54 a.LES PLEUTRES ET L'ART DE LA RÉCUP' SANS RISQUES

    

             Averti par un de mes amis, inquiet de ce qu'il pensait être mon ralliement aux pleutres institutionnels de la Joie par les livres et de la nouvelle direction de l'Institut Charles Perrault, force me fut de constater que sans mon consentement, par un simple clic à partir d'un site intitulé "B.N.F / JOIE PAR LES LIVRES / INSTITUT CHARLES PERRAULT ", n'importe quel investigateur du web pouvait se retrouver inopinément sur les articles de mon blog.

Cet article a pour but de dire ma contrariété, ma déconvenue, mon déplaisir, mon indignation…tout en reconnaissant que cette usurpation est fréquente sur Internet et que les pleutres sans talent et sans courage, qui pullulent à Paris dans les niches privilégiées des Institutions du livre, la pratique depuis des lustres. Encore que d'habitude – en témoigne la demande d'autorisation d'utilisation d'une illustration que Bernard Bonhomme réalisa pour  "Ah! Ernesto! " de Marguerite Duras, formulée récemment par Nathalie Bréaud – les quelques honnêtes personnes parmi eux, et elles surtout, qui ont besoin de se servir à des fins professionnelles de livres ou de certains éléments de livres, ont généralement la décence de demander, au préalable, comme le respect des droits des auteurs le recommande, avant toute utilisation d'écrits publiés ou en cours de publication, des autorisations d'utilisations motivées, accompagnées des justifications contextuelles correspondantes et surtout du nom des auteurs qui seront en charge des commentaires.

C'est ainsi que, ces jours derniers, le 13 juillet exactement, souhaitant vérifier la provenance des visiteurs de mon blog, j'ai pu constater que s'était greffé, sur mon travail d'analyse rétrospective des livres que j'ai publiés, une association de trois organismes institutionnels qui, jusque là pourtant, avec un entêtement opiniâtre, agissant séparément ou de concert, ont toujours plutôt préféré m'éviter que m'inviter, en m'écartant soigneusement des manifestations qu'elles organisaient et qui ont toujours choisi, plutôt que de me donner la parole, de parler de moi ou de faire parler de moi, et des livres que j'avais publiés, par n'importe qui, au mépris de toute déontologie de journalisme critique. Tirer dans le dos des gens pour ne pas avoir à affronter leur regard et surtout leurs arguments est une pratique habituelle qui ne répugne pas à ces "commentaristes" fonctionnarisés sans courage.

Placé devant le fait accompli, branché malgré moi avec des gens que je n'avais pas choisis, je n'avais d'autres ressources que de recommencer à me justifier et à me re-justifier, condamné au seul droit de réponse récriminateur – quand on me l'accordait et que leur bulletin d'écrits le prévoyait, ce qui, au mépris de toute règle démocratique, n'est pas du tout le cas du "Bulletin du livre pour enfants" édité par "La Joie par les livres" par exemple – qui me faisait passer chaque fois pour un aigri caractériel, cacochyme marginalisé et rempli d'amertume. 

Au risque d'insister quelque peu, je répète que  cette nouvelle Trinité, " B.N.F / LA JOIE PAR LES LIVRES / INSTITUT CHARLES PERRAULT ( dans sa nouvelle direction) qui semble par ailleurs ne rien devoir au CENTRE NATIONAL DU LIVRE POUR ENFANTS  (C.N.L.E.) aurait été, selon les informations que j'ai pu recueillir, soigneusement préparée par Jean Perrot, fondateur et ancien directeur de l'INSTITUT CHARLES PERRAULT.  

    Au cas où le lecteur intéressé n'aurait pas eu vent de cette association et pour qu'il s'en fasse une idée, je le renvoie au site de cette association tricéphale :

http://www.lajoieparleslivres.com/masc/Integration/JOIE/statique/univ/...

C'est en le consultant que, O Surprise! Surprise des surprises même! A n'en pas revenir même ! je me suis aperçu que ces trois organismes qui m'ont toujours, jusqu'ici, je le répète encore, bien soigneusement, au fil des années, évité – mis à part Jean Perrot qui m'invita une fois, une seule fois, du temps où il était encore le directeur de l'Institut Charles Perrault – et qui de révérente sectaire (Geneviève Patte) en nonnettes obéissantes (Catherine Bonhomme et Eveline Cévin), et de mères en filles, m'ont toujours plutôt ignoré, dénigré, snobé et copieusement contesté en choisissant par exemple d'approuver sans restriction aucune les interprétations abusives et mensongères de Françoise Dolto puis de sa fille Catherine…Voilà que ces trois organismes semblaient faire machine arrière et passer l'éponge sur une histoire qui subitement n'avait plus aucune raison d'exister. Cela, bien entendu, sans aveu de rectification et sans me demander mon avis, en se branchant tout simplement sur mon blog.

Mine de rien, ces trois organismes amorçaient là, à cent quatre vingt degrés, un virage que le temps qui passe probablement, ou bien plutôt une lente érosion de l'endoctrinement indispensable, né après 45 au moment de la reconstruction, mais devenu caduque au début des années 60, qu'avaient montré Mathilde Leriche puis Simone Lamblin, pour sensibiliser les masses populaires et les pouvoirs publics à l'extension, dans notre pays, du nombre de bibliothèques publiques. Ce changement d'attitude, cette décontraction qui, affirmons-le tout net, avait perdu bien trop de temps pour s'accomplir, est accompagné aujourd'hui, forcément, les nécessités n'étant plus les mêmes, d'une démocratisation, toute relative encore mais inéluctable, intervenue dans leur structure hiérarchique interne, forcée probablement par les renouvellements des générations survenus depuis 1965. Les exigences de ces nouvelles générations issues de mai 68  imposaient à cette hiérarchie de pouvoir de s'assouplir et de s'amender. Exigences peu explicites parfois mais sourdes et tenaces que cette hiérarchie autoritaire conformiste ne pouvait,   au risque de paraître injuste, attardée ou dépassée et en tout cas "à côté de la plaque"… s'exposer à refuser de considérer et parfois de prendre.

A vrai dire, le prescripteur ou la prescriptrice, ou encore le simple "curieux" de littérature pour la jeunesse, ne verra cependant rien de bien révélateur ni de sensationnel dans les informations fournies par ce site tripartite! A croire que la suspicion tient encore, ici, lieu  d'investigation et de lucidité puisque, les pratiques restant inchangées, encore et toujours de la même manière, au nom d'un principe de supériorité bien immérité qui doit faire partie de l'apprentissage professionnel des cadres de ces trois organismes, je peux constater pour ma part la même suffisance bouffie d'énoncer des avis, de distribuer des étoiles et surtout d'opérer des tailles sombres. Un lot de pratiques qui me semblent bien inutiles en la matière, bien pernicieuses, mais qui révèle et engonce, jusqu'à l'étouffement, ces fonctionnaires du livre qui veulent nous donner l'impression, parce qu'ils et qu'elles sont les récepteurs(trices) des notoriétés parisiennes, qu'ils sont les chantres ineffables, prêtres et prêtresses sacralisateurs(trices) de l'édition internationale et de tous les talents du monde.

Pour ces gens-là, seul à être pris en compte et "au sérieux"est cette «urne funéraire» dont parlait Sartre, ce livre qui existe bel et bien, qui est visible et consultable, que l'on peut tenir en main parce qu'on le trouve dans toutes les librairies, le livre des grands éditeurs, celui qui a, pour ainsi dire, pignon sur rue, celui qui est approvisionné par des systèmes de distribution iniques affiliés à des librairies ne permettant pas la concurrence et qui tuent littéralement les livres des petits éditeurs. N'en déplaise à ce cher Jack Lang, l'homme farouchement attaché à ces "grands principes" que chanta autrefois Guy Béart, mais qui «en vertu des bons sentiments» se contentait souvent de petits accommodements avec les grands de ce monde, Hachette en particulier, même le prix fixe, panacée à laquelle j'ai travaillé et souscrit, présentée par la plupart des gens du métier du livre comme une garantie de concurrence, s'avère impuissant contre la coalition des grands trusts de production et de distribution. Si ce prix fixe avantage les librairies indépendantes il ne dérange en rien les 24 000 autres librairies affiliées aux grands groupes et ne sert en rien surtout aux petits éditeurs qui ne trouvent ni place dans ces librairies affiliés ni bien souvent de place aussi dans les librairies indépendantes puisque celles-ci obéissant aux lois du marché, de la publicité et du bouche à oreille réservent prioritairement leurs places aux livres"promotionnés". 

Je ne parle pas au hasard, j'ai eu l'occasion de le vérifier dans mon intervalle aux Éditions des Lires. La loi Lang ne change strictement rien à rien pour ces livres qui, parce qu'ils ne sont pas retenus par les libraires – pour des raisons qui ne les honorent pas toujours –, ne sont ni exposés, ni présentés et, de ce fait, sont donc privés, n'étant pas soumis à la considération du public, de toute possibilité d'être vendus et d'arriver entre les mains des enfants.

Pour ces fonctionnaires du livre, conformistes résignés à l'état actuel du système de distribution médiéval du livre, on ne peut même pas imaginer qu'ils puissent avoir conscience et encore moins qu'ils puissent avoir du respect pour ces livres qui existent vraiment mais qui ne sont pas distribués, et encore moins pour ceux qui n'existent pas mais qui pourraient exister si l'appareil de réception daignait à considérer ses potentiels d'existence et à les encourager. Ces livres à-venir ne les intéressent pas, ne les concernent pas, ne les empêchent pas de dormir. Pas de temps à perdre avec les potentialités des auteurs ni avec celles des illustrateurs, qui ne leur paraissent que velléités, même si ces propositions en germe pouvaient en éclosant bénéficier aux enfants! Pas de temps à perdre non plus avec ces propositions, superficielles et mal maîtrisées, sans fondements, manquant de sérieux et de crédibilité, faites par ces jeunes éditeurs illuminés, pauvres rêveurs égarés, qui tentent de s'improviser et de prendre une place dans les rangs du gotha des éditeurs patentés. Il n'y a de vrai que l'édition de papa ! Et pour ces héritiers-là, quelles que soient la qualité de leurs productions, chapeau bas, respect et courbettes et toutes les obséquiosités du Centre National du Livre qu'il soit pour adultes ou pour enfants.

Bref, j'eus ce jour-là, pour la énième fois, le déplaisir de découvrir, en parcourant, mais cette fois noir sur blanc et coulé dans le bronze, parmi mille fadaises et quelques arguments bien choisis mais des plus partiaux, des éléments plutôt fantaisistes concernant les livres que j'avais publiés ou même carrément erronés quand ils brossaient ma biographie et ma bibliographie professionnelles. Le plus surprenant étant tout de même pour moi de découvrir une très curieuse présentation, totalement anachronique, des bibliographies de certains auteurs ou illustrateurs responsables de la parution des albums les plus importants de ces cinquante dernières années. Je compris vite cependant que cet anachronisme n'était pas dû au hasard. Au contraire, en y regardant d'un peu plus près, je vis bien qu'il avait été délibérément et scrupuleusement établi, et plutôt très habilement orienté pour souligner les mérites et les initiatives de mon ancien associé américain, "l'Éditeur" Harlin Quist, ou mieux encore, chauvinisme obligeant, pour flatter les prouesses  d'éditeurs français installés de longue date qui, alors qu'ils avaient toujours, dans le passé, soigneusement évité de prendre des risques et attendu plusieurs années avant de sortir des sentiers battus pour employer les illustrateurs (trices) que j'avais, bien longtemps avant eux, choisis et encouragés, se voyaient par là récompensés en quelque sorte d'avoir eu le nez fin et la couardise d'attendre pour prendre le train en marche.

Pour ne citer que deux exemples, je renverrai le lecteur à ces deux cas très précis en lui faisant remarquer que :

1. La biblio. de Nicole Claveloux commence en 1994 alors que son premier livre "Le voyage extravagant" fut mis en oeuvre en 1965.

2. Parmi les albums qui ont marqué leur temps"Le géranium sur la fenêtre..."est bien cité mais pas dans la première édition qui était une version-adaptation que j'avais mise au point après bien des hésitations avec des auteurs illustrateurs créateurs de leur couplet et de leur illustration. Figure à sa place, contre l'avis unanime de tous ceux qui ont été émus, troublés, bouleversés.. par cette première version, une version restructurée, manipulée, falsifiée, tripatouillée quelques années après, par Harlin Quist lui-même avec le secours-concours compassionnel d'une de ces dévouées empressées occasionnelles qui, pour avoir leur nom en couverture, sont disposées, dans ces milieux du livre, à toutes les compromissions.

En l'occurrence, pour ce lourd et triste replâtrage, s'improvisant traductrice, c'est Mona Richez, qui n'est restée présente dans le ciel germanopratin, – faute de reconnaissance de ses qualifications sans doute, ou d'endurance probablement, incapable en tout cas de tenir bien longtemps cette route de Compostelle –,   que le temps d'un éclair. Je la cite parce que je l'ai bien connue lorsqu'elle vivait à Lausanne et que j'y demeurais moi-même au moment d'imprimer les trois avant derniers livres que je publierais sous le nom d'Un Livre d'Harlin Quist. Mona Richez était alors l'épouse de Christian Boucherot, l'homme d'affaire aux dents longues, qui nous avait introduit auprès de l'imprimeur Hostettler chez qui nous imprimions "Pierre L'ébouriffé", "le Chat de Simulombula" et "Ah! Ernesto!".



   

  Homme d'affaires en tous genres, négociateur exportateur empressé de Mr Hostettler qui était, avec son fils de 16-17ans, le propriétaire de la petite imprimerie familiale, Mr Christian Boucherot, faisait la mouche du coche pour son plus grand intérêt. Mr Hostettler étant très affecté et déprimé par la perte de son épouse et, consécutivement, par la mauvaise gestion de son imprimerie, Mr Boucherot s'était présenté sous son meilleur jour, comme le sauveur d'une embarcation en plein naufrage, un employé à tout faire et un booster de solutions miracles. Il avait pris pour ainsi dire les choses en main, s'était chargé de ramener des clients et de remonter le chiffre d'affaires de l'imprimerie. Mr Quist et Mr Boucherot avaient en commun plusieurs terrains d'entente dont celui de s'enrichir. Ils s'entendaient comme larrons en foire.   

Sans vouloir en savoir trop sur ce personnage qui se flattait d'être incomparable en manière de timbres postaux à destination de l'Afrique, je dois avouer qu'il m'inquiétait un peu et que je le fuyais autant qu'il m'était possible. Cependant, curieux de savoir pourquoi il voulait investir dans notre société française, je crus comprendre qu'il avait de l'argent à investir. Un argent qui semblait provenir des accords occultes qu'il avait, en exportateur-importateur peu scrupuleux, avec ces pays africains, en échange de ses bons services puisqu'il était le plus souvent rétribué, bien avant Valéry Giscard d'Estaing, en pierres précieuses...

A titre de rappel, je signale à ceux qui n'étaient pas nés à cette époque, qu'avec Patrick Couratin en coéquipier, Mr Boucherot, fut, pour très peu de temps mais dès après ma séparation d'avec Harlin Quist, son principal associé. Cela à l'époque où Citizen Q. prenait, envieux et jaloux de Robert Delpire, dans la rue du Cherche-Midi, pour conforter Patrick Couratin et valoriser un certain type d'illustration qui plaisait à ce dernier, une galerie d'art très "smart", très sélective et revendiquant hautement ses choix.

        Avec habileté, ces deux témoignages parmi beaucoup d'autres, illustrent bien pour moi la volonté – mauvaise à n'en pas douter, toute neutre qu'elle puisse paraître – de nuire et de présenter, sous un angle très intelligemment pernicieux, une vérité contraire à la vérité des faits. Mais cela n'était pas une découverte pour moi. Au contraire même, puisque cette falsification était pour moi la reproduction et la répétition à l'infini d'un engrenage mis en branle par des idéologies contraires aux renouvellements que je prônais. Je constatais tout simplement, une fois encore, que rien n'avait changé dans la dialectique d'action des têtes pensantes de ces organismes institutionnels et encore moins dans leur manière de présenter le fond historique du problème. En l'absence de signature, des plumes anonymes répétaient et entérinaient ce que j'avais déjà entendu mille fois parmi les cadres de ces administrations auxquels il m'était arrivé d'être confronté, de ce que j'avais lu dans les revues qui étaient diffusées pour prôner, discrètement mais fermement, selon des consignes-critères très restrictifs, le plus strict des conformismes sans risques.

       Quant au salut à Harlin Quist, à l'intérêt qu'on lui prête pour notre pays…Ce que l'on en disait, en vertu de ce que je savais qu'il pensait de notre pays et de l'ensemble des Français, me sembla bien sujet à caution et surtout bien trop court pour être explicite. S'il peut passer aujourd'hui pour le meilleur exportateur aux États-Unis de nos illustrateurs français, je tien à préciser qu'il ne fit rien au départ pour les reconnaître et pour admettre qu'ils avaient du talent. Son objectif premier était tout à l'opposée : celui de nous fourguer ses illustrateurs et ses livres américains puisqu'ils les considéraient comme les meilleurs du monde.

     Ces brèves allusions, tranchées et radicales, d'autant plus qu'elles sont brèves, me paraissent si tendancieuses que j'estimai nécessaire aussitôt d'en dire un peu plus pour nuancer l'argumentation... Puis me reprenant, baissant les bras aussi devant tant d'erreurs, je ne pus qu penser alors à la fois pour expliquer et pour relativiser: «Mais, après tout, n'est-ce pas bien normal?... N'est-il pas normal en effet que "La Joie par les livres", puisse croire nécessaire et indispensable de s'obliger encore et toujours, sempiternellement, à vouloir payer sa dette aux États Unis et se montrer reconnaissante d'avoir été créée à partir de fonds américain?...Et partant de cette hypothèse en impasse, comment cet organisme-là, portant certainement, en ses statuts, une clause inscrite l'obligeant à valoriser la cause américaine du livre, alors cependant qu'il est aujourd'hui nationalisé puisqu'il usurpe, quand cela l'arrange, le nom, prestigieux pour moi, de Centre National du Livre pour Enfants (CNLE), aurait pu oublier de signaler que Mr Quist étant citoyen américain il était indissociablement lié au prestige américain...

         Impossible d'imaginer, même encore aujourd'hui, plus de cinquante ans après sa création, que cet organisme figé dans les glaciations de l'après guerre, puisse un jour se déjuger !...Comment pourrait-il consentir à commencer d'admettre et à reconnaître que c'est de France, à partir d'octobre 64 et non pas 66 comme il le mentionne, que l'initiative de ces "livres de littérature illustrée, écrits par des auteurs et conçus par des artistes non spécialisés en littérature pour la jeunesse",  – qui n'avaient de l'album pour enfants que le cartonnage et les formats extra larges –, a été suggérée puis imposée comme condition sine qua non de ma  collaboration à une association d'édition France-États Unis.

En fonction de quoi, j'espère que le lecteur comprendra que, comme un chat matou échaudé par des générations de bibliothécaires se succédant, toutes instruites et sensibilisées, inconditionnellement "formatées" aux théories de Geneviève Patte, de Françoise Dolto et aujourd'hui de Françoise Ballanger, je puisse aujourd'hui, en me basant sur une cinquantaine d'années d'expériences négatives et déprimantes à défendre mes options d'édition contre un troupeau de vieilles biques entêtées, clamer haut et fort :

BLOGGEURS, ATTENTION !

APPROXIMATIONS TENDANCIEUSES,

USURPATIONS, APPROPRIATIONS ÉHONTÉES,

DÉSINFORMATIONS,

MÉPRIS DU DROIT DES AUTEURS ET DE LA LIBERTÉ D'EXPRESSION...

Telles sont les principales pratiques des

vampires parasites ineptes et opportunistes de
"La Joie par les Livres"

et de la nouvelle direction de

"l'Institut Charles Perrault"*

dont, par collusion opportuniste,

la B.N.F.

              semble entériner les méthodes.

*Dernière nouvelle : la direction de l'Institut Charles Perrault n'est plus sous la coupe de Mlle Van der quelque chose.

        Ceci étant dit, les précautions d'usage en matière d'écrits et le respect de la libre opinion étant mon principal souci, pensant éthiquement que, pour le lecteur de cet article, la meilleure façon de juger doit être de pouvoir examiner l'intégralité des pièces et documents qui existent, je le renvoie, pour qu'il s'en fasse une juste idée, au site qui a provoqué mon indignation et a inspiré cet article http://www.lajoieparleslivres.com/masc/Integration/JOIE/statique/univ/...

Et, dans ce site, plus particulièrement à la rubrique :

"Histoires de l'album par ses créateurs..." :

Les Éditions Harlin Quist.

         Ceci étant posé, que le lecteur me suive encore un moment avant de forger son opinion tandis que, lisant entre les lignes des rubriques proposées par ce site, je vais tenter, parmi tous ces éléments et bribes rudimentaires mais falsificatrices qui lui sont proposés, de démêler le vrai du faux. Car effectivement, sous le ton de l'anodin alors qu'il est lapidaire, suggérant parfois même un certain recul de discrétion d'apparence objectif et impartial, le collectif qui a transcrit ces rapports des faits ne tente pas moins de faire avaler, malhonnêtement et à la serpe, sans déontologie de documentariste, à une clientèle de prescripteurs (trices) néophytes, de maladroites et lourdes approximations biographiques, émaillées ça et là d'oublis insidieux ou au contraire d'attributions de mérite injustifiées... toutes ne faisant cependant que sous-tendre et soutenir, je le redis encore, sous un aspect prétendument neutre et désintéressé, cette idéologie conformiste très particulière, mais très courante, qui règne dans les milieux culturels "institutionnels" de soutien au livre.

      Le premier point étant, mais un peu tard, la révérence, – nécrologie obligeant – tirée jusqu'à l'intronisation, faite à mon ancien associé, mort en 2000, le dynamique, énergique et vibrionnant Harlin Quist : l'Éditeur.

    A tenter de comprendre, pour le cas où je ne les  connaîtrais pas, nos biographies, celle de mon ancien associé Harlin Quist et la mienne, puisqu'elle lui est, comme par allégeance, juxtaposée, la distinction que l'organisme trinitaire voudrait imposer se place entre la notion sacralisée de l'Éditeur d'une part, avec tout le respect qu'on doit à ses responsabilités et, d'autre part, moi, le petit instituteur, collaborateur français de cet Éditeur doublement respectable puisqu'il est américain. La condescendance ne parait pas de taille, elle semble s'inscrire tout bonnement dans le sens de la noblesse du métier... alors qu'elle est bien significative du respect rampant que ces fonctionnaires du livre sont tentés(ées) d'adopter –comme si ils et elles y étaient astreints(tes) par contrat – face à l'Édition de papa, celle des grandes maisons et celles d'héritage, étendu plus généralement à tout Éditeur de quelque souche qu'il parvienne et de tout intérêt qu'il soit. Dans la réalité ce respect-là est moins bien distribué et moins bien appliqué généralement : Ne nous trompons pas : n'est pas éditeur, pour ces institutionnels-là, qui le prétend!

    Pour ma part, n'en croyant pas mes yeux, en zapant de rubrique en rubrique, je découvrais que, sans date précise, j'étais «né à Paris» et, avec ravissement, prenais soudain conscience que j'étais donc arrivé au monde à 31 ans, vierge de toute influence familiale, socio-culturelle et politique, et que, dans l'attente d'un inséminateur yankee, je n'aurais jamais eu d'autres aspirations que de devenir non pas "un concepteur de livres"ou un "directeur de collections" ou un "associé d'édition", en gros un intervenant culturel plutôt qu'un spectateur attendant qu'on le nourrisse, mais un simple factotum en jachère espérant d'être un jour béni à la solde du grand Éditeur novateur américain Harlin Quist, venu à Paris pour nous donner des leçons d'émancipations.

        Belle auréole ma foi que l'on tisse après sa mort à ce Wasp qui se comparait parfois, pour revendiquer ses racines suédoises aux personnages les plus noirs des films de Bergman ou encore à un «Raspoutine du Minnesota». Il disait souent en goguenardisant : «Wasp I am! And more than that, I am sweedish!» Et belle homélie funèbre célébrée par la grâce de ces bonnes âmes institutionnelles, pour qui, celui qui les avait tant choqué devenait, au nom de la discrétion et du respect qu'on doit aux défunts, une espèce de Saint Michel qui avait terrassé les dragons. Une sorte de surhomme en somme qui  aurait décidé d'affranchir la littérature pour la jeunesse internationale de tous ses tabous.

Pour ma part, ainsi pâlement, fantômatiquement et fallotement dépeint que je le suis sur ce site, n'ayant jamais eu l'impression qu'en effectuant mon parcours d'édition, je m'étais achoppé – ou que j'aurais pu m'achopper – à des tabous, mais bien plutôt à des idées reçues, fortement ancrées dans les esprits conformistes conservateurs de ces prescripteurs (trices) duement fonctionnarisés(ées) et à des habitudes routinières de considérer les enfants, je me permettrais, si un espoir de clarté de vue était possible, de renvoyer les piètres rédacteurs de ces allégations à ce que sont leurs propres conceptions de la littérature de jeunesse et à ces tabous qu'ils et qu'elles brandissent comme des garde-fous, autour des terrains minés délimités, les reportant hors d'eux, sur les autres, pour laisser croire qu'ils s'en sont affranchis eux-mêmes, les attribuant aux classes populaires qui, selon eux et elles, pourraient s'offusquer qu'on veuille les enfreindre… Tabous, prétextes à censure, en lesquels, ils et elles s'efforcent de croire, pour empêcher, en vérité, les créateurs néophytes et potentiels du livre, mal ou non informés de leur rhétorique, de s'immiscer et d'explorer, pour le bénéfice des enfants, en fonction des évolutions et des modifications de nos mœurs et des avancées de notre société nord-occidentale civilisée, des champs et territoires de notre humanité alors qu'ils ont, jusqu'ici, généralement amis soigneusement, par pruderie ou par "idéologisme" confessionnel, été passés sous un silence des plus hypocrites.

Quoi qu'il en soit, ce "collectif de rédaction", avec l'anonymat pratique et couard qu'il s'impose, en me faisant passer au second plan pour les initiatives, avec peu de raisons argumentées et justifiées d'ailleurs mais parce que cela arrangeait certainement la plupart des membres qui en faisaient partie, va tout a fait dans le sens qu'avait souhaité et programmé le grand Citizen Q. N'oublions pas que son leitmotiv était, le pouce droit inversé tourné vers sa poitrine : «I am making history!»   

Rappeler aujourd'hui que les quatre-vingt pour cent de son énergie venaient d'un égocentrisme et d'une mégalomanie exacerbés, amplifiés par un désir d'être inégalable et insurpassable en toute matière, semblent être soudain gommés et envoyés aux oubliettes par ces commentaires lénifiants tandis que lui est tendue, pour l'occasion, en récompense, avec un satisfecit d'accompagnement, une bénédiction.

«Vois-tu, vieux frère des sixties, pensais-je alors en le tutoyant pour la première fois, finalement, ici, sur notre vieux continent ou tu prétendais qu'il n'y avait ni imagination ni talent, sinon des perruquiers et des parfumeurs... tout rentre dans l'ordre tout de même un beau jour puisqu'on reconnaît aujourd'hui tes talents et tes bienfaits. Voilà venu enfin pour toi le temps de dormir en paix. Dors, vieux frère de combat, et sache te satisfaire de cette bénédiction française. T'en contenter même car si on ne parle pas de toi dans ton pays, si, aux States, tu ne passes pas pour un prophète, ici, chez nous, tu as la révérence et la croix du mérite des pleutres! ».

Derrière ces condescendances distillées et déguisées que je découvrais sur ce site tricéphale, je retrouvais comme en écho, quarante ans après, l'image sarcastique et pertinente que Maurice Sendak, me renvoya de moi, la première fois que nous nous rencontrâmes, à New York, lorsque je reçus un prix du New York Times pour "Le voyage extravagant" illustré par Nicole Claveloux.

  


Maurice Sendak, qui connaissait très bien Harlin Quist et son ambition dévorante d'être le centre des attentions avait été le premier à avoir  pris conscience qu'ayant peur que je lui fasse de l'ombre, Harlin Quist taisait, à New York, notre association de collaboration  et cachait jusqu'à mon existence. J'ai encore en tête l'éclat de joie qu'il eut tandis qu'il me félicitait pour mon prix (il avait fait partie du jury d'attribution) et par la causticité, l'alacrité de son franc salut : «Here is at last the french shadow!»

       J'ai mis du temps à comprendre, moi qui avais fait tout le contraire à Paris pour qu'on connaisse mon associé, qui avais même accepté de donner son nom – contre l'avis de tous mes proches et de tous mes conseillers mais par pudeur et pour ne pas remettre, sur le tapis du monde, des problèmes personnels au sujet de l'utilisation publique de mon nom que je n'arrivais pas à régler, – aux livres que nous publierions, que je n'étais, pour mon associé et pour tous ceux qui le connaissait aux Etats Unis, pour les gens du métier new-yorkais, pour sa famille, pour ses intimes, qu'une ombre !...

Une ombre qui ne sembla pendre véritablement son existence que lorsque, début 1972,  jugulé par la faillite dans son propre pays, Monsieur Quist n'eut plus d'autre issue que d'avoir recours à la Sarl française pour pouvoir continuer à produire. La haine qu'il me voua alors l'obligea à reconnaître que je ne l'avais pas attendu pour agir, que je savais agir sans lui et, peut-être, aussi à reconnaître qu'à partir de ce que j'avais fait, je pouvais désormais lui permettre, en France, de produire sans moi, en utilisant ces illustrateurs français qui avaient été mes premiers collaborateurs et qu'il avait eu tant de mal à considérer comme des professionnels. 

    Mais, poursuivant ma lecture du site, je dus me faire à l'idée que je n'étais pas arrivé au bout de mes déceptions. Un peu plus loin, sidéré par la nouvelle, je découvris que j'étais né à Paris. Moi à paris ! Avais-je vraiment une tête, un accent, un     esprit, une allure, une gouaille, un comportement de parisien ?...

J'avais l'impression, rétrospectivement, que si cela avait été le cas – et ça aurait pu l'être puisque ma grand-mère maternelle vivait à paris, avec mes tantes, ses deux filles, et leurs enfants, mes quatre cousins, parisiens de naissance – ma vie aurait été toute autre et aurait pris un autre cours. Je réalisai soudain, qu'en fait, même si ce site en oubliant la première ne considérait que ma deuxième naissance, d'avoir eu le triste avantage d'être né deux fois et retrouvai effectivement, en me ressouvenant de mon arrivée à Paris, cette impression que j'avais eu de prendre un nouveau départ et d'avoir tout à recommencer à zéro. J'avais 31 ans exactement. Banal à dire car, pour n'importe quel quidam et pour la plupart des mortels, le seul fait d'arriver à Paris pour s'y installer et y vivre, à quelque âge que ce soit, aura toujours autant de résonance que de voir le jour pour la première fois. Une sorte de remise au monde en quelque sorte.

Pour ma part, en simple mortel, je dois bien confirmer qu'en arrivant dans la capitale, je fis comme tous mes congénères et n'échappai pas à la tristesse de ce que j'avais dû quitter et au choc bénéfique que cette transplantation me procura. Alors pourtant que, pour ce qui était de ma réalité intime, de ma conscience d'exister et de mon identité personnelle, hélas, ce nouveau départ, forcé par les évènements, était un enterrement d'une grande partie de moi-même. Un avenir s'ouvrait qui clôturait définitivement et douloureusement mon premier tiers de vie ailleurs et m'incitait à camoufler ma tristesse proche du désespoir pour mieux aller de l'avant. Avoir perdu mes racines me donnait l'impression de n'avoir plus d'amarres et de m'être perdu corps et bien. Sans exagération aucune et sans me complaindre ni étaler ma souffrance, celle qui minait ma vie à ce moment-là me paraissait relever de la tragédie.

Mes seules bouées étaient ma famille, mon métier, mes passions pour la littérature, le théâtre et la culture en général. Me perdre dans l'oubli de moi-même sans espoir même de  pouvoir toujours me retrouver dans l'action culturelle constituait le noeud de mes contradictions. Mais j'étais loin, à ce moment-là, d'avoir la maturité d'aujourd'hui pour le comprendre et je pense même que j'avais choisi de vivre ces contradictions en décidant qu'elles étaient inexplicables pour moi et encore moins explicables pour ceux que je côtoyais et qui ne faisaient pas partie du cercle de mes intimes. 
    Comment, dans de telles conditions, moi le déraciné, l'écorché, celui qui refusera de devenir comédien professionnel parce qu'il avait l'impression, en quittant le théâtre culturel amateur et en étant contraint de frapper aux portes pour quémander des rôles, forcé de montrer son "book" et parfois d'exhiber son physique, de se prostituer, aurais-je pu accepter de m'imaginer, comme ce site tripartite le suggère : parisien de naissance?... Je n'avais pas leur effronterie et leur aisance en toutes situations, leur férocité, leur désabusement…En gros, je n'avais pas cette tête de chien qu'on leur prête communément.

On peut peut-être comprendre alors qu'il me soit difficile d'accepter d'être, encore aujourd'hui, après tout ce qui fut dit et écrit sur moi, considéré, comme si je devais toujours rester, dans l'histoire de l'édition pour la jeunesse, cet être mi-chair-mi-poisson, né à Paris et donc autochtone et pourtant à la fois ce nouveau débarqué, cet espèce de «Rastignac, venu d'on ne sait où» – comme eut le front de me qualifier, Jean-Max Leclerc, l'héritier des Editions Armand Colin –, …ce jeune homme pauvre mais propre "comme un sou neuf ", aussi inconséquent qu'un jeune subalterne sans attache et sans promesse d'avenir ; prêt à n'importe quelles compromissions pour exister et survivre ; solliciteur par la force des choses puisque animé du désir d'agir ; mendiant presque ; et pourquoi pas, la tête coiffé d'un large chapeau de cow-boy et béatement pleine des grands espaces du rêve américain ; déterminé, quel qu'en soit le prix, pour avoir le droit à une particule, à accéder au prestige de l'empire fédéral capitaliste yankee et, du même coup, aux rouages prestigieux et privilégiés de ce "domaine international de noblesse par excellence" qu'est le grand monde de l'édition... (à suivre en 54b)

 


14/07/2008
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