22. CRÉATION DU DÉPARTEMENT GRASSET-JEUNESSE

SEPTEMBRE 1973 : CATALOGUE BLEU

CRÉATION DU DÉPARTEMENT

GRASSET-JEUNESSE

 

Pierres, garde-fous ou mâte faims,

Les livres pour enfants,

Choisis soigneusement par les grands

Ou donnés au hasard,

Devraient dans le meilleur des cas,

Encourager, stimuler, perpétuer, renouveler

Les bases de nos civilisations ;

Lesquelles, bien entendu, ne sont pas,

N’ont pas été, ne seront jamais,

Une fois pour toutes,

Des terrains pacifiquement conquis.

 

Sagesse d’insuffler encore, par le livre,

Ces principes,

Mais danger, également, de restreindre le livre

A ce seul rôle, noble et moral.

Surtout au moment où ce livre

Qui était tout,

Ne devient plus qu’une partie

De l’information-découverte-plaisir

Diffusé par les diverses technologies   

De la communication :

Télévision, radio, cinéma…

 

Pris dans la trame de la fable,

Dans le sang du conte,

Dans la vivacité de l’humour,

Dans la furtive ambiguïté de la sensualité,

Vécus, en somme,

Ces principes ne peuvent paraître ennuyeux.

Ils deviennent raisons de vouloir comprendre,

De se surpasser,

De s’estimer et de se construire.

 

Les pas dans les pas ?...

D'enfance en jeunesse puis maturité et vieillesse ?...

Immuablement ?...

Quels désirs adultes, hormis celui de protéger,

Nous poussent à conduire la jeunesse,

A assurer la pérennité du pas,

Puis celle des pas dans les pas ?

Mais de quels pas ?...

Car l’immuabilité –heureusement et hélas ! –

Ne semble pas avoir été le fait des mondes d’hier,

Ni ne semble pouvoir devenir celui de demain !

Et dans ces mondes qui se succèdent,

En se ressemblant plus ou moins,

Mais dans lesquels nous errons,

Les fleurs du savoir,

Fleurs de sagesses,

Sont souvent encore, et pour toujours, je l’espère,

Ces livres : pierres plates d'un gué,

Bornes garde-fous dans la brume,

ou mâte faims pour tromper nos angoisses

de vivre.

 

Pour qu’un livre soit bon pour les enfants

Il faut qu’il soit tendre sans être fade,

Qu’il soit vrai sans être dur,

Qu’il soit logique sans être borné,

Qu’il soit farfelu sans être superflu,

Qu’il soit un plaisir et une peur,

Un enseignement et un ravissement.

 

Enfin qu’il soit un langage, clair et tangible,

Ouvrant pourtant,

Par des portes intimes et secrètes

Sur ces chambres obscures

De ce qu’on ne peut jamais complètement

Ni dire, ni lire :

Ce braille de l’âme, si furtif

Si fugace et fuyant,

Jamais totalement saisissable,

Mais que l’on décrypte en silence,

Des yeux, du cœur et des lèvres

Ou des bouts de nos doigts.

Ce langage que l’on devine encore,

Derrière le son des mots

Et dans le reflet des images  

A travers le tain des miroirs

Dans lesquels nous nous perdons,

Et, parfois, nous nous retrouvons,

Lorsque nous lisons.

 

Il n’y a pas de couleurs pour enfants,

Il y a les couleurs.

Il n’y a pas de graphisme pour enfants,

Il y a le graphisme, qui est

Un langage international d’images.

Il n’y a pas d’art pour enfants,

Il y a l’art.

Il n’y a pas de littérature pour enfants,

Il y a la littérature.

 

  

 



Article ajouté le 2007-04-23 , consulté 228 fois

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