55.c. 2002 : CHRONOLOGIE DES MESSAGES FRV/LE CIELJ

ANNÉE 2002 :

Au CRILJ, l'ambiance glaciale des Assemblées, le manque de concertation entre les membres faisant partie du CA, le peu de vraie participation pour la préparation des colloques ou de l'élaboration du contenu du Bulletin du CRILJ me surprenait toujours autant et me décevait de plus en plus.

 J'avais l'impression, lorsque j'arrivais dans ce climat de glaciation entretenu, d'étouffer et de perdre mon temps. Je me sentais mal à l'aise, contraint de m'investir dans un rôle de témoin passif sans conscience à quoi on m'obligeait, à seul fin, finalement, d'approuver des décisions vaseuses qui nous étaient présentées comme des actualités alors qu'elles n'avaient aucun rapport avec ce que je percevais moi de la réalité des faits.

Je ne comprenais pas qu'on puisse, dans un organisme d'intérêt public, chargé de "Recherche" et "d'Information", ignorer, ou feindre d'ignorer, dans une apparente non volonté de voir, les apports culturels que nous aurions pu favoriser et ceux dont nous aurions pu bénéficier si, parmi nous, au sein de l'Organisme, avaient été présentes ces personnalités "blacks", "Bistres" et "Beurs", représentatives des diversités de notre société. 

Mais le climat instauré par Monique Hennequin en connivence avec certains membres influents était si constricteur que je ne savais comment m'y prendre pour décoincer l'atmosphère et même pour me libérer de l'emprise.

Une fois le constat attristant dressé, comment faire pour faire partager à mes collègues mon désir de voir les choses changer vers plus d'ouverture sur les réalités de notre société contemporaine ; vers plus de franchise et de convivialité entre nous, en faveur de la mise en participation de chacun de nous au profit des débats d'idées plus constructifs ; de plus de connivence de la part de tous dans la gestion de l'organisme…

Dans ce climat de constriction imposé par Monique Hennequin, pour ce qui était d'un CRILJ évoluant vers une coloration "Black, Blanc, Beur", alerter directement mes confrères et consoeurs du CRILJ, me sembla être alors, à ce moment-là, une entreprise périlleuse pour la cause même que je souhaitais défendre et une tentative trop risquée donc presque assurément vouée à l'échec.

Aussi, pour éviter toutes polémiques, comprenant qu'une maturation des esprits était nécessaire, je pris donc un biais. Plutôt que de faire part de vive voix, au risque de m'emporter, de ma désapprobation de ce que je constatais,   j'eus recours à une argumentation plus nuancée, de type littéraire, en forme d'article, que j'écrivis en février 2002 et que j'intitulais : "Violences silencieuses".

L'article déplut et le silence qui entoura sa réception après que je l'eus adressé au bureau du CRILJ, mieux que n'aurait pu le faire toute critique franche et argumentée, me le fit sentir et imaginer. C'était un pavé dans la mare tranquille où on se complaisait dans un convenu de bon ton entretenu par Muriel Tiberghien, représentante des Bibliothèques catholiques et Jean Pachot, administrateur champion qui, avouant ne rien connaître à la Littérature pour la Jeunesse, ne faisait aucun effort pour s'y intéresser et pour écouter ceux qui désiraient en parler.

 Toutefois, cet article étant le premier que je proposais, il fut néanmoins retenu par Monique Hennequin et publié dans la Revue du CRILJ N° 72.

A le reconsidérer aujourd'hui, sans excuser pour autant mes confrères et consoeurs de leur silence d'alors, je dois reconnaître que je ne mâchais pas mes mots pour signaler ce que mes convictions désapprouvaient.

Me référant à mon vécu en édition, j'avançais en gros que nous étions, nous, les judéo-chrétiens, blancs généralement, parce qu'imbus d'appartenir à cette culture dominante de notre civilisation Nord Occidentale, présumée à nos yeux comme la plus avancée et la meilleure de toute, souvent arrogants sans le savoir, face à des gens qui ne se sentant pas admis, ni complètement chez eux, pouvaient éprouver, pour se défendre, des réactions instinctives de rébellion.

 En gros je disais que nous voulions bien qu'ils partagent nos idées mais à condition qu'ils ne nous obligent pas à partager les leurs. Que nous voulions bien d'eux chez nous mais à condition qu'ils laissent ce qu'ils étaient, ce en quoi ils croyaient, au vestiaire…

Je disais expressément dans cet article : « La religion musulmane est devenue en France notre deuxième religion sans que nous ayons semblé vouloir tenir compte de son influence dans nos pratiques de cohabitation. A l'école en particulier. Ni des incidences qu'elle pourrait avoir sur nos comportements. Nous semblons dire au contraire, même si nous nous gardons bien de le dire réellement : « Nous sommes chez nous. Nous sommes civilisés. Qu'ils se plient à notre culture !»

Puis un peu plus loin : «Il faut admettre que la foi, la bonne ou la mauvaise, forge l'intime de la personne et ce dès le premier âge. Toute la difficulté d'en tenir compte honore vraiment ceux qui le savent et qui, le sachant, en tiennent compte et s'efforcent de l'assumer. Mais au lieu de cela, souvent, par ignorance, balourdise ou arrogance, notre civilisation judéo-chrétienne impose à tous ses enfants, parmi lesquels ceux aussi venus d'ailleurs, des comportements "tout prêts" (ready made), genre de stéréotypes dont on les affuble inconsidérément, qu'ils le veuillent ou non, sans leur demander leur avis.  

Nous le faisons, pensons-nous, "pour leur bien". Exactement comme les colonialistes des temps impérialistes qui, tenant le même raisonnement, intimaient aux autochtones "indigènes"de se taire et de se plier au sort qu'on leur avait réservé. Ce faisant, inconsciemment le plus souvent, nous nions ou refusons de prendre en compte leurs identités d'origine. Mieux, nous leur demandons de s'abstraire de leurs identités d'héritage, de les renier, de les extirper de leur évolution psychique pour adopter la nôtre, celle que nous leur imposons en la leur présentant comme exemplaire et irremplaçable.

C'est en les soumettant, par osmose, à ce bain civilisateur, que réside la pression de ces violences secrètes ! Celles que nous exerçons, au non du bien, du bon droit et du souhaitable, en refusant d'entendre ce que nous froissons dans le plus intime de leur chair.

    Pour ces enfants immigrés, on sait que le chemin sera long, que les travestissements d'identités s'imposeront multiples et difficiles, depuis la toute première, celle prise comme le disait Jérôme Lindon (Directeur des Éditions de Minuit), avec le lait maternel, jusqu'à toutes les autres, identités d'emprunts ou de choix véritable qu'ils seront censés pouvoir glaner au hasard, avant celle, déterminante, qu'ils se seront construites, un jour peut-être, par la force des choses, en toute liberté de conscience.»

 

ANNÉE 2004 :

Avant une réunion du CRILJ, je croise, dans les bureaux de la rue de Châteaudun, une jeune stagiaire, d'origine maghrébine, venue d'Asnières pour accomplir un recyclage rue de Châteaudun. Comme je la questionnais pour savoir comment se déroulait son séjour au CRILJ et si elle trouvait matière à son perfectionnement, avec beaucoup de sincérité et de tristesse elle se contenta de me faire comprendre, avec un brin de désespoir, qu'elle se trouvait bien seule devant certains problèmes spécifiques aux enfants de sa communauté et des autres communautés immigrées et qu'il était bien rare de trouver quelqu'un, parmi les membres des Bureaux et des CA des "Associations de soutien au livre et à la lecture", pour accepter de l'entendre lorsqu'elle souhaitait aborder ces problèmes.

«Cherchez, me dit-elle en conclusion, et vous verrez comme moi : il n'y a pas un "Black", un "Bistre" ou un "Beur" dans ces équipes dirigeantes !»

Elle ne faisait en somme que souligner ce que j'avais moi-même déjà remarqué et signalé, à savoir que même au sein de ces diverses Associations d'intérêt public, se maintenait un décalage entre l'évolution de notre société française, poussée démographiquement vers une diversité polyculturelle et sa représentation aux postes, (symboliques dans l'esprit des majorités silencieuses), de direction administrative, culturelle, sociale et politique.

Ce manque de participation des citoyens issus de nos diversités immigrées à nos rouages de fonctionnements nationaux, alors que cette participation, en raison du nombre croissant de ces citoyens et de leurs nombreuses années de présence dans notre pays, s'avérait de plus en plus justifiée et de plus en plus nécessaire, me semblait relever de l'anachronisme et de l'anomalie.

Pour ne pas dire du racisme ordinaire et de la ségrégation.

Fermer les yeux, faire semblant de ne pas voir… était en somme, pour la plupart des Français "s'estimant de souche", une manière de ne pas vouloir reconnaître, à ces minorités et à leurs enfants nés Français, les mêmes droits d'accession à l'égalité des chances et à des postes de commandes.

 

ANNÉE 2005.

Au cours de ma dernière réunion du CRILJ PARIS, en novembre 2005, je décide enfin de mettre les pieds dans le plat. Devant les quelques membres présents, sous le présidence de Monique Hennequin, Janine Despinette et Christiane Abbadie-Clerc (Conservatrice de la Médiathèque de Pau, membre aussi bien du CRILJ Pau-Béarn que du CIELJ), Je crois donc le moment venu de demander à ce que l'on pensât, puisque l'occasion de renouvellement des membres du CA se présentait et que 4 postes étaient à pourvoir, à inviter à s'asseoir autour de notre table du CRILJ de la rue de Châteaudun, quelques écrivains ou quelques prescripteurs de littérature, "Blacks", "Beurs" ou "Bistres" parmi des représentants aussi bien de la francophonie que de leur communauté.

Je ne faisais pas de prosélytisme mais étais simplement, en lecteur appréciateur d'œuvres produites par des écrivains originaires des pays Maghrébins ou africains – à ne parler que de leurs œuvres en français –, fidèle à mes convictions pour que notre assemblée, dans cette association d'intérêt public, ressemble à notre société française actuelle. 

Ma liste de propositions se résumait à quelques écrivains, ou chercheurs de différentes disciplines, francophones, publiés par des éditeurs français, dont la plupart d'entre eux étaient des confrères que j'avais rencontrés à "La maison des écrivains".

 Deux ou trois noms de ces représentants, que je connaissais et dont j'appréciais les œuvres, me semblaient devoir paraître convaincants et je les citais : Hugues Liborel, par exemple, guadeloupéen et psychanalyste, spécialiste, dans un hôpital de jour, de thérapeutiques visant, par la lecture, à soigner des adolescents atteints de troubles psychotiques (avec qui, sous la présidence de Bernadette Bricoux, j'avais contribué à fonder "La maison de la parole") ; ou bien encore  Leila Sebar dont j'apprécie l'écriture, la profondeur de pensée et la portée sociale de l'œuvre ;  ou encore Bachir Hadjadj, publié aux Editions Albin Michel dont le livre "Les voleurs de rêves" est pour moi un chef d'oeuvre…

La réponse de Monique Hennequin, –  parlant impérativement au nom de tous mais sans avoir proposé que la question soit au préalable débattue – fut immédiatement, catégoriquement et négativement, tranchante.

Bien trop rapide pourtant à mon sens ! Je dirais même bien trop instinctive. Nette et précise pourtant mais irréfléchie. Maladroite et lourdement chargée de sens inavoués.

« Mon cher François, me dit Monique Hennequin sur un ton de sagesse convenue, les membres du CRILJ ont toujours été choisis par affinité et en se co-optant. Il ne peut pas être question de quota et de discrimination positive pour faire partie du CA du CRILJ…»

Réponse stupide bien entendu qui, à méditer, laisserait penser qu'un Blanc, un Black ou un Beur seraient incapables de partager des mêmes valeurs. Et encore moins des affinités. Au point d'être incapables de se co-opter pour s'associer et partager les mêmes objectifs !…  

Stupide mais résolument déterminée fut donc la réponse qu'on opposa à ma proposition d'élargissement du CA du CRILJ!

Devant tant de détermination à verrouiller, certainement désapprouvée néanmoins, mais silencieusement, par certains des témoins participants à notre réunion, c'est en définitive face à ce qui me semblait être, de la part de ces témoins, de l'inertie et de l'abstention, du laisser-faire, que je pris, dans la seconde même, mais sans le manifester aux personnes présentes, la décision de ne pas, de ne plus, me prêter désormais à aucune cause qui inclurait dans ses textes ou dans ses pratiques, au propre comme au figuré, des principes racistes et ségrégationnistes de cette sorte. 

ANNÉE 2006.

20 mars 2006 :

Pour répondre à une invitation de Denise Barriolade, nouvelle Présidente du CRILJ Paris, et pour lui expliquer que je ne m'y rendrais pas, je l'informe de ma démission du CRILJ et de ses raisons.

«Madame la Présidente,

         Tout renoncement et toute démission méritant explications, je ne pouvais décemment pas me dérober plus longtemps à celles que je vous dois et que je dois à Mme Monique Hennequin, Directrice du CRILJ PARIS.

En peu de mots, j'essaierai donc, par politesse, sans accuser ni polémiquer, ni provoquer qui que ce soit, de donner la raison essentielle qui motive cette démission et qui englobe à elle seule toutes les petites raisons annexes bien inutiles d'être mentionnées et prises en compte.

….or, banalité que de dire que le fait de "servir une cause", selon ses convictions, sa compétence et ses options, reste selon moi et, je l'espère, pour la plupart d'entre nous, une des motivations des plus exaltantes qui soient, celle qui nous dynamise et peut le mieux nous encourager à vouloir "partager avec", contribuer et poursuivre, "ensemble", des objectifs et des raisons d'améliorer les états de chose de nos conditions sociales. Pour tout dire, et je suis peut-être le seul à avoir éprouver ce sentiment-là : je n'ai pas trouvé ces raisons-là au CRILJ.

….mon constat est que, somme toute, le CRILJ est aussi une Institution qui, comme toute Institution, oblige inconsciemment la collectivité des membres qui la constituent, – lorsque les objectifs qu'elle s'est fixé ne sont pas ou ne peuvent pas être honorés –, à une autocensure et à une connivence consensuelle conformiste qui ressemble fort à une activité d'apparence mais qui n'est que démission déguisée pour faire semblant d'avoir un rôle de participation.

           En me retirant du CRILJ et en supposant que vous m'accordiez la possibilité d'émettre un souhait, je renouvellerai le dernier que je fis, lors de l'ultime réunion du  CA à laquelle j'assistai (c'était  en novembre 2005  ) : « Que soit recruté, à ma place, pour renouveler le bureau, un Black ou un Beur, français ou pas, mais passionné par notre langue comme ceux que je connais et fréquente, pour que le CA du CRILJ prenne un visage en conformité avec ce qu'est notre société française contemporaine et avec le sujet* qui se prépare pour votre prochain colloque ! »

Pour répondre à votre invitation, je vous prie donc de ne pas compter sur moi pour la réunion du bureau prévue le 6 avril ni sur toutes les prochaines autres que vous prévoirez dans la suite.

Avec mes cordiales salutations. »                 F.Ruy-Vidal »

* Le sujet en question, que j'avais proposé, étant : "la précarité".

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         12 12 2006 :
            En raison de la démission précipitée du Sénateur Blin 
de la Présidence du CIELJ, Les Despinette chargent Henri
Hudrisier de demander à Monique Hennequin, Directrice
du CRILJ Paris et Vice-Présidente du CIELJ, de prendre la
place du Sénateur Blin.
 
 De Henri Hudrisier  
            A 
Monique Hennequin, Vice Présidente du CIELJ,  
 
«Paris, le 12 décembre 2006
 
OBJET : Demande de Prise de fonction comme Présidente 
par intérim du CIELJ et annulation en urgence de l'Assemblée
Générale du CIELJ prévue pour le 21 décembre 2006
 
            Madame le Vice-présidente,
           Je vous écris cette lettre en tant que porte parole d'un 
nombre représentatif des membres du CA et fondateurs du
CIELJ
          Une première réalité s'impose à nos yeux : le Président 
Blin a malheureusement démissionné pour des raisons que l'on
comprend. Des hommes et des femmes de qualité sont membres
 du CA, du Bureau et du Conseil scientifique, il importe sans
tarder qu'ils prennent en main directement l'animation du CIELJ et que vous assuriez vous-même immédiatement la présidence par intérim du CIELJ comme c'est la règle dans toute Association loi 1901.
           Nos contacts téléphoniques avec Jean-Marie Despinette 
(Secrétaire Général du CIELJ) et Jeannine Despinette
(Présidente fondatrice et d'Honneur du CIELJ) nous incitent
d'autant plus à vous demander d'assumer ce rôle que c'est aussi
leur voeux le plus cher comme il vous l'on dit directement à
vous-même. Vue l'urgence de la situation nous comptons
expressément sur vous pour normaliser au plus tôt la situation
et notamment faire cesser immédiatement les convocations
incohérentes et hors délais raisonnables notamment l'annulation
 en urgence de l'Assemblée Générale du CIELJ qui serait prévue
 pour le 21 décembre 2006 (période de vacances scolaires).
          Dans l'espoir que d'une réponse affirmative et urgente de
votre part, veuillez agréer Madame le Vice-présidente, nos
remerciements les plus chaleureux.           Henri Hudrisier »

******************************************



(à suivre en 55.d)

 



12/09/2009
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