55.g. CHRONOLOGIE DES CORRESPONDANCES CIELJ-F.R-V

 

Tandis qu'à son côté, mais sans se fréquenter, au parti socialiste, l'opportuniste et ineffable Henriette Zoughebi, oiseau de passage en Littérature pour la Jeunesse, devenue, après avoir évincé les membres de l'équipe fondatrice du Festival de Montreuil, la Directrice, me serinait que, puisque « je ne voulais pas travailler pour les masses»  – phrase tirée des contextes mais que je ne renie pas – qu'elle préférait se rallier au rôle et aux injonctions des Institutions de la République

qui étaient de faire arriver jusqu'à tous les "Petits Français moyens" des productions "populaires", sous-entendues les productions qui, à cause de leur simplicité, de leur naïveté, de leurs maladresses même, avaient toutes les chances de ne pas dérouter les enfants de ces classes défavorisées et de gagner, d'un trait, immédiatement, la faveur du grand public.

J'exprimai mon désaccord. Elle me reprit une proposition qu'elle m'avait faite de prendre en charge la réalisation d'une vidéo avec des enfants sur des poèmes choisis. Mieux que cela, allant même, mais probablement sans s'en rendre compte, à l'encontre des idées socialistes qu'elle revendiquait, Henriette Zoughebi crut malin de choisir pour thème d'une journée du festival de cette année-là, "Le Petit Poucet". Et elle ne trouva rien de moins intelligent, pour m'agacer, sans m'inviter à participer à la manifestation, de faire de Claude Lapointe, dont on connaît sur ce plan les convictions réactionnaires, la tête d'affiche de la manifestation et le héros de ce conte.

A maintes reprises, je dois rappeler qu'on insista, dans ce camp de la gauche modérée qui était mon camp, pour me faire comprendre qu'en fonction du moment, l'échec du premier gouvernement Maurois et les hésitations qui sur le plan économique s'en suivirent, il fallait à tout prix, pour garder le pouvoir, ratisser large. Il s'agissait de ne pas perdre les rênes, non seulement de conserver les voix acquises mais en faisant tache d'huile à partir des couches de populations les plus défavorisées. Après les rigueurs et le quasi étranglement économique qu'avait entraîné la première mouture de gouvernance socialiste, François Mitterrand proclamant soudain qu'il n'était pas Staline, la doctrine socialiste s'était ralliée à l'économie de marché et au consumering. Le Festival actuel de Montreuil en est le parfait exemple. Jean-Claude Stéphani, l'initiateur, a dû se retourner dans sa tombe.

Pour ce qui était du livre, cette gauche fraîchement arrivée à l'exercice du pouvoir, anxieuse d'agir et de réussir, fonctionnait beaucoup plus en collectiviste aveugle qu'en éclaireur de perspectives. On me répétait qu'il s'agissait de ne pas faire dans la dentelle, qu'il fallait réimpulser son économie, au risque même d'encourager la production massive et industrielle et le développement de cette "édition sans éditeur" dont parle André Schiffrin, qui fait du chiffre, remplit les caisses, fait taire les artistes et se prête à l'endormissement des esprits pour mieux réussir à pratiquer la manipulation des consciences.

C'est contre ces théories consuméristes de conditionnement capitaliste que j'écrivis : "Les petits agneaux de Marie-Antoinette", "Le conformisme dès le berceau", "Le cul béni des faits" et enfin "la littérature intentionnelle".

On me reprocha d'avoir dit que «la littérature militante était limitante», on essaya de me convaincre que mes livres étaient réservés aux enfants privilégiés.... Même Jacques Lang, qui m'avait sollicité lorsqu'il était en difficultés à Chaillot, qui m'avait envoyé sa fille pour me soutenir au moment de l'affaire Dolto, qui m'avait convoqué, en avril 81, à un mois de l'élection de François Mitterrand, pour mettre au point avec Jérôme Lindon le "manifeste pour le livre" du parti socialiste, (prémices de la Loi Lang), me fit comprendre, une fois devenu Ministre, que mes livres étaient élitistes, qu'ils ne pouvaient pas être recommandés pour les "Petits Français Moyens" et qu'en conséquence il ne pouvait les cautionner...

Jean-marie Despinette, qui suivait certainement, comme moi,  toutes ces fluctuations, et qui avait ses introductions au Syndicat du Livre auprès de son grand ami, confrère de Résistance, Monsieur Dupouey, de François Clément et de Dominique Parent, comprit donc à ce moment, d'après ce que ces personnes lui confirmèrent, très bien l'intérêt qu'il pouvait avoir, à soutenir les livres que j'avais édités puisqu'ils avaient été publiés, quoiqu'à de très faibles tirages, en six langues et qu'ils bénéficiaient d'un renom international d'avant-gardisme.

De plus, m'associant et associant le renom des livres que j'avais publiés,  au travail que menait son épouse, membre active de plusieurs associations internationales, il faisait d'une pierre deux coups. Et il était entendu qu'en servant ces causes, cela lui était facile, aussi, de s'en servir.

Mais je crois aussi que c'était pour lui l'occasion, perverse, bien caractéristique de Jean-marie Despinette de jouer les risque-tout, de faire preuve de protestantisme face à l'archevêque catholique Vilnet, de jouer les opinions de droite face aux socialistes, de défendre l'avant-gardisme en se mettant à dos la plupart des éditeurs traditionalistes… et en  programmant une exposition qui prenait partie pour "Conceptions et tendances dans les textes et les illustrations des livres contemporains pour l'enfance et la jeunesse des vingt dernières années" sur le thème plus général de "La Littérature en couleurs", il savait qu'il s'attirerait bien des regards.

Remarque d'importance toutefois, que je rappelle au Directeur et au Président du CIELJ d'aujourd'hui, alors qu'il semble que jusqu'ici personne ne semble s'en être  vraiment inquiété, cette exposition n'a pas été spécialement conçue, comme on a coutume de le dire, pour le Musée d'Art Moderne. Mon ambition était plus simple et plus utilitaire. Ce n'est que par raccroc, après avoir appris que nous montions cette exposition, que la conservatrice du "Musée en herbe" où j'avais plusieurs fois auparavant présenté des livres en cours de fabrication et des livres parus, avec qui j'avais sympathisé, nous fit une proposition d'hébergement pour trois mois, à ses côtés, au Musée d'Art Moderne.

Je veux dire par là que, dès le départ, et selon ma volonté puisque j'en étais le concepteur chargé de rassembler tous les éléments graphiques, cette exposition devait pouvoir circuler facilement, même dans des petites localités, à raison d'un prix de location tout a fait abordable pour de petites associations culturelles de défense du livre et de la lecture. Aussi, avais-je choisi, pour qu'elle soit plus légère et moins coûteuse en assurance, d'utiliser des reproductions d'illustrations (pages de livres) plutôt que des originaux et de présenter chaque livre dans un cadre d'aluminium solide, protégé par du plexiglas plutôt que par du verre, pour qu'il y ait moins de casse.

En plus d'être itinérante je souhaitais que l'exposition soit aléatoire. Au lieu d'être contraints de prendre toute l'exposition (plus de 350 cadres), qui comprenaient "Les précuseurs", "la période Quist-Ruy-Vidal-Quist", "la période Grasset", celle "des Editions Universitaires-Delarge",  "la période Chansons françaises-Pierson" ou enfin "la période Hatier-l'Amitié", les organismes intéressés pouvaient à leur gré n'en retenir que des parties.

On pouvait aussi, en utilisant une partie des mêmes cadres, la présenter en l'élargissant et en y adjoignant d'autres éditeurs et d'autres livres illustrés, selon plusieurs angles choisis dans des périodes différentes de l'histoire de cette "littérature en couleurs". Les cadres facilement démontables et remontables s'y prêtaient.

Mais pour faire tourner cette exposition puisque c'était, selon moi, sa définition essentielle, cette exposition réclamait, en fonction des demandes des groupes scolaires, des Bibliothécaires ou des Municipalités, pour chaque déplacement, un travail d'entretien, de révision et de gestion que les Despinette refusèrent toujours de prendre en considération et qu'ils préférèrent croire pouvoir assurer seuls, en propriétaires, en me déniant le maigre pourcentage que je réclamais pour le faire. Il s'agissait à l'époque de 5% sur le montant de la location de l'exposition qui était d'une moyenne de 10 000 francs par déplacement.

Ils durent vite s'apercevoir cependant qu'ils n'étaient pas en mesure d'assumer ce travail de négociation et de manipulations pour la remise en état des 350 cadres ; de les choisir en fonction des demandes ; de les préparer pour l'expédition, d'être présents pour l'inauguration… mais entêtés, fidèles à l'idée qu'ils en étaient, alors qu'ils en avaient obtenu le financement de la régie Renault, les propriétaires exclusifs, ils restèrent inébranlables, cramponnés à leur position injuste, excluant, une fois pour toutes, d'une chiquenaude, ma part de propriété et mes droits de concepteur aussi bien que mon offre de service pour voir cette exposition circuler dans de bonnes conditions.

Le résultat fut plus que catastrophique et quelques locataires de l'exposition, voyant arriver des cadres abîmés, ne correspondant plus aux étiquettes… se retournèrent vers moi pour s'en plaindre.

Je vis moi-même, lorsque la ville de Pau me demanda l'exposition et que je réclamais à G-A Vuaroquaux le soin de la vérifier à Paris avant de l'expédier, qu'elle était dans un état plus que désastreux et quasiment irreprésentable.

Tant bien que mal, Je remis les choses en ordre pour la plus grande partie des cadres et changeai même certains plexiglas trop endommagés mais ne pouvais surtout que déplorer le peu de soins, le manque de connaissances et d'intérêt pour l'histoire de la Littérature, ajoutés au manque de conscience professionnelle, avec lesquels, les gens délégués par les Despinette, au sein même du CIELJ, avaient manipulé, en dépit du bon sens, et détérioré ces cadres.

 

Pour conclure sur ce point, cela étant dit, ce que vous m'apprenez me rassure un tant soit peu : voilà  un pas de fait! Le CIELJ prend enfin en compte,  son patrimoine matériel et témoigne d'assumer la nécessité de l'entreposage de "ses" cadres à Charleville-Mézières, lesquels, soit dit en passant, même vidés de leurs contenus actuels, pourraient resservir à préparer d'autres expositions de vulgarisation.

Étant donné que le dernier message de G-A Vuaroquaux m'annonçant qu'il viendrait chercher ces cadres à Paris remonte au 29/06/2006 et alors que je le tarabustais et lui renouvelais mes demandes depuis novembre 2005, date à laquelle j'ai pris ce box en location, sans qu'il daigne les prendre en considération, je suis prêt à fournir à Mr Grandin, les doubles des factures trimestrielles que j'ai acquittées pour la location de ce box (Situé à St Maur-des fossés plutôt qu'à Paris où les prix de box sont le double) où l'exposition est entreposée depuis le début du 4ème trimestre 2005 jusqu'à la date de l'enlèvement.  

 

3. Au sujet de ma démission : Quels que soient, et que pourront être, vos arguments, je réitère, Monsieur le Président, mon cher Étienne, ce que je vous ai déjà écrit dans mon rapport du 10/02/2009 : à savoir que, bien que je me sente réellement, depuis juin 2008,  "démissionné" par les turpitudes des Despinette, et sans plaider, pour l'instant, ni l'irrégularité, ni l'anomalie ni la malhonnêteté ni l'irrecevabilité des décisions prises lors de la dernière réunion du C.A., je ne vois aucune raison bien convaincante qui pourrait m'inciter à donner ma démission du CIELJ. De plus, je crois même pouvoir dire que je ne pense pas pouvoir trouver, dans les jours et les mois qui vont suivre, de raisons valables pour que, de mon propre chef, je change d'avis et vous donne satisfaction.

Agissez donc en conséquences, et usez donc des pouvoirs usurpés que vous a donnés la dernière assemblée. Mais ne me demandez pas de vous donner l'absolution.

De toutes façons, tel que je vous connais, vous ne devez pas en être à une malversation près, n'est-ce-pas ? Alors !…Une de plus, une de moins, qui s'en apercevra !

Seulement, apprêtez-vous, Monsieur le Président, à en supporter un jour les conséquences.

 

Et puis qu'ai-je à voir et qu'ont-ils à faire, dans ce paragraphe, les animateurs de la BNF ?... Comme si j'allais aujourd'hui me soucier de ce que peuvent penser les nouveaux arrivés dans la Fonction Publique !

Pensez-vous réellement qu'il m'est arrivé, dans le passé, qu'il pourrait m'arriver aujourd'hui, de tenir compte des avis des animateurs de la BNF ?

Nous n'avons vous et moi, mon cher Étienne, mettez-vous ça bien dans la tête, rien à voir en commun. Je n'en suis pas, moi, à quémander des postes, des appréciations et des honneurs. Ne mélangez donc pas les torchons et les serviettes. Vous êtes un arriviste, pas moi !

 

Mon cher Étienne, puisque vous voilà arrivé au port de vos désirs, ce CIELJ dont l'appellation, une fois la dernière lettre supprimée, pourrait laisser croire qu'on est au paradis, j'espère de tout cœur que vous saurez vous ranger, vous amender en rabattant vos appétits de puissance et en fonctionnant surtout  en respectant les règles de ses statuts, démocratiquement.

 

Pour ma part, il ne me reste plus qu'à vous souhaiter beaucoup de bonheur dans votre nouvelle fonction.

                                     

                                            François RUY-VIDAL

Copie de ma lettre :

 Aux membres du CIELJ avec lesquels je suis resté en contact

A quelques personnes concernées par la littérature de jeunesse et attentives aux causes que j'ai défendues.

 

 

 

 

 



 


 


 
 



13/09/2009
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