60. CE QUE PARLER VEUT DIRE

SAINT HORTEFEUX FISSA-FISSA :

LE NOUVEL ÉVANGILE ET LES PAROLES QUI TUENT.

 

    «Les immigrés clandestins
ont vocation à être reconduits                dans leur pays d’origine.»

Cette phrase répétée à gogo, ce 28 juillet, sur RTL, Europe 1, et France inter, par les journalistes radio et qu’on pourrait leur attribuer puisqu’ils ne mentionnent même pas qu’elle fait partie du communiqué du ministre et qu’ils la répètent comme des perroquets obéissants sans indiquer qu’il s’agit d’une citation de communiqué ministériel et sans le moindre commentaire critique, est une double insulte infligée à ceux qui mendient à nos portes et au mot vocation lui-même.

A la suspicion qui s’était attachée au mot à cause de son allusion religieuse, à son bannissement fréquent du vocabulaire courant par les agnostiques, voilà que Saint Hortefeux Fissa-Fissa le détourne pour nous le présenter, vidé de son sens, et nous susurrer que dans tout esprit d’immigré déraciné qui aurait été forcé de venir chez nous et déplorerait d’y rester, il existerait une volonté inconsciente, suicidaire, de retourner à ses malheurs.

C’est gros ! C’est énorme ! Et pourtant dans ce creux mental des vacances, je n’ai pas entendu une seule voix pour s’insurger contre cet abus de langage !

Il est vrai que Sainte Sémiologie, pendant ce temps, s’est voilée la face. Normal ! Elle est en string, sur une plage, les seins à l’air, les yeux masqués par des lunettes de star car elle craint pour sa vue et le visage pommadé pour la protéger des vilaines taches sur le visage… Avec moi, tandis que je tente de la sortir de sa torpeur, perdant son calme parce que je la dérangeais, elle a refusé carrément de débattre et m’a renvoyé vers Alain Rey et le tribunal de la francophonie…

Mais où est Alain Rey aujourd’hui, remercié comme un gêneur ?... Et existe-t-il encore un ministère, un organisme, une velléité de conscience, en France,  pour défendre la francophonie et nous protéger des détournements de sens commis en hautes sphères, sous l’aile même de notre Président ?

Alors j’ai relu le livre d’Éric Hazan  “L.Q.R., la propagande au quotidien” publié dans cette collection fondée par Pierre Bourdieu “Raison d’agir” et j’ai mieux compris son analyse. Comme pour la L.T.I (Langue du Troisième Empire) mise en place par le Dr Goebbels pour mieux assurer les pouvoirs de l’Empire nazi, – Tiens, tiens, tiens !...– nous sommes passés aujourd’hui, insensiblement, dans la même continuité de domestication et d’asservissement des esprits, à cette langue détournée la L.Q.R. “Lingua Quintat Republicae ” (Lanque de la “Quintième” République), une novlangue en somme, qui consiste à vider les mots de leurs sens usuels pour que, falsifiés, ils sous entendent tout autre chose et, parfois, même le contraire de ce qu’ils signifiaient. Est “libéral” aujourd’hui tout ce qui profite aux nantis détenteurs de richesses et tout ce qui est contraire à la liberté de chacun.

 Une pratique de manipulation des esprits pas du tout laïque, ni neutre, ni morale, ni démocratique… mais plutôt économiquement “libérale”, politiquement et “compassionnellement” compréhensive et, surtout, ultra nocive pour notre lucidité et notre libre arbitre. Les objectifs de conditionnement des esprits sont évidents : faire que les victimes de cette stratégie de falsification soient elles-mêmes les reproductrices de leur contamination et que, propagés dans la presse, sur les ondes, dans les médias par des présentateurs mercenaires, ces mots piégés soient mieux gobés par les masses populaires pour leur “faire passer des vessies pour des lanternes”.

Quoi qu’il en soit, le pire est à prévoir. En terme de langage, bien entendu ! Monsieur Fissa-Fissa est polyglotte et n’interrompra pas si tôt sa brillante trajectoire de nettoyage. Il aurait tort de se priver. Maintenant que la droite, les riches et la richesse sont décomplexées – Alléluia pour eux !–    qui d’entre nous, sans être de mauvaise foi, pourrait penser que cette salutaire “décomplexification” des nantis aurait des effets néfastes sur le moral des plus pauvres ?... «Allons, allons, il ne s’agit rien de plus que de les faire rêver.»

Et quoi de plus simple pour faire rêver les plus pauvres que de les faire baver d’envie !

Conclusion : économiquement parlant, pour ne s’en tenir qu’au principe des vases communicants et de la causalité, tout le monde en conviendra, les riches décomplexés d’ici sont bien la cause des complexés de là. Sauf que pour la première fois on ose nous dire, avec l’arrogance de l’appui de 53% des Français, clamé unanimement par les membres du gouvernement en place, que ces riches qui mènent les affaires du monde ont des raisons d’être fiers de leurs richesses et n’ont pas à s’en tenir coupables.

Dans cet ordre d’idées, je connais ainsi de simples petits propriétaires de quatre sous, vivant chichement dans leurs deux pièces à Paris, ou dans un pavillon de banlieue en province, sorte de trous à rat gagnés péniblement à la sueur de leur front, qui depuis “ne se sentent plus”. Au point qu’ils estiment même que qui ne partage pas leurs idées politiques devraient s’excuser d’en avoir de différentes puisqu’ils ont perdu les élections.   

En vérité, comme dirait Gide,  je vous le dis Nathanaël, lorsque je pense à toutes ces belles demeures que nous aurons au ciel après notre mort, je me demande pourquoi, dans notre douce France, depuis l’avènement de notre nouveau Président, les riches se sont-ils mis en tête cette “vocation” de complexer un max les exclus, les pauvres, les sans rien, pour mieux leur faire comprendre que tout espoir pour eux d’accéder à une dignité humaine est résolument perdu.

  

Ma question finale, enfantine, reste donc : «Mais alors, maman, qui, dans ce monde d’ici bas, va bien pouvoir décomplexer les pauvres?»

                                               

 

 



Article ajouté le 2007-08-04 , consulté 162 fois

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