55.e. CHRONOLOGIE DES MESSAGES ENTRE FRV / CIELJ


          03/02/2009

          De Étienne Delessert à François Ruy-Vidal 

         «Cher François,
          Cela fait bien longtemps...
          Et voici de quoi il s'agit: j'ai été élu en juin dernier  Président du CIELJ-et donc de Ricochet. Il y avait alors un directeur au comportement bizarre, qui nous a quitté en décembre, et obligé de reprendre les dossiers un par un.
         Nous nous sommes rendus compte, le nouveau directeur Christian Grandin et moi-même, que le Conseil d'Administration comptait une vingtaine de membres, dont la plupart n'habitaient pas la région,  ne venaient pas aux Assemblées, et ne gardaient que des liens ténus, voire inexistants avec l'Association.
        Nous avons décidé de réduire le Conseil d'Administration, et d'y nommer principalement des personnalités de Charleville, pour plus d'efficacité.
        Seriez-vous d'accord de renoncer à votre participation au Conseil, et de me le faire savoir par email? Cette décision serait alors entérinée en Assemblée Générale et Conseil du 9 mars prochain.
        Bien entendu la nouvelle équipe vous tiendra régulièrement au courant des activités du CIELJ,
        Je vous remercie de bien vouloir me répondre rapidement et vous envoie mes meilleurs messages
        Etienne
        P.S. Après tant de silence, je serais heureux de reprendre contact lors d'un prochain passage. Je ne venais quasiment jamais en France, mais vais le faire maintenant plus souvent. D'accord?
        si vous aviez du mal à faire passer votre email, voici une deuxième adresse:  etienne@etiennedelessert.com  »


        Le 10 février 2009  

        De François Ruy-Vidal à Étienne DELESSERT, Président du Cielj,

«Ton message, son apparente tonalité amicale, sa brièveté, ses balourdises inconsciemment avouées…ce que j'y décèle en filigrane…me ramènent exactement, mais pour très peu de temps, le temps d'un flash, à notre brève amitié de 1965, à New York, lorsque avec ton épouse, Eleonor Schmid, vous prépariez "Sans Fin la fête" et "l'Arbre"…Je désapprouvais les phrases courtes de ton texte et tu ripostais en affirmant que les enfants de cet âge aimaient surtout les images. Je plaidais pour des textes plus écrits, mieux écrits, des textes d'écrivains et tu revendiquais, à l'instar de Maurice Sendak et de Tomi Ungerer le droit d'être ton propre Auteur-Concepteur-Illustrateur

J'essayais pour ma part, à titre de conseiller amical, moi qui, à ce moment-là, ne voulais pas devenir éditeur mais simplement rester un concepteur de livres que, si tout illustrateur peut prétendre à être son propre A.C.I., à condition évidemment de trouver l'éditeur homme-de-main qui le publiera, peu d'entre eux ont les qualités d'imagination suffisantes pour y parvenir.

En langage courant on pourrait dire que ce talent-là n'est pas donné à tout le monde et que bien peu d'illustrateurs ont le talent et l'imagination de Maurice Sendak ou de Tomie Ungerer.

J'en ai connu beaucoup qui y prétendait – Claude Lapointe par exemple – qui s'y sont essayés, ils en avaient le droit, mais qui durent en rabattre et convenir qu'un livre ne commençait pas et ne finissait pas par la conception graphique.

         En plus de l'habileté au dessin, il faut avoir pour cela, une culture générale, une idée des contextes psycho-sociaux et des courants culturels, un brin de psycho-pédagogie, et à défaut de connaître la littérature, ce dont certains illustrateurs de talent croient bon de s'exonérer, le talent de savoir raconter des histoires. Je veux dire par là que ne peut pas être A.C.I. n'importe quel illustrateur ! Encore une fois, n'est pas Sendak ou Engerer qui veut !

          Souviens-toi de nos rapports. C'est à cause de mon insistance à essayer de te convaincre d'illustrer des écrivains que tu me répliquas un jour, en croyant me provoquer ou me rendre la tâche impossible : «Bon, d'accord ! Mais à condition que ce soit Ionesco ou Becket !»

Nous étions en 65 et tu ignorais alors que j'avais déjà contacté Ionesco, Becket, Duras et Brisville …

Et puis j'obtins les "Quatre Contes" de Ionesco et tu fus ravi qu'ils te soient confiés en conception et en illustration par Harlin Quist et moi-même.

Le succès du "Conte Numéro 1", d'abord américain, puis international, fut foudroyant. Il ne s'est d'ailleurs pas démenti depuis. Mais tu n'as jamais cru bon de me remercier de la part d'initiative que j'avais mise dans l'existence de ce livre et dans le type d'illustrations qu'il promouvait. Pire même, je peux dire qu'il gâcha nos rapports puisque, effaçant les quelques affinités que nous partagions, ton arrogance, tes prétentions, ton jugement négatif sur les trois autres "Contes" qu'il te restait à illustrer ; ton exigence à faire passer le quatrième – «le moins mauvais d'entre ces trois derniers » selon tes dires –, à la place du deuxième, me permirent de comprendre que ta tête avait enflé et que tu étais pétri d'orgueil et de mauvaise foi…

Et puis intervint ta première participation au C IELJ, c'était en octobre 97 : "L'Octogonal-Ricochet N° 12", à l'approche de Noël, dans la revue qui annonçait les prix octogones…Un véritable cadeau de fêtes pour moi et ma famille. Tu étais interviewé alors par une éminente critique littéraire, que la fibre journalistique démangeait probablement, Janine Despinette en personne qui, se prenant pour Rouletabille, te laissait dire que j'étais aussi malhonnête qu'Harlin Quist…

Je fus surpris de la part de complicité que prenait Janine Despinette dans ces allégations. Je découvrais en elle, pour la première fois, dans son besoin  d'instaurer un tel tribunal, à un tel moment de l'année, de l'outrecuidance, une volonté de semer la polémique et un désir de tout régenter. Pour faire son scoop, elle y allait, ma foi, avec beaucoup de maladresse.

Pour diffamation (divulgation de mensonges pour blesser), j'aurais pu vous obliger tous les deux  à comparaître. Vous le méritiez. J'ai préféré me disculper et fournir des preuves. En rappelant que je n'avais jamais eu aucune part ni aucun intérêt dans les sociétés diverses d'Harlin Quist, que j'avais obtenu du Tribunal de Commerce de Paris l'annulation de la mise en faillite de la Sarl française et un concordat de paiement des dettes. Que j'avais honoré mes dettes en les payant sur mes gains de Grasset et de Delarge…etc

Cela aurait dû te suffire mais tu ne t'en es pas tenu là. Ton désir de revanche était manifeste. A croire que la rage te tenait…

Mais d'où te venait-elle au juste ? Et pourquoi contre moi ?...

J'ai eu l'impression souvent que pour affirmer leur notoriété, les illustrateurs (toi, Lapointe, Couratin) pensaient qu'ils devaient l'établir en se vengeant de la notoriété de ceux qui leur avaient mis le pied à l'étrier. Que ferait-on parfois pour ne pas avoir à dire merci !

On m'apprit ainsi que tu claironnais partout en Europe, à Bologne en particulier, au rendez-vous de l'intelligentsia du livre pour enfants, qu'Eugène Ionesco avait écrit ses "Quatre Contes pour enfants de moins de trois ans" spécialement pour toi…

C'est curieux que notre journaliste intègre ne s'en soit pas fait la rapporteuse !

Ce rappel des faits n'est qu'une énième mise au clair du passé. Je la fais pour toi mais aussi pour tous ceux qui pourraient trouver quelque intérêt à lire ces lignes quand elles leur parviendront. C'est ma manière de te dire, mon cher Étienne, qu'en fonction de tout ce que tu as pu dire et faire, dans le passé pour nuire et te venger de Quist et, corollairement, de moi, mon épiderme et mon amour propre sont aujourd'hui immunisés contre le fiel qui t'anime. Je me suis habitué à tes mesquineries, à tes rancoeurs viscérales et à ta haine. En lisant ton message et en y décelant le plaisir sadique que tu prends à me dégommer, j'ai pensé à ta soixantaine passée, et j'en ai déduit que si tes nombreux succès, ton art (qui est un art d'expression et de défoulement), toutes tes réalisations prestigieuses ne t'avaient pas soulagé et permis d'atteindre la sérénité…il ne te restait plus que le recours à la psychanalyse ou au confessionnal.

Pour ma part, je te dirai que je ne chercherai même pas, à jouer les voyants (façon Françoise Dolto), pour découvrir et comprendre, en scrutant tes dessins, à quelles  motivations profondes correspondent tes aigreurs.

Un conseil : garde ton sac d'amertumes sur le dos et use-z-en comme l'homme à la cervelle d'or.

 Par contre je te dirai, mon cher faux ami, – en faisant semblant de présumer que tu es seul à suggérer mon départ du CIELJ –, qu'en l'occurrence, ton désir de me voir quitter le navire ne m'étonne en rien. Il va même dans le prolongement de tout ce que tu as fait contre moi et dit dans mon dos dans le passé. Il coule de cette source en toi d'inassouvissement intarissable.

Devrais-je t'en vouloir en retour?... Non, même pas peur, puisque je considère tout simplement ce dernier assaut comme le coup de pied de l'âne.

Vois-tu, mon cher Étienne, chacun de nous fait ses fiches à partir de ses expériences et de son vécu. Or, depuis bien longtemps, dans mon esprit, la tienne est faite. Aucunes mauvaises surprises, aucuns désappointements ne pourront jamais plus me venir de ta part !   

"Grand talent mais petite âme» ai-je dit un jour à quelqu'un qui me demandait ce que je pensais de toi. A presque 80 ans, je suis trop vieux pour en démordre. Ce jugement est trop bien ancré en moi ; il a été trop souvent vérifié par les faits, par ce qu'on m'a rapporté que tu disais en falsifiant la vérité, pour que je change d'avis maintenant.   

Tout cela pour te dire que quel que puisse être le ton de ton message, quelles que soient les amorces de rencontres que tu puisses me tendre, rien de ce qui peut me provenir de toi pourra jamais me convaincre de ta cordialité pour moi et de ton honnêteté.

Je n'oublie rien et ne te pardonne rien. Je t'ai rangé une fois pour toutes dans l'espèce des teigneux et ai décrété que tu étais un fielleux et que tu mourrais en fielleux. 

AH ! SI TOUS LES CANARDS BOITEUX

           ÉTAIENT DIPLOMATES !... 

Pour la forme de ton message cependant, les termes que tu emploies correspondent bien en tout cas à la duplicité que les gens mesquins de ce métier de l'édition pour enfants, se prenant généralement pour des pontes, se flattant d'avoir été reconnus et élus sur compétences, manient comme toi, avec suffisance, en adoptant, mais en surface seulement, les rictus d'une diplomatie d'apparat.

 A t'entendre on a l'impression que le messie t'a désigné pour assainir l'enfer, que tu es le fédérateur des représentants intègres, le héros rénovateur de l'illustration pour enfants, l'allumeur de réverbères en sorte, celui-la seul qui pouvait redonner au CIELJ sa vraie place dans la stratosphère …  

Je veux dire par là, qu'après toutes ces années, ta confraternité et ta cordialité me semblent factices puisqu'elles ne sont que formelles et de circonstance ! Venant de ta part, je ne les vois, en vérité, que comme le dernier croc-en-pattes, à défaut d'être la flèche qui tue, que la conjecture et la complicité des Despinette te donnent l'occasion de me porter…

Utile cependant de te dire, éventuellement pour que tu en prennes de la graine, qu'à relire ton message, m'apparaissent surtout les contradictions dans lesquelles tu t'empêtres.

Un autre flash m'aveugle et mon ciel s'éclaire : en somme, c'est toi, habitant de Lausanne, fils de pasteur, capable dans "Sans fin la fête" d'imaginer qu'une puce, à la vitesse d'années lumières, puisse, par un saut jusque dans l'œil du soleil, déclencher le déluge, qui m'apporte aujourd'hui, – alors qu'en fin limier, m'interrogeant sur le silence des Despinette et de leur jeune factotum de secrétaire depuis un certain temps –, je la pressentais, cette missive prétexte qui aura pris, vite fait bien fait, trente secondes pour être expédiée, mais aura mis plus de huit mois pour me parvenir.

Décalage dans le temps, retard d'appréciation, indécisions, manque de courage ?... je dis bien huit mois, huit long mois qu'a pris ta missive pour faire le trajet de Charleville-Mézières à Paris-Porte Dorée, après avoir été détournée par la Place haute de Boulogne Billancourt !

Quel mépris pour mes facultés d'intuition !

Car, réfléchissons ensemble deux minutes : En quel estime me tenez-vous et comment avez-vous pu supposer, toi et les Despinette, que je ne pressentirais pas, m'étonnant de ne pas avoir été convoqué à la réunion de "notre" Conseil d'Administration du CIELJ de 2008 et m'en inquiétant, ce que j'apprends aujourd'hui de ta bouche candide ?... Et comment aurais-je pu ne pas en déduire que si on ne m'avait pas invité, ce n'était nullement par oubli mais-tout-simplement-bien-sûr, uniquement pour mieux te faire une place ?…  

Entre le serviteur passionné de littérature que je suis, et que les Despinette savent que je suis, et l'homme d'image que tu es, Monsieur et Madame Despinette ont cru bon de trancher. On les comprend : ils ont besoin de se recycler. Confrontés d'une part à la notoriété que tu t'es acquise et que t'apporte le spectaculaire de tes illustrations, et d'autre part le peu d'intérêt que l'on porte en général, dans ce milieu, à la littérature, ils auraient eu tort d'hésiter…

En somme, si je comprends bien, m'étonnant tout de même de la curieuse balance dont ils usent, dans leur esprit : pour que tu puisses être ce bienvenu dont le CIELJ avait besoin, il fallait nécessairement que je devienne, question d'équilibre, la persona non gratta à occire !   

Mon cher Étienne, comme tu peux le supposer,  j'ai subi quelques avanies tout au long de mon parcours professionnel de franc tireur et on ne m'a pas épargné. Les cathos de droite qui font semblant d'être des chrétiens de gauche, je connais. Je les connais pour les avoir pratiqués, parce que j'étais un des leurs et parce qu'ils m'ont cherché. Les coups montés, les coups fourrés, je connais aussi, on ne m'en a pas épargné.

Le tien, – du moins celui que tu assumes à la place de…– ne me surprend pas le moins du monde et, je te dirai même mieux, il ne m'attriste pas. Il aurait plutôt tendance à me faire rire. Canard boiteux, franchise pataude, tu me fais penser au Gilles de Watteau, les épaules tombantes et les bras, deux fois trop longs et trop lourds, pendants …Je me demande même comment tu peux si bien dessiner avec des tels attributs et tes mains carrées!  

Tes remarques sur l'inefficacité du CIELJ, ton analyse de la situation et les remèdes que tu proposes, associés à la diplomatie bonne enfant que tu y mets, me portent à me demander à quoi nous mèneraient tous les canards, s'ils se mettaient comme toi, parce qu'ils boitent, à se prendre pour des Talleyrand ?... Oui, où irions-nous ?...

Mais enfin, on se voit rarement comme les autres nous voient, n'est-ce pas ! On s'embellit, on se retouche, on se caviarde !...

Que tu puisses penser avoir l'allure du Prince de Galle, t'imaginer super-speedé, intuitif, super efficace et compétent en toutes occasions, en un mot toujours l'homme de la situation !… Qui pourrait, à te regarder, en douter !

Bonne chance, mon cher Étienne !

Je suis arrivé pour ma part, après avoir donné le meilleur de mon énergie, dans la voie de la paix intérieure. Pour que les mauvais souvenirs s'estompent, je veille à ce que les confrontations pénibles me soient épargnées  …

Sois assûré cependant, ta demande, que je prends en considération, sera comptée parmi les dernières déconvenues pouvant m'arriver, juste avant l'extrême onction.

A L'HEURE DU TGV ET D'INTERNET,

    AYONS PITIÉ DES ATTARDÉS

            QUI NOUS PARLENT

    DU HANDICAP DES DISTANCES

Pour l'heure cependant, je trouve que tu accumules les retards et les anomalies, en gros que tu débloques. Les arguments géographiques que tu invoques, ceux qui nous empêcheraient, parce qu'on serait domicilié en Ile de France ou en Ardèche, d'être efficaces à servir le CIELJ, sont carrément nunuches, anachroniques et d'arrière-garde.

Comment toi, si habile en communication, peux-tu te risquer à essayer de me faire admettre, qu'à notre époque où, d'un simple clic, qu'on vive à Ouagadougou ou au zimbabwé, un message ne met que quelques secondes à nous parvenir, que l'organisme "international" qu'est le CIELJ, bien inscrit dans la galaxie Marconi de par son site, doive, pour continuer de fonctionner, se recroqueviller sur son lieu géographique de Champagne-Ardennes et n'être géré que par des "carolomacériens" !…

         Sache, mon cher Étienne, pour ta petite gouverne et pour que tu ne t'en tires pas avec le sentiment d'avoir décrocher la timbale, que j'ai plusieurs fois, au cours de ces dernières années, conseillé vivement aux Despinette de faire les frais d'un ordinateur…Sache qu'ils ont toujours dédaigné ma suggestion et qu'ils ont toujours préféré, en gaullistes régaliens très "Cinquième République" convaincus – à l'exception toutefois du principe de participation prôné par le Général qu'ils ont toujours préféré ignorer –, administrer le CIELJ en autocrates et en souverains incontestés. L'explication tombe sous le sens et devrait te crever les yeux : Janine et Jean-Marie Despinette ont toujours considéré le CIELJ comme leur propriété et comme leur enfant.

         Nous n'étions là, nous témoins bienveillants, au nom de l'amitié, que pour leur servir de potiches et de caution. Aussitôt entrés dans le C.A. et nous devenions supporters figurants, dénués de tous  pouvoirs décisionnaires, tenus uniquement à l'approbation annuelle des comptes.

         Aussi je te confirme : le fait de ne pas utiliser l'ordinateur et le prétexte des distances n'étaient qu'alibis pour que les Despinette ou leurs délégués puissent continuer d'exercer leur pouvoir sur le CIELJ en monarques absolutistes.


                  LORSQU'ON EST AVEUGLÉ,

                   ON EST PRÊT A PRENDRE

         DES VESSIES POUR DES LANTERNES


Aussi, en fonction de ce que j'ai vécu et vérifié, je ne te laisserai pas sous-entendre, aujourd'hui, qu'à partir de toi et de tes seules considérations géographiques, l'avenir du CIELJ pourrait être meilleur sans l'apport immédiat de relations de fonctionnement démocratiques saines.

Tu reprends bêtement un raisonnement qui a la vie dure mais qui est erroné. Dans le passé aussi, chacun à leur tour, les dirigeants du Bureau les ont invoquées et s'en sont servi pour assumer seuls les directives. Alors qu'ils savaient bien, et que nous savions bien, que ces considérations géographiques n'étaient que des prétextes.

La vérité est qu'en refusant de prendre en charge le défraiement des membres du Conseil d'Administration ou en refusant de déplacer les réunions du C.A. de Charleville-Mézières à Paris, le noyau décisionnaire du CIELJ, consciemment, refusait tout simplement, parce que cela l'arrangeait et protégeait ses conceptions absolutistes, de nous tenir informer des affaires en cours.

Que ce noyau, par voies téléphonique ou postale normale ou par mail, ait pu nous informer, ne lui venait même pas à l'esprit puisqu'il ne tenait pas, en vérité, à notre participation active !

 N'ayant foi qu'en leurs prérogatives, les Présidents et Directeurs successifs du CIELJ, pour s'arroger et conserver les pleins pouvoirs, nous ont toujours traités comme des monarques traitaient autrefois les gens du peuple, par l'ignorance. Ils nous disaient ce qu'ils voulaient. Ce faisant, ils nous montraient le peu d'estime qu'ils nous portaient. C'est cette mésestimation que je retrouve encore, intacte, aujourd'hui, dans le silence méprisant que les Despinette observe à mon égard.

Ne pas convoquer un des membres du C.A. est un refus d'informer, un empiètement sur les décisions majoritaires démocratiques qui pourraient être prise en réunion et c'est une faute grave.

C'est aussi, en somme, la meilleure des preuves de la manière aberrante, méprisante, autoritaire, voire insultante, dont ces différentes Présidences et Directions successives ont été capables. Présidences et Directions dont les Despinette ont toujours fait partie et dont ils ont tojours eu, sauf avec le Sénateur Blin, en début 2007, l'entière responsabilité.

Je suis en droit de penser aujourd'hui que, sans remords ni scrupules, ces décisionnaires ont bien mérité ce qui leur arrive et les bâtons dans les roues qu'on leur a mises.

Hélas, c'est le CIELJ rn tant qu'organisme d'utilité publique qui en supportait les conséquences!

Je maintiens cela : pendant toutes ces années, pas une seule fois – à l'exception du CA de 2007 à St Denis – le Conseil d'Administration n'a fonctionné normalement c'est-à-dire démocratiquement.

En haut lieu, cela ne dérangeait personne qu'aucune initiative, mises à part celles prises par le bureau – membres élus à bulletin secret –, ne soit proposée par les membres du Conseil d'administration. Et, de toutes manières, si il est arrivé que certaines propositions puissent être énoncées, dites souvent sur le ton de l'agacement, ces propositions furent toujours considérées comme lettre morte puisqu'elles n'apparaissaient jamais dans les comptes-rendus établis par le secrétaire de séance, scrupuleusement supervisés par une révisionniste experte : Janine Despinette.

On avait constamment l'impression qu'il y avait péril en la demeure, que les ennemis étaient aux portes et, qu'en raison du danger, tout devait être mis en œuvre, assez grossièrement tout de même, pour resserrer les boulons autour des propriétaires esseulés du CIELJ . Pour s'affranchir des danger, l'aberrante solution imaginée par les Despinette était de tenir la plupart des membres du Conseil d'administration dans l'ignorance et, suffisamment à distance, pour les empêcher d'avoir, un tant soit peu, la possibilité d'émettre un avis sur les différentes orientations qu'aurait pu prendre le CIELJ.

Sans nous le dire vraiment, mais tout de même avec plus de subtilité que toi, mon cher Étienne, on nous a largement et suffisamment fait comprendre, depuis toutes ces années de fonctionnement régalien, que nous n'étions là, nous les associés "éloignés évincés géographiquement", que pour assumer figuration et parade et que nous étions seulement bons pour approuver les bilans de fin d'années.

Dès les premières années, ce constat m'avait tellement écoeuré que j'avais décidé de le dénoncer et de démissionner. Et puis, me reprenant, je décidai, mais par faiblesse je dois l'avouer, que la plus simple des solutions, dans l'intérêt même de ce CIELJ dont c'était les premiers pas, consistait à ne pas faire de vagues. C'est pourquoi chaque année, je me contentais de donner ma procuration à Janine Despinette sans plus me préoccuper de ce qu'elle en ferait et de ce à quoi elle m'engageait.

Cette démission-là, cet abandon de conscience, cette fausse situation…je les ai donc assumés, non sans me le reprocher chaque fois depuis 1988, au prix d'un gros effort sur moi-même. J'avais l'impression, moi qui ne me suis jamais impliqué facilement, de me renier, d'être devenu un mouton. Un mouton qui, néanmoins, ne se trompait pas sur lui-même puisque il avait encore conscience que, par amitié, pour une cause qui, même si elle n'était pas justement menée, demeurait tout de même honorable, il avait accepté d'être réduit à un rôle de subalterne muet et inefficient.

Quand j'ai appris la démission d'Anna-Maria Bernardinis, l'année dernière, j'ai supposé qu'elle avait fait comme moi tout au long de ces années, qu'elle partageait mon sentiment de ne servir à rien et qu'elle avait trouvé en dernier ressort, en quittant le navire en douce, sa façon de nous dire que la situation était insupportable.

Mais toutefois, au risque de me contredire, je dois ajouter que je ne regrette pas ce que j'ai fait puisque je l'ai fait par amitié et par fidélité pour l'œuvre d'envergure toute désintéressée, – celle accomplie à "Loisirs Jeunes" plus particulièrement – dont le CIELJ  n'est que la dernière facette, que Jean-Marie et Janine Despinette, à titre privé, en dehors des circuits institutionnels, ont accomplie.

Par reconnaissance, en fonction de l'attention qu'ils ont toujours apportée aux livres que je publiais et de l'aide qu'ils ont soutenu pour les faire connaître, j'avais le sentiment qu'il me fallait, ne serait-ce que moralement, rester à leurs côtés.  

          UN HISTORIQUE EN COURS

Sous la responsabilité de Jean Perrot et d'Isabelle Nières-Chevrel, un dictionnaire sur l'édition pour la jeunesse se prépare qui, forcément, ne manquera pas de rendre compte de l'existence du CIELJ et de délimiter ses rôles et ses impacts sur le plan français et international.

L'historique que j'ai du CIELJ, celui que, sois-en assuré, mon cher Étienne, je transmettrais par tous les moyens dont je dispose, te mettra peut-être une autre puce, bien réelle cette fois, à l'oreille. Pour peu bien sûr que tu veuilles bien continuer de me lire et prendre connaissance de mes remarques.

La période 1988/2008 a représenté pour moi quelques années d'observation. J'avais décidé de ne plus publier et, n'étant plus acteur du livre, j'avais tout le loisir de mieux regarder pour comprendre et enregistrer les motivations de ceux qui étaient encore dans le métier. Le fait de choisir de travailler pour les enfants, de se préoccuper des enfants, surtout quand on constate que certains d'entre eux n'ont pas la fibre pédagogique, a toujours été pour moi une sorte de mystère à racines plutôt difficiles et délicates à cerner.

Le cas des Despinette est l'exemple type.

Mais rassure-toi, tu ne trouveras ici, résumés ci-dessous, que quelques éléments de l'historique que j'établirai, ceux que j'ai retenus, à mon niveau, et selon une lecture partiale faite à l'aune de mon prisme personnel.

Bref, ils ne peuvent être que des aperçus de l'historique général qui restera à faire en tirant les synthèses des rapports de tous ceux qui ont présidé à sa naissance et qui ont participé à son essor.

Très bientôt, j'en suis persuadé, le maillage se fera avec le concours de ceux et celles qui détiennent d'autres clés et d'autres points de vue que les miens sur le CIELJ. Tous ces historiens amateurs se feront certainement un plaisir d'apporter leurs parts de témoignage en appoint de la rubrique forcément pacifique et neutre, – je fais confiance pour cela, connaissant le commanditaire, à Isabelle Nières-Chevrel et à Jean Perrot –, du dictionnaire qui sera publié très prochainement.

Au titre de Président, tu y seras confronté.

Je suis par avance curieux de savoir comment tu réagiras.

Pour ma part, en t'écrivant, uniquement préoccupé de  me défendre, j'ai plutôt, pour l'instant, le sentiment de te forcer à entendre et à comprendre quelque chose qui t'ennuie et suis obligé de te rappeler que ni toi, ni la situation que tu me présentes, ne me laissent d'autres choix. Dénoncer pour me défendre des malveillances, des mensonges et des pratiques illicites…est ma seule alternative.

Placé au pied du mur, je me défendrai donc avec les moyens dont je dispose : la diffusion de ton message et de cette lettre réponse, sur mon blog (7000 visites par mois) et la même diffusion par mail, plus particulièrement, à quelques membres du Conseil d'Administration dont j'ai pu apprécier la probité.

                 IL SUFFIT PARFOIS

         D'UNE MAUVAISE GRAINE

     POUR QUE TOUTE LA RÉCOLTE

                     SOIT  GÂTÉE   

 Un regard rétrospectif rapide sur le fonctionnement du CIELJ, lors de ces 20 dernières années, me permet d'affirmer qu'en fait, ceux qui le présidaient, le petit comité décisionnaire, élu dans le secret des dieux, pour composer le Bureau, ne s'est réveillé et inquiété, plutôt que de se remettre en question sur la manière autoritaire et restreinte dont ils géraient le CIELJ, que lorsque G-A Vuaroquaux, élément pourtant choisi par eux selon des capacités irréfutables, a commencé à se comporter comme eux, c'est-à-dire à agir selon leurs principes autarciques, sans concertation avec les autres responsables, en tirant parti au contraire des différends et des dissensions qui opposaient les membres du Directoire , parmi lesquels, éminemment, ceux qui se considéraient depuis toujours comme les propriétaires incontestés de l'organisme.

Cette brèche est apparue très nettement, exactement lorsque G-A Vuaroquaux a commencé à faire cavalier seul pour tenter de faire entrer "son" directeur de thèse, Jean-Yves Mollier dans le Conseil d'Administration du CIELJ.

         Encore que la question de son arrivée au CIELJ, comme la plupart des questions importantes d'ailleurs, ne fut jamais posée en réunion du C.A..

        Non, la nouvelle nous arriva par la bande, accompagnée de commentaires plutôt défavorables, alors pourtant que, sans le moindre doute possible, le choix de G-A Vuaroquaux s'avérait judicieux : Jean-Yves Mollier, historien du livre, natif de Charleville-Mézières avait, pour être légitimé, plus que les compétences requises. Il aurait su parfaitement, n'en déplaise au couple Despinette, faire œuvre d'importance et d'intérêt à la fois régional et international pour le compte du CIELJ et ce, aussi bien en matière de littérature qu'en matière d'illustration.

C'est devant cette privauté de G.A. Vuaroquaux, mal vue par les Despinette et quelque autre préposé à la direction du CIELJ, pour des raisons uniquement politiques, que ces derniers, devenus spontanément démocrates, crurent bon de se souvenir que nous, les membres du C.A. existions et que nous pouvions, nous, la garde des figurants fidèles mais jusque là muets, dans cette tempête où risquait d'arriver un capitaine adjoint inopportun, et où la capitainerie de souche était menacée de perdre le gouvernail, faire front pour les soutenir et les aider à reprendre la main sur la conduite du navire CIELJ.

En somme, c'est en raison de la menace que Jean-Yves Mollier pouvait faire peser sur les orientations du CIELJ  s'il y entrait que, pour la première fois, mais pour une très courte période, je pus apercevoir, dans nos relations, un semblant, une ombre, très furtive, de fonctionnement démocratique.

Car je dois te rappeler, mon cher Étienne, au risque d'insister, qu'avant cela, ce à quoi on a tenté de nous convaincre pendant des années, invoquant le peu de moyens financiers et les distances qui nous séparaient de Charleville-Mézières, était que nos présences aux réunions n'étaient pas indispensables et surtout que, de toute manière, notre rôle, qui se limitait à l'approbation annuelle des comptes, n'était pas susceptible d'avoir quelques effets sur les devenirs du CIELJ.

 «Ne vous inquiétez pas, nous disait-on, une fois par an, d'un ton  paternaliste forçant la compréhension, nous avons tout vu et tout prévu, tout élaboré soigneusement, tout est en ordre de marche et vous n'avez plus qu'à signer ».

Comme si, en fait, toutes les questions importantes et imaginables, d'ordre national et international, avaient été abordées exhaustivement dans l'étroit cabinet du couple couronné, de son adjoint et de ses favoris!

Comme si, – on l'avait décidé pour nous a priori –, aucun de nous ne pouvait avoir d'idées lumineuses ou tout simplement intéressantes à proposer en vue d'un meilleur fonctionnement du CIELJ !

 Comme si nous ne pouvions pas apporter notre pierre personnelle, ni rien inventer de plus ingénieux que ce qui avait été décidé en secret et en exclusivité pour l'avenir du CIELJ par l'aréopage!...

Comme, si sans aucun frais à engager, les différentes questions concernant le fonctionnement et l'avenir du CIELJ ne pouvaient pas, avant d'être adoptées, être exposées au préalable, via internet, aux différents membres du comité !

Comme si, après avoir été envisagées par chacun des membres du C.A. et renvoyées par le même circuit de communication, avec commentaires et suggestions à l'appui, ces questions litigieuses ne pouvaient pas être amendées, puis soumises à nouveau au forum avant d'être, en dernier examen, finalement approuvées et votées !  

             LES RAISONS CACHÉES

Je ne crois pas que ce soit par hasard ou par inadvertance, ou par souci d'économie qu'on nous imposait d'avoir à payer notre voyage, notre hôtel et nos provisions de bouche pour pouvoir assister aux réunions de Charleville-Mézières.  La réalité est à la fois plus prosaïque et plus radicale : les élites qui tenaient les rênes des pouvoirs décisionnaires nous signifiaient que nous devions nous satisfaire du rôle d'approbateur inconditionnel.

Nous étions contraints, par acquiescement tacite, à n'avoir qu'un rôle de spectateur complice.

         Pour preuve, sache mon cher Étienne, que la seule fois que je me rendis à Charleville-Mézières, ce fut bel et bien à mes frais.

Alors pourtant qu'à l'occasion du dernier colloque organisé par G-A Vuaroquaux, celui-ci, singeant les maîtres qui l'avaient placés au poste qu'il occupait, consentit à ses invités, des universitaires et des chercheurs uniquement, "les grands manitous"* dont il avait jugé bon que ni nous, ni les éditeurs, ni les auteurs ou les illustrateurs ne pouvions faire partie, l'intégralité de leur défraiement.

* mon article paru en 2005 : "Réjouissons-nous, au Cielj,  les grands manitous ont la cote"

  

                 MAIS, SACRÉ NOM D'UNE PIPE,

                          AU FAIT, AU FAIT !

Mon cher Étienne, je ne peux ni oublier, ni pardonner les coups que tu m'as portés dans le passé et, pour cette raison-là et d'autres qui ne te concernent pas, je dois t'avouer que j'aurais préféré apprendre, ce que tu m'annonces dans ton message, de la bouche même de Jean-Marie ou de Janine Despinette.  

Je suis en droit de supposer que le silence dont les Despinette me gratifient, depuis de longs mois maintenant, alors que je les avais assurés, en cas de quelque besoin que ce soit, de mon aide et de mon soutien, était précurseur de ton annonce. Leur manque de franchise, qui témoigne même d'un certain mépris à mon égard, voire franchement de lâcheté, m'étonne de leur part et je les porte au compte de leur grand âge. Celui-ci en est certainement la cause et l'excuse.

Pour en ressentir les effets, je sais de quoi je parle.

Mais je n'oublierai pas pour cela leurs torts. Le couple Despinette a toujours préféré œuvrer en privé, avec quelques jeunots de passage, leurs enfants du moment, pour les seconder, tout en se gardant bien de faire –alors que rien ne les empêchait – de leur engagement culturel un honnête commerce de rentabilisation.

C'est au sein d'associations d'utilité publique, mais gérées privativement, inspirées pourtant des Mouvements de jeunesse et d'Éducation Populaire, au profit des loisirs culturels de qualité, ceux des productions artistiques (cinéma, musique, disques, théâtre..) et en particulier du livre pour la jeunesse et de la littérature, qu'ils ont donné le meilleur de leur intelligence et de leurs forces spirituelles.

Leur désintéressement les encouragea à aller parfois, probablement, jusqu'à y mettre une partie de leur patrimoine et de leurs fonds personnels et, ces derniers temps, ils parlaient même de créer une fondation.

C'était leur droit et leur mérite et ils avaient raison d'en être fiers.

Mais leur position particulière, proche du mécénat, n'était pas sans gloire et sans risque. Ils en avaient pris l'initiative et l'assumaient.

Il y avait cependant dans leur engagement une grande part de provocation et de bravade puisqu'ils s'inscrivaient, par la force des choses, en rivalité avec les Institutions publiques chargées des mêmes objectifs. Ils l'assumaient aussi mais de plus en plus difficilement financièrement ces dernières années, au fur et à mesure que, les subventions publiques, sur lesquelles ils ne crachaient pas, se firent de plus en plus rares.  

Pour eux, la question lancinante était de savoir comment payer le fonctionnement du CIELJ et comment, pour l'avenir, assurer sa rentabilité.

La contradiction entre leurs options pour agir en privé et leur prétention à être soutenus par des subventions publiques ne leur apparaissait même pas.

 (suite en 55 f)



12/09/2009
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