55.f. CHRONOLGIE DES CORRESPONDANCES CIELJ/ FRV

 

Mais dans cette hantise de l'avenir de leur enfant, car le Cielj est pour Janine et Jean-marie Despinette, beaucoup plus encore que ne le fut l'hebdomadaire "Loisirs jeunes", leur enfant, ils refusaient cependant de considérer que leur statut était une position intermédiaire entre deux positions plutôt habituellement antinomiques : celle du commerce d'une part et de la Culture et de l'Éducation d'autre part.

Utopistes, se surestimant, ils ont toujours refusé d'admettre que la position privée et désintéressée qu'en marginaux de luxe ils ont délibérément adoptée, les avait placés, par la force des choses, en porte à faux et en dehors du fonctionnement et des financements habituels de nos Institutions publiques.

Or, il est indéniable que cette position bancale les a forcé et les force encore à se situer – en dépit de tout ce qu'ils peuvent penser – aux côtés et en marge des Institutions Nationales et que c'est elle qui les a contraint et les contraint encore à empiéter sur les territoires de ces Institutions, pour faire ce dont ces Institutions sont accusées, de ce fait, de ne pas faire, ou de ne pas savoir faire, alors que par statut d'état, elles en sont chargées.  

 Si Janine et Jean-Marie Despinette, irréductibles, se sont même quelquefois flattés d'avoir opté pour cette position en porte à faux, je pense qu'ils ne se rendaient pas compte, dans leur revendication d'orgueil, qu'ils rivalisaient ainsi de compétence et d'amour-propre, de vanité aussi, avec des personnes fonctionnarisées, plus humbles mais aussi compétentes, qui avaient été promues pour défendre les mêmes causes.

Janine et Jean-Marie Despinette sont si aveuglés par leur œuvre qu'ils ne comprennent évidemment pas qu'elle puisse leur attirer la haine de tous ceux, et de toutes celles surtout qui, certainement avec autant de foi, même si c'était souvent avec moins de clairvoyance, agissaient pour ces mêmes causes : celles des loisirs, des productions (films, disques, théâtre..) et en particulier du livre pour la jeunesse au sein des organismes officiels patentés du Ministère de l'Éducation et de la Culture.

 

Selon ce que j'ai pu comprendre, je crois que  c'est l'ostracisme dont ils étaient l'objet, celui qu'on leur rendait en retour du leur, qui aurait pu les éclairer sur leur ostracisme personnel. Car Janine et Jean-Marie Despinette ont toujours été persuadés qu'ils étaient les seuls en France a pouvoir accomplir la tache à laquelle ils s'étaient attelé.

C'est leur sentiment d'être inégalables et c'est leur orgueil de penser qu'ils étaient à l'avant-garde, les plus entreprenants et les meilleurs, qui les ont acculé et, en même temps, ces dernières années, ont acculé le Cielj  à encourir les incertitudes d'une position mal définie et mal reconnue par les pouvoirs publics.

En eaux incertaines, pour maintenir le navire à flot, ces navigations au coup par coup, obligeaient les Despinette à des alliances politiques de terrain (le Sénateur Blain par exemple), caractérisées par des creux de vagues et des reconnaissances intermittentes, des instabilités budgétaires résultant de causes diverses dont, à l'évidence, le manque de subventions et de forces vives.

Jean-Marie Despinette qui a fait ses preuves dans les coulisses des Ministères a toujours été persuadé d'être un superintendant des finances. Fonction qui implique forcément de l'entregent et des talents de diplomatie.

Il lui fallut bien des fois taper aux portes, solliciter et faire de la corde raide puisque, au Cielj, les sources de disfonctionnements ne manquaient pas.

Mais quant à trouver, pour principales raisons de ces disfonctionnements, les obstacles occasionnés par de prétendues distances géographiques et par une inefficacité que l'on pourrait faire endosser aux membres du CA, ou à un G.A. Vuaroquaux, mal épaulé, fonctionnant finalement, dans le désarroi, comme un autiste… Non ! Ce serait un mauvais diagnostic et un mauvais procès !

 

Pour sortir de ce dilemme, je ne voyais, pour ma part, qu'une seule solution, que je proposai à la réunion de juin 2007 : que le Cielj et le Crilj rejoignent les organismes officiels, comme il fut fait de  "La Joie par les Livres", dans une fédération des organismes du même genre, au sein du Centre National du Livre pour Enfants (le C. N. L. E.) à condition, bien entendu, que l'œuvre de Jean-marie et Janine Despinette soient, en contrepartie, reconnue nationalement.

Il me semblait que c'était, même s'ils ne l'avouaient pas, de ce manque de reconnaissance publique que souffraient le plus Jean-marie et Janine Despinette et j'estimais que les édiles de notre pays, légitimement, leur devait de leur ouvrir leur porte en leur accordant cette reconnaissance…

J'oubliais alors que  le vieux lion qu'est Jean-Marie Despinette, ce hobereau capable de s'affirmer «catho quand il est avec les marxistes et marxiste quand il est avec les cathos…», et, dans cet ordre interchangeable d'idées « d'honnête homme avec les malhonnêtes et de malhonnête avec les honnêtes hommes…, de qualifié avec les inqualifiés et d'inqualifié avec les qualifiés…»  s'était toujours fait une gloire, en prétendant ne rien souhaiter pour lui, d'avoir des ennemis … J'oubliais de considérer que c'est un faux modeste, qu'il ne dit pas la vérité lorsqu'il prétend qu'il n'attend rien des finances publiques ni rien de l'hommage public qu'on pourrait lui faire et faire surtout à son épouse.

Hélas, caractère bien trempé, Jean-marie Despinette a ses défauts. Des défauts de caste. Chevalier de Lorraine, en superintendant des finances habile, il a cru bon de se prendre, sans tenir compte des conséquences, pour , cet autre superintendant des finances, celui de Louis XIV, celui qui, construisant son Vaux le Vicomte excita la colère et la vindicte du roi.

Comme Nicolas Fouquet, Jean-Marie Despinette désinvolte, oubliant de considérer, ou mésestimant le fait, qu'il a toujours empiété sur les territoires et les initiatives des petits rois et reines en place dans la fonction publique, s'est fourré dans un guêpier.

Que le CIELJ soit isolé, qu'on l'affame, qu'on ne récompense pas et n'honore pas leurs fondateurs d'une médaille…ne sont que la rançon en retour de l'orgueil du vieil aristo qui s'est toujours pris pour un pair du Général de Gaulle et qui préfère, comme lui, renié en 69, en sa fin de vie, s'envelopper dans son ancienne armure de combat comme dans une mante de fierté pour bouder et filer son amertume, en faisant de son entêtement à "avoir raison contre les autres" sa dernière volonté.

J'ai compris, la dernière fois que je l'ai vu qu'il n'était pas de mon pouvoir, ni du pouvoir de personne, de le persuader qu'il avait tort de s'obstiner à rester sur son orgueil. Je compris, ce jour-là, que je ne réussirais pas à le convaincre que le CIELJ  ne lui appartenait déjà plus et qu'il fallait pour lui savoir se déposséder pour vraiment donner et transmettre…

Il n'était pas prêt, il ne le sera jamais, à comprendre qu'il devait léguer le CIELJ à des inconnus pour que d'autres individus, plus jeunes, se l'approprient à leur tour et lui redonnent vie…

Je me suis incliné : j'ai compris que le vieux lion ne passerait pas la main, qu'il ne cèderait pas le pas parce qu'il tenait en somme, plus qu'à toute autre chose, dans la tradition des capitaines en tempête, à s'identifier au navire et à ce que ses maux, qu'il ne pouvait plus soigner, soient ceux du C IELJ.

 

                 RESTE UN POINT LITIGIEUX

DONT JE FAIS LES FRAIS ET PAYE LA NOTE

Cherchant des explications au fait que je n'avais pas été invité à la dernière réunion du CA en juin 2008, j'en avais conclu que le différend portait sur les plus de trois cents cadres de l'exposition du Musée d'Art Moderne : "La littérature en couleurs"dont une partie du bureau du CIELJ a toujours considéré, qu'ils étaient, avec la bibliothèque personnelle léguée par Janine Despinette : «un patrimoine matériel sans valeur».

 Effectivement, un brin exaspéré, j'avais fait remarquer, dans une lettre adressée au bureau du CIELJ, datée de décembre 2008, que la question que j'avais soulevée, à St Denis, lors de notre dernière réunion du C.A., puis reposée encore après, en petit comité, à Boulogne, chez les Despinette, concernant le devenir de ces cadres – stockés habituellement à Charleville-Mézières, mais que j'avais été obligé de stocker moi-même, à mes frais, depuis leur retour d'une  exposition à Pau en 2004 –, n'avait pas été pris en compte par le secrétaire rapporteur de séance et qu'en conclusion il ne figurait pas dans le compte rendu de la réunion.  

Je faisais remarquer aussi que, malgré plusieurs rappels et plusieurs promesses de G-A Vuaroquaux, ces cadres sont toujours au même endroit, depuis 2004, dans un box que j'ai dû louer à cet effet et que, depuis cette date, j'en assume les frais de stockage.

J'ai plusieurs fois aussi ajouté, pour que la question posée soit enfin prise au sérieux et en espérant qu'elle serait résolue, que ma retraite d'édition n'était que de 120 euros par mois et qu'en fonction de la minceur de mes revenus mensuels, le fait d'avoir à prendre en charge la location de ce box m'obligeait à des privations personnelles. Mais sans être mieux entendu.

Rétrospectivement, je déduis qu'en ne m'invitant pas en juin 2008, les Despinette me signifiaient une fin de non recevoir sur cette question précise des cadres de "La littérature en couleurs"et, faisant d'une pierre deux coups, me signifiaient, sans avoir le courage de me le dire, mon élargissement du CIELJ.  

 Je considère donc, mon cher Étienne, que, pour les Despinette, le fait de ne pas répondre à cette question précise, en se moquant de ce qu'ils m'obligent à payer chaque mois, et le fait de me rayer des participants à la réunion du CA de 2008 vont de pair avec ta nomination à la Présidence.

Et en conclusion, de quelque manière que je puisse l'envisager, je suis en droit de considérer que, sur le fond ou sur la forme, leur manière d'agir est une lâcheté doublée d'indignité. 

Or je maintiens  ma position : je veux que le CIELJ s'engage sur cette question du stockage des cadres et qu'il me réponde par écrit sur ce problème précis.

Et, pour donner une leçon d'équité aux Despinette et à tous ceux qui, jusqu'ici, ont fait les sourds, je te déclare à toi, nouveau Président, que j'entends réclamer que me soient  remboursés les frais que ce stockage m'aura coûté depuis 2004 jusqu'à l'enlèvement du stock.  

Vois-tu, finalement, ton message aura eu un mérite : celui de m'encourager à prendre, en désespoir de cause, et en constatant que mes difficultés n'émeuvent personne, une décision que je remettais jusque là : celle de faire, par voie de justice, avec le recours d'un avocat, une mise en demeure pour que cette affaire soit réglée dans les plus brefs délais…

 Après quoi, si le CIELJ ne se manifestait toujours pas, ces cadres seront donnés à Emmaüs ou abandonnés sur le trottoir à la discrétion de n'importe quel preneur.


MAIS, POUR MOI, MEMBRE FONDATEUR

                  OU POURRAIT BIEN ÊTRE

         LA MEILLEURE CONCLUSION

Ceci étant dit, me voici arrivé à ma conclusion.

La question précise et essentielle qui motive ton message, – tout le reste étant littérature –, est cette démission de ma part que tu souhaites et sollicites dans les meilleures formes des compromis glaireux que se font les grands vaniteux de ce monde en prétendant servir aux plus nobles causes, ici l'intérêt "international" du CIELJ.

Toutefois, avant de te donner ma conclusion je vais devoir t'imposer quelques rappels. La rumeur commune te dira qu'au risque de passer pour incontrôlable je ne me suis jamais, au grand jamais, accroché à aucun des postes qu'on m'a offert où que j'ai eu le plaisir d'occuper. Je les choisissais même toujours à ma convenance, c'est-à-dire, par souci de pouvoir respecter mes convictions et pour ne pas être obligé de céder à des compromis, de préférence éjectables.

En matière de démission, je ne compte à mon actif que celle que j'ai donnée au CRILJ parisien, il y a de cela trois ans, parce que j'ai eu la certitude que je faisais partie d'un organisme rendu désuet et inopérant à cause d'une directrice dévouée mais incompétente et du peu d'intérêt qu'elle accordait aux initiatives et propositions intéressantes d'animation faites par les membres du C.A.

Comme au CIELJ, selon la même pratique révisionniste aberrante, Monique Hennequin, celle chargée des compte rendus écrits des après séances du CRILJ, écumait, au mépris de toute déontologie, les propositions faites par les membres présents aux réunions et ne rapportait que celles qui lui semblaient entrer dans sa perspective des choses.

La goutte d'eau qui fit déborder le vase et qui m'incita, en m'indignant et en m'insurgeant, à démissionner, étant son refus d'envisager, sur ma proposition, l'entrée dans notre C.A., à l'occasion du renouvellement annuel de ses membres, d'un Black, d'un Bistre ou d'un Beur, citoyen à part entière de notre société actuelle qui oeuvrent couramment dans la littérature pour la jeunesse. Refus de caractère raciste que j'attribue à un manque d'intelligence politique et sociale et que je considère comme une hérésie extrémiste digne des adeptes du Front National mais indigne d'une présidente d'association culturelle.

Le plus simplement du monde, je dois ajouter ici, en fonction de tout ce qui est dit plus haut et en m'excusant des longueurs inévitables imposées par l'exposé des faits, que ma conclusion a toutes les chances de te décevoir et qu'elle n'a rien aussi pour complaire aux Despinette.

En tout cas cette conclusion ne viendra pas corroborer tes plans et satisfaire ta demande. Tu devras donc employer, je te fais confiance sur la façon, une autre mesure pour arriver à m'exclure du CIELJ.  

Effectivement, sans tenir particulièrement à l'honneur de ce "poste sans pouvoir" que j'occupe au CIELJ depuis sa création, et alors que j'aurais toutes les raisons du monde, puisqu'ils se sont toujours comportés comme des propriétaires exclusif de l'organisme, de rendre aux Despinette, la petite part de prestige et d'action qu'ils avaient fait semblant de m'octroyer en 1988 – sans que je ne leur aie jamais rien demandé pourtant –, je me contenterai de leur rappeler la comptine de sagesse célèbre :

"Donner donner, ça fait mal au nez

Reprendre reprendre, ça fait mal au ventre".


 Pour ce qui est de toi, mon cher Président, considérant que toutes les justifications que tu invoques pour m'inciter à "te demander de m'accorder ma démission" sont dénuées de fondement, je choisis de prendre la décision de ne pas démissionner.

Et je te confirme, pour le cas où tu étais malentendant : je n'ai aucune raison de démissionner du CIELJ.

Maintenant, libre à toi, et libre surtout aux propriétaires, et aux survivants du navire, parmi lesquels doit bien se trouver quelques magouilleurs de génie, d'aller chercher dans les clauses des statuts du CIELJ – dont celle particulièrement traitant de la possibilité de renouvellement partiel, chaque année, de quelques membres du C.A. – et de vous en servir, pour me virer, selon les raisons et motivations qui vous arrangent, voire même comme "un objecteur intempestif" ou un "malpropre inefficace"

Avec ma plus profonde révérence, mon cher Président. 

                            François RUIZ-VIDAL, dit Ruy-Vidal

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2009 02 15

De Étienne Delessert à François Ruy-Vidal 


         «Cher François,
         J'ai lu votre longue diatribe...
         Les Despinette n'ont rien à voir dans ma décision d'épurer le Conseil d'Administration : les huit ou dix pages que vous leur consacrez sont donc bien inutiles.

J'ai apprécié au passage les louanges que vous leur adressez pour leur indépendance face à vos ennemis de toujours (*joie par les livres", Jean Perrot etc). Ils les méritent depuis 40 ans.
         Il va sans dire que nous allons vous débarrasser des livres et "cadres" qui constituaient l'exposition de la "Littérature en couleur". Ce matériel, que vous avez emprunté à nouveau voici deux ans (je vais vérifier) appartient dans son ensemble au CIELJ et à Jean-Marie Despinette, pour les "cadres", puisque c'est lui qui avait financé cette exposition, destinée tout d'abord au Musée d'Art Moderne.

Dans la même foulée il vous avait procuré six mois de travail bien rémunéré, à un moment où vous en aviez singulièrement besoin.
           J'ai demandé à M.Christian Grandin, qui a repris la direction du CIELJ voici deux mois, de se mettre en contact avec vous, et de discuter avec vous des modalités de règlement de ces frais d'entrepôt, et du déménagement.
          Votre démission du CIELJ n'a pas pour effet d'effacer l'énorme contribution que vous avez apportée à l'édition des livres pour enfants. Le souvenir de votre créativité reste dans toutes les mémoires, même celles des animateurs de la BNF.
           Bien
au contraire, nous tentons de redonner du mordant à cette organisation, et de mettre, de façon indépendante je le souligne, les choses à leur juste place dans le cours de l'Histoire. Simplement il nous faut resserrer les boulons, et pour cela ne pas avoir un Conseil anonyme et distant qui puisse freiner les décisions.
          Je vous serai donc reconnaissant de bien vouloir reconsidérer votre première réaction. Et de m'adresser directement votre réponse.

Au cas où vous auriez quelque difficulté à m'atteindre à cette adresse, utilisez celle-ci: etienne@etiennedelessert.com
         Et je vous prie de recevoir mes meilleurs messages.»
                                    
Etienne Delessert, Président du CIELJ
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2009/02/18

De François Ruy-Vidal à Étienne Delessert

 

Monsieur le Président, mon cher Étienne,

1. En reprenant, point par point, votre message et en essayant de faire court maintenant que l'essentiel a été dit, je vous répète que, n'ayant pas reçu de convocation aux dernières réunions du CIELJ courant 2008 et ayant été écarté de toute information sur le devenir du CIELJ par son secrétaire Nicolas Bianco-levrin – qui agissait j'en suis certain, sur ordre des Despinette –, je suis convaincu et je maintiens donc que ce sont les Despinette qui sont à l'origine de mon éviction. Vous n'êtes que l'agent des basses œuvres.

Tenter de votre part de les réhabiliter dans mon esprit est peine perdue. Toutefois, sachez qu'après avoir dit ce que j'ai dit l'autre fois et ce que vous lirez ci-après, j'aurai plutôt tendance à les plaindre qu'autre chose.

 

2. Encore du fiel, toujours du fiel, dans votre manière de rapporter ce que vous ne pouviez pas inventer : «il vous avait procuré six mois de travail bien rémunéré, à un moment où vous en aviez singulièrement besoin».

En l'occurrence, le «bien rémunéré» est une évaluation patronale. Était-elle à la mesure de mon travail, de ma situation, du renom qu'elle rapporta aux initiateurs ?...

En fait, cette exposition sur "La Littérature en couleurs" fut amorcée parce que j'avais du temps de libre et que je souhaitais tirer un trait sur mes nombreuses tentatives de faire admettre aux membres des Institutions du Livre et à mes confrères, éditeurs traditionalistes, la nécessité d'existence d'un livre genre nouveau, inscrit dans "la civilisation des images", selon le principe d'un livre-album, écrit par des écrivains non spécialisés en "littérature enfantine", illustré par divers types d'illustrations plutôt que par le seul type unique, désuet et nunuche qui avait cours à profusion sur le marché, réalisés par des artistes à part entière qui n'étaient pas, eux non plus, des stakhanovitch  de l'illustration "enfantine" industrielle.

Si, aujourd'hui, les Despinette, et vous-même, Etienne Delessert, le Gaston Lagaffe de l'illustration pour enfants, entonnant leur version des faits, tenaient à présenter le travail que cette exposition me demanda, et la rémunération de 5000 francs pendant six mois qui me fut octroyée, comme une œuvre de bienfaisance, libre à vous ! C'est votre privilège !

Mais encore une fois, c'est un avis de patron qui estimera toujours que ses ouvriers sont assez bien payés.

Mais il est de mon devoir, cette exposition appartenant maintenant au CIELJ, que le CIELJ sache de quoi il en retourne et en l'occurrence, de vous éclairer, vous monsieur le Président, sur les raisons qui ont présidé à son élaboration et sur les moyens imaginés par Jean-Marie Despinette puis employés par toute une équipe autour de Janine Despinette et moi-même pour qu'elle ait pu exister.

 A vous entendre, on a vraiment l'impression que Jean-marie Despinette, Tsar et saint homme, m'a secouru d'une aumône, le don du Tsar au Moujik, et que je lui doive une éternelle reconnaissance. Si c'est lui qui vous a induit à me servir d'une telle commisération, – qui d'autre aurait pu le faire d'ailleurs ! –, on peut comprendre qu'il veuille aujourd'hui, en m'éjectant du CIELJ, me rabaisser, pour se sanctifier. C'est d'autant plus compréhensible que, pour lui, l'heure de la confrontation avec les foudres approche… Mais il se trompe lui-même et il ment car je suis loin de voir, dans sa manière condescendante de transmettre les faits, l'ombre d'une repentance. De l'orgueil, toujours de l'orgueil et encore de l'orgueil !

Je doute qu'en haut lieu, On le lui pardonne!

Mais cela ne m'apprend rien. J'ai toujours pensé pour ma part, qu'épaulée de près par son mari, amoureusement même, comme le fut toujours Janine Despinette, qu'il y avait dans le dévouement qu'ils portaient aux artistes, une componction un peu trop démonstrative, révérence au père bien-aimé de Janine sans doute, puisque presque de nature sacerdotale. Je voyais en tout cas, dans la manière dont Janine Despinette agissait, béate et confite en dévotion – mais qui avançait masquée parce que consciente du ridicule que pouvait lui valoir, à notre époque, cet état de bienheureuse –,  une forme de manifestation de foi profonde quoiqu'à mon goût trop lourdement parfumée d'encens.

Comme si, par son dévouement, en accomplissant sur terre "ses" bonnes œuvres, Janine Despinette  ne pensait déjà et n'aspirait qu'à gagner le CIEL…J !

 

Ce n'est pas en tout cas, Monsieur le Président, mon cher Étienne, par une phrase de commisération que je vous laisserai, toi et Mr Despinette, résumer l'existence de cette exposition sur "La Littérature en couleurs" aujourd'hui propriété du CIELJ.

 

En réalité, pour apporter mon témoignage à l'histoire de cette exposition, occasion que tu me donnes et dont je te remercie mon cher Étienne, en te faisant remarquer que sans ta phrase blessante je n'aurais jamais abordé le sujet, je vois les faits autrement. Plus crûment. Et plus largement inclus aussi dans les contextes sociaux-politiques des années 80, cette époque socialiste de l'après avènement de François Mitterrand à la Présidence de la République que, généralement, les différents chercheurs sur la place s'accordent à définir, particulièrement en Littérature pour la Jeunesse, comme une charnière.  

Les six fois 5000 francs qui me furent donc accordés ne l'ont par été par un mécène pris de pitié pour le chômeur – non inscrit au chômage toutefois –, que j'étais, mais par un couple qui avait envie de servir d'abord, puis en même temps de se faire valoir en l'utilisant, une cause, celle de la Littérature pour la Jeunesse, dont il avait eu l'intelligence de reconnaître, du temps de "Loisirs Jeunes" déjà, la nécessité qu'elle soit revalorisée et défendue.

Ceci dit, se servir d'une cause, tout en s'en servant, était pour Jean-Marie Despinette, chose habituelle. Ce n'était tout simplement qu'une autre péripétie dans sa trajectoire générale de Serviteur de grandes causes. Serviteur élu par ses pairs et par lui-même, sans être, à proprement parler, un véritable commissaire d'État. L'état de ses services aux Mouvements de Jeunesse et d'Éducation Populaire, aux Amis du Théâtre national Populaire de Jean Vilar, aux Compagnons de la Libération…et j'en oublie certainement, lui permettait d'avoir de l'entregent et de pouvoir débusquer des fonds dans les tiroirs secrets des entreprises ou même de l'administration.

Je comprends fort bien que vous teniez à le remercier de vous avoir porté au poste de Président même si je pense que l'idée a dû venir de Janine. En tout cas, je peux vous dire que si les choses s'étaient passées légalement, c'est-à-dire sans irrégularités, si j'avais été convoqué et si j'avais pu prendre part aux décisions et bien que mes propositions (celles faites en 2007, dont vous trouverez copie jointe) aient été rejetées  j'aurais opté pour que le CIELJ élargisse ses capacités d'analyses et de rayonnements en faisant appel autant à des illustrateurs, qu'à des auteurs et qu'à des chercheurs historiens en matière de Littérature de Jeunesse. Ce qu'avait déjà fait Janine Despinette au moment de la constitution du CIELJ.

Dans cet ordre d'idée, je peux vous dire que, si j'avais été normalement consulté, c'est-à-dire si on avait daigné m'envoyer une convocation, si Nicolas Bianco-Levrin avait répondu à mes messages d'inquiétude plutôt que de s'abriter dans un silence de péteux, quels que soient nos différends passés et quel que soit le déplaisir que j'aurais pu éprouver à me retrouver à la même table que vous, je ne me serais certainement pas opposé à ce que vous preniez un rôle au CIELJ si la majorité des voix vous l'avait accordé. 

Mais que vous vous sentiez l'obligé de Jean-Marie Despinette au point de  vous croire contraint de cirer les bottes du mari de celle qui vous a ouvert la porte du CIELJ, en flattant sa vanité, il y a là un pas qu'à mon avis vous auriez mieux fait de ne pas franchir. D'autant plus que chacun sait que Jean-Marie Despinette a toujours rêvé, au vu et au su de tout le monde d'ailleurs, de magnanimité, d'honneurs et de médailles. Que ceux qu'il a obtenus, un bon nombre d'ailleurs, ne l'aient pas assouvi…Et qu'en chaque occasion officielle où j'ai pu le voir, il n'ait jamais pu s'empêcher de jouer les Grands Seigneurs…ne regarde que lui. Et vous ne devriez pas vous en mêler.

Pardonnons-lui ses faiblesses mais ne l'imitons pas !     

En fonction de quoi, à la manière dont vous rapportez les faits, en insistant sur cet état de dénuement dont je pouvais pâtir en 82, confondant abusivement pour le coup la cause que je défendais et ma cause personnelle, je ne vois là, de votre part, qu'une autre tentative mesquine, stupide, malveillante, pataude, de tenter de m'humilier. On ne se sert pas de la pauvreté des gens pour leur faire sentir ce qu'on leur donne.

Cette tentative d'humiliation ne fait d'ailleurs que prouver votre ignorance du sujet et le peu d'intérêt que vous avez accordé jusqu'ici à l'histoire de cette Littérature de Jeunesse. A croire vraiment que cette histoire vous est passée au-dessus de la tête pendant toutes ces années! Je doute pour ma part que vous soyez actuellement en mesure, que vous puissiez, dans l'intérêt du CIELJ, rattraper votre retard. Cela ne s'improvise pas.

Je maintiens donc que votre présentation n'a rien à voir avec la vérité des faits et, encore une fois, dans l'intérêt du CIELJ, je m'en explique :

 Pour survivre, depuis que je suis en vie, j'ai toujours discrètement, – certainement parce que né dans un milieu des plus défavorisés –, avec parfois le secours de personnes de bonne volonté, été obligé de faire un peu tous les métiers. Au cours des années 65-85, en quittant définitivement l'Éducation Nationale pour me mettre au service de la Littérature pour la Jeunesse, ne craignant donc pas d'affronter la pauvreté, j'ai  assumé, pour ne rien devoir à personne, des tâches peu reluisantes, quelquefois même humiliantes et dignes de celles d'un "petit frère des pauvres" (Entre autres chez Manpower, en prenant ce qu'on m'offrait et qui entrait dans mes capacités) et je n'en ai pas honte. Le travail, le nez dans le cambouis, les mains sales et écorchées, ne m'ont jamais fait peur.

Ainsi, en acceptant la proposition de concevoir et de mettre au point l'exposition de "La Littérature en Couleurs", je savais bien que c'était un travail précaire. Après les six mois passés à sa réalisation, avec Janine Despinette, Marie-Ange de Chevigny et quelques jeunes favoris de Jean-marie Despinette, je n'avais aucun doute sur la suite ni que j'aurais à faire face à d'autres défis pour survivre. Cela ne m'inquiétait pas. Avec ce qui me restait de chrétien, je pensais alors : Pour la suite, Dieu pourvoira !

Me contentant de peu, ne doutant pas de mon avenir puisqu'il n'était pas ambitieux, n'escomptant pas de récompenses… ma bonne santé, psychique et physique, me permettait d'avoir confiance en la vie et c'était l'essentiel. Je n'attendais rien de personne. M'étant tiré d'affaires de nombreuses fois auparavant, bien avant que le Tsar Despinette ne me secoure, je n'avais aucune raison de douter de mon futur puisque la richesse ne m'intéressant pas, la notoriété acquise m'embarrassant plutôt qu'autre chose, mon avenir n'était fait que d'ambitions simples.

En dernier ressort même, justement après avoir terminé la réalisation de l'exposition "La Littérature en couleurs", le «bien rémunéré» que j'étais n'ayant pas réussi à éponger les problèmes financiers qui l'assaillaientet m'ayant empêché de faire face aux difficultés qui m'assaillaient... je n'ai pas hésité, en bon disciple de Jean Goujon, en m'installant à 5 heures du matin sur des trottoirs, dans des brocantes des banlieues de l'est parisien, à vendre les meubles familiaux, notre vaisselle et tout ce qui, dans notre appartement, n'était pas de première nécessité… Cela pour me débarrasser des huissiers que j'avais aux trousses et finir de payer les dettes dans lesquelles m'avaient entraîné la publication des livres. 

Aussi, si le Chevalier de Despinette tient à redorer son blason en rappelant, par votre bouche candide, que touché par la grâce et ému par la précarité de ma situation, il n'a pu s'empêcher de céder à un élan généreux de sa bonne nature, je lui rappellerai qu'il est bien facile, pour quelqu'un qui n'a jamais manqué de rien de se montrer aussi généreux.

Et encore plus facile, extrêmement facile même, lorsqu'on est généreux en se servant de l'argent des autres.

Je dis bien : Jean-Marie Despinette n'a pas été généreux avec son argent mais avec de l'argent qui ne lui appartenait pas. Un argent qu'il n'a pas volé mais dont il pouvait, suite à ses positions, son entregent et ses entourloupettes, disposer, sans pour cela réduire son train de vie et sans entorse à sa propre bourse.

  Or, faire le généreux, en se servant de l'argent des autres, puis de s'en flatter est, vous en conviendrez Monsieur le Président, bien à la portée de n'importe quel magouilleur, légèrement "m'as-tu-vu",  capable de mettre ses scrupules dans sa poche pour usurper et réclamer des louanges. Un exploit de "Faiseur"

Je m'explique : le budget que Jean-Marie Despinette avait débloqué pour financer cette exposition provenait d'une caisse de la Régie Renault (la SPME) et de fonds qui dormaient en attendant que l'"On" trouve (Ne connaissant pas tous les détails de l'affaire je ne sais qui était ce "On") une raison majeure, des motivations, d'ordre culturel ou de bienfaisance, pour les débloquer. Bref, ces fonds ne pouvaient pas être utilisés autrement que culturellement.

En prenant l'initiative de cette exposition, Jean-Marie Despinette, fin stratège, qui avait fait le tour de la question, avait bien compris qu'au risque d'être accusé de népotisme, il ne pouvait, en aucune manière, utiliser ces fonds à des fins personnelles, pour sa propre cause ou pour celle de sa femme. Il lui fallait élargir ses causes, trouver le biais.

C'est donc, par un tour de passe-passe dont il avait l'art et dont il était coutumier, qu'en se servant de ma cause et des livres que j'avais publiés, ajoutés à celle de la Littérature de Jeunesse que défendait aussi sa femme, qu'il put mettre en œuvre l'opération.

Je ne fus pas dupe. Je compris très bien que j'étais un alibi pour lui.

Méprisant, misant sur ma sottise en affaires, Jean-Marie Despinette pensa certainement que je ne voyais pas que ces fonds tombés du ciel et la possibilité de réalisation de cette exposition  n'étaient que le meilleur moyen, avant tout et principalement, de servir son épouse qui, après la clôture de leur association "Loisirs jeunes" se languissait de n'avoir plus de rôle important, sur le plan international, à jouer en matière de Littérature pour la Jeunesse puisque les préposées de la fonction publique lui rognaient la plupart des postes qu'elle avait jusqu'ici occupés.

Janine Despinette, en 82, était beaucoup plus en mal de crédit et de notoriété que moi-même. Cela, notamment, vis-à-vis, justement, du triomphe des duègnes de "la Joie par les Livres", dont Geneviève patte, apparatchik socialiste par excellence, était l'égérie incontournable et toute puissante depuis l'instauration de la Présidence socialiste.

 Pour ma part, en alibi lucide, remerciant de l'occasion offerte, je tins suffisamment bien ma partie pour que le résultat nous fasse honneur et fasse surtout honneur à ceux qui avaient contribué à la réalisation des livres exposés : les auteurs et illustrateurs qui entraient au Musée. Le nombre de visiteurs de l'exposition au Musée d'Art Moderne dépassa celui de l'exposition précédente : celle de Fellini.

Sans aller jusqu'à dire aujourd'hui que cette proposition de Janine et Jean-Marie Despinette d'assurer la conception de cette exposition était, pour ma part, mal venue, je tiens à répéter cependant, qu'à cette époque de mon parcours, après avoir essuyé la censure de l'archevêque Vilnet pour le livre de Michel Tournier "La famille Adam" ; après avoir gagné mon procès contre Hatier-L'Amitié – mais sans être dédommagé, par les dépens, alors que les frais d'honoraires de mon avocat  étaient de 30 000 francs ; et après avoir eu à subir, par rétorsion, la mise en solde en bloc des trente livres publiés chez Hatier sans aucune rémunération pour les auteurs, les illustrateurs et le concepteur…J'étais exténué.

Ce livre-emblème qu'Alain Gauthier réalisa, avec ce cœur d'anémone rouge, pour l'exposition, était pour moi, comme je le lui dis, une pierre tombale et une épitaphe. Je souhaitais vivement, pensant à l'énergie dépensée et au peu de retour que j'en avais eu, conclure tout net, définitivement, ce parcours trop pétri d'embûches et de petites haines.

J'avais le sentiment que L'intelligentsia catholique à laquelle j'avais été confronté depuis 1966 (Le père Cocagnac des Éditions du Cerf, l'Équipe de Mi-Jo Béccaria de Bayard Presse, l'anathème de Françoise Dolto, l'intervention de Bernadette Delarge, l'auteure de catéchismes pour adolescents qui se permettait de réécrire, dans mon dos, avec le consentement de Claude Lapointe mon "Pierre l'ébouriffé" …) ne m'avait pas lâché des yeux depuis les premiers livres publiés. Que cette intelligentsia toute puissante ne me pardonnait pas d'avoir démontré la stupidité, à notre époque de "la civilisation des images", des principes psychopédagogiques éculés qu'elle préconisait en matière d'illustrations dans ses éditions ; qu'elle avait besoin de se venger et surtout de me neutraliser en discréditant les productions que j'avais assumées…

J'étais persuadé et je reste persuadé que le réseau "cathos de droite affectant d'être des chrétiens de gauche" avait décidé d'organiser une curée. Qu'il n'épiait que le moment propice où me serait donnée l'estocade. Ce que fit en somme, finalement, d'une manière grotesque et rocambolesque l'archevêque Vilnet pour "La Famille Adam", livre qui ne méritait pas tant de hargne !

Mon constat du moment, en fin d'année 82, me portait donc à considérer que j'avais suffisamment donné et payé pour cette cause-là, celle de "la  littérature illustrée" et qu'il était vain et même ridicule, presque masochiste de continuer à donner de mon temps, de mes forces et de mon énergie en me laissant aller, une nouvelle fois, à accepter de m'engager pour créer, comme on me le proposait chez Nathan, un autre nouveau département jeunesse dans une autre énième maison d'édition traditionnelle française …

J'en étais arrivé justement, moi qui venais de la fonction publique, qui lui devais ce que j'étais et ce en quoi je croyais, au point de désespérer de voir un jour cette fonction publique prendre en considération la cause que je défendais.

 C'est sur ce point précis justement, dans ce que nos positions respectives recélaient, face à la fonction publique et face à ses pouvoirs, d'à peu près similaire, que nous nous rejoignions les Despinette et moi. Les objectifs que j'avais défendus, sans connaître les Despinette et avant de les connaître, présentaient quelques analogies et pas des moindres avec les cheminements qu'ils avaient eux-mêmes suivis.

 

Il faut avouer que, par ailleurs, mise à part ma rencontre avec Jean-Pierre Seguin, premier conservateur de Beaubourg, suite à mon envoi à Mme Claude Pompidou des premiers livres publiés, dont les initiatives, grâce à son esprit d'ouverture, furent nombreuses, je n'eus que très peu de contact avec les éminences en place dans la fonction publique du milieu du livre.

A croire vraiment que peu de monde dont c'était pourtant, sur le plan promotionnel, le métier, au sein de ces Institutions de soutien au livre – à l'exception de Christiane Abbadie-Clerc qui réalisa les deux superbes expositions que furent "Images à la page" et "les Visages d'Alice" – faisait consciemment son travail pour détecter et encourager les indispensables renouvellements de la Littérature pour la Jeunesse. 

Quoi qu'il en soit, les choses avaient changé à partir de 82 et je pris conscience qu'en refusant de prendre en compte ce que nous avions fait, les Despinette et moi-même, chacun dans nos propres registres, les Institutions de la Fonction Publique, dont l'idéologie mouvante est le plus souvent empreinte de l'idéologie gouvernementale en place, nous renvoyaient dos à dos, en nous faisant sentir que nous étions des libres-penseurs, que nous avions agi en francs-tireurs et qu'il était, somme toute, normal que nous soyions marginalisés pour ne pas dire pénalisés. 

Geneviève Patte et "La joie par les Livres" de cette époque socialiste, aussi bien que Jean Gattegno, directeur du livre, – Celui qui, se prétendant le spécialiste en France de Lewis Caroll, décréta que la version que j'avais publiée d'"Alice au pays des Merveilles" illustrée par Nicole Claveloux, était la plus mauvaise version d'Alice qu'il connaissait –… me confirmèrent ce que m'avait déjà expliqué mon ami Philippe Gavardin, fils d'un grand bourgeois de Neuilly, marié à Marie-Hélène, mannequin vedette de Givenchy, ouvertement communiste, directeur du "Chant du Monde", réalisateur d'un disque sur ma réécriture du "Petit Poucet"… : «le lectorat de tes livres ne nous intéresse pas. Au parti, nous devons viser les classes les plus défavorisées et il est évident que pour ces classes, tes livres ne sont pas indispensables. Ils font partie du superflu. Il nous faut des produits qui les séduisent et les conditionnent à voter pour nous.»          (suite en 55 g)

 


13/09/2009
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