu'en blessant l'amour propre d'un auteur qui pour être dénué des qualités nécessaires n'a sans doute pas été dénué de sincérité;
        - les articles publiés par les Cahiers séguriens ne sont pas (et loin de là) tous intéressants pour tous les lecteurs et donnent la place belle à des spécialistes.
Mais de fait l'existence de la revue (qui n'est nullement nécessaire, mais tout de même ne nuit à personne) n'est possible que par la contribution de ses spécialistes; car je reçois si peu de propositions de textes qu'il n'est pas possible pour moi d'équilibrer la revue entre les textes qui peuvent rebuter "l'honnête homme" et ceux qui intéresseraient un large public.
Vous n'aviez nulle crainte à avoir vis-à-vis du comité de lecture, qui a surtout en charge d'aider des personnes peu expérimentées à mieux exprimer leurs idées.
Il me semble pour ma part que vous avez plutôt pris ce prétexte pour ne pas aller jusqu'au bout de votre projet; je crains que vous ne vous soyez en fait auto-censuré.
Mais je me trompe sûrement. Pourquoi ne pas publier ce texte par un autre biais? D'ailleurs Les Cahiers séguriens ont une diffusion confidentielle... honnêtement, puisque vous sembliez avoir à bousculer le Landerneau ségurien, autant le faire de façon plus ouverte à un large public. Je me permets donc de tenter de corriger la mauvaise influence que j'ai eue sur votre enthousiasme de départ en vous incitant très vivement et très sincèrement à publier votre texte ici ou là.
Si par hasard vous aviez envie de revenir  aux Cahiers séguriens, ce serait toujours avec intérêt que nous vous y accueillerons.
Je veillerai à ne plus importuner par des appels à contribution ; celui-ci aura néanmoins eu l'avantage de vous donner l'occasion de me dire vos sentiments, ce qui vous a sans doute retiré un poids désagréable.
Bien cordialement. Rémi 

2012 09 05 De FRV à Rémi Saudray

Un article ouvert.

Alors que je souhaitais qu'il soit une base de recherche et de travail pour ceux qui le liraient et qui s'intéressent à la comtesse de Ségur, mon article était bien avancé mais menaçait de devenir une thèse. Ce qui n'était ni dans mon intention ni probablement dans la votre.
Quitte à me répéter, en édition, où la déontologie est plus rigoureuse, si on commande un texte on le paie quand il vous est livré. Même si on peut juger après, pour telle ou telle raison, qu'on ne peut pas ou ne doit pas le publier.
Et lorsqu'on est responsable d'une revue et que l'on encourage un auteur ou un éditeur (ce qui n'est pas n'importe qui) on ne lui dit pas ensuite que quelqu'un au-dessus de lui dans la hiérarchie (le comité fantôme) risque de ne pas apprécier l'initiative prise par le responsable de cette revue et de ne pas, en conséquence, vouloir publier le résultat de la demande.  Car il s'agit là, alors, rien de moins que d'une atteinte à la liberté d'expression et d'appréciation du sujet : la comtesse de Ségur, de cet auteur.
Un mode d'emploi très simple resterait à établir : que le comité de lecture par la voix de son représentant commande ou encourage l'article en s'engageant à en assumer le suivi.
Par ailleurs, n'ayant pas à vous remercier de vos conseils, je vous fais remarquer que penser faire éditer cet article ne m'est même pas venu à l'esprit.
Je ne suis pas, moi, en mal d'édition et vous prie donc de m'épargner vos encouragements sur ce point.
Je le répète, penser faire éditer cet article ne m'est même pas venu à l'esprit !
Par contre, ce dont je suis sûr et que je peux vous dire, c'est que ni vous, ni votre comité de lecture, ne méritez  de le lire et que je vous garde un chien de ma chienne.

François Ruy-Vidal

2012 09 05 De Rémi Saudray à FRV

Merci pour votre longue réponse. Je vous accuse donc réception de vos reproches et réprimandes que je vais méditer. Je me permets cependant une remarque: il y a une grande différence entre votre travail d'éditeur professionnel et reconnu et mon travail d'éditeur bénévole, inconnu, amateur; réellement, je crois que vous m'accordez trop d'importance. Je suis simplement un prof de collège qui s'amuse (et souvent aussi perd son temps) à faire vivre une petite revue à la diffusion confidentielle, permettant à quelques dizaines de personnes de se faire le plaisir de réfléchir à la comtesse de Ségur, avec parfois du talent, parfois moins de talent. En somme si vous "me gardez un chien de votre chienne",  il n'y avait dans le crime que vous m'imputez "pas de quoi fouetter un chat..."

R.S.

2012 09 10 De FRV à Rémi Saudray 

De la suffisance de l'insuffisance,

Si vous écriviez cette profession de foi d'amateur que vous m'envoyez en tête de votre revue – ce dont vous vous gardez bien ! – vous recevriez en retour ce que vous méritez et il n'y aurait alors aucune raison de confusion.
Mais je décèle sous vos petits airs d'humilité un appétit de reconnaissance et une lâcheté qui ne trompent personne.
Je me suis étonné lorsque nous nous sommes rencontré de la mauvaise réputation qu'on vous faisait, je refusais d'y croire avant cet échange de message mais maintenant je sais que vous la méritez.
Votre dernière phrase : "Il n'y a pas de quoi fouetter un chat" prouve votre désinvolture et votre amateurisme et ne vous honore pas. Je pense même qu'il porte préjudice à tous ceux qui font partie du comité de lecture et du soutien des "Cahiers Séguriens."
Aussi, ne vous déplaise, Je vais mettre notre échange de mails sur mon blog pour que les personnes que vous sollicitez puissent prendre conscience du respect que vous leur accordez, de quelle jauge vous évaluez leur bienveillance et de quel sérieux et de quelle estime ils seront payés en retour de leur offre de participation.
Décidément, vous n'êtes pas seulement qu'un petit prof, vous êtes un minable !

François Ruy-Vidal   2012/09/15

 

  


31/05/2010
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