52 a. UNE PÉTITION CONTRE UN ARTICLE ALARMISTE DU MONDE



        Vous trouverez ci-après trois extraits tirés de  L'article du Monde du 30 novembre 2007, intitulé :
     "CET AGE VRAIMENT PAS TENDRE"
      écrit par Marion Faure, qui donnent le ton des
réflexions
alarmistes que la grande presse se croit autorisée à fournir une fois l'an, en période de fêtes, pour se dédouaner de ne pas accorder, le reste de l'année, plus de place et plus de crédit à une réflexion plus constructive et plus nuancée en matière de littérature pour la jeunesse.
     A y regarder de plus près, cet article ne fait qu'entériner une pratique politique bassement économique et commerciale de la grande presse mais déontologiquement restrictive pour ce qui est du service à rendre au public en ce qui concerne l'information des parutions et la critique des produits culturels offerts à la jeunesse. Il est clair que pour le journal le Monde, comme pour la plupart des journaux d'ailleurs, cet article, qui prétend réagir objectivement à divers livres récemment publiés, masque en fait très habilement le donneur d'ordre et ses raisons. Par le fond et par le ton, par le fait qu'on encense d'une part certaines productions et qu'on se croit obliger d'honnir d'autre part certaines autres tout en oubliant de citer une infinité d'autres productions certainement dignes d'être mentionnées, est pour moi la preuve du chantage que les nécessités commerciales d'une part et l'oubli ou l'inconscience déontologique des critiques d'autre part, tend à exercer, de plus en plus officieusement mais de plus en plus fermement, pour n'accorder aux éditeurs en "rédactionnel" que l'équivalent de ce qu'il peut débourser en achat d'encarts publicitaires. Il est dit en somme à ces éditeurs : Vous aurez 5 lignes de rédactionnels ou 2 livres cités à condition que vous souscriviez à un encart payé de 1000 euros ou plus...

      Je parle pour en avoir été victime puisque c'est ce chantage là que me fit "Libération" en 2003, lorsque après avoir envoyé les
10 livres que je venais de publier à Anne Diatkine, escomptant au moins une réaction de sa part et m'étonnant que ces livres ne soient pas mentionnés dans les "derniers parus", je pris mon téléphone pour en connaître les raisons. A ma grande surprise, la personne qui me répondit ne figurait pas au compte des rédactrices. Elle s’annonça sans me donner son nom en prétendant qu’elle n’était qu'une "commerciale" qui, en l’absence de toute personne disponible de la rédaction, prétendait prendre le relais pour me renseigner sur les prix et conditions des encarts publicitaires. J’eus vaguement le sentiment d’être manipulé et que la personne qui me répondait agissait sur ordres mais, la puce à l’oreille, je poursuivis pour en savoir davantage.

     Deux conclusions se profilaient : la première étant que rédaction et vente d’espaces publicitaires avaient partie liée et que, si bien cloisonnés que puissent être dans un organisme de presse les différents services, ils n’étaient pas pour autant complètement étanches et qu'en conclusion il ne fallait pas confondre comme je le faisais, de l'extérieur, – mais de l'extérieur seulement! –  les attributions et les pouvoirs des commerciaux et ceux que j'avais cru jusque là objectifs et désintéressés des rédacteurs critiques ; la seconde étant qu'il fallait d'abord, lorsqu’on espérait obtenir un compte rendu sur une production, s’engager à payer pour un encart de publicité avant d’obtenir la moindre petite part de rédactionnel critique et que cette part de rédactionnel, étant considérée comme de la publicité gratuite, elle serait, elle, plus ou moins étendue et plus ou moins circonstanciée, mais laissée tout de même au libre jugement de la personne qui écrirait l’article, si ma participation en achat d'espace était plus ou moins conséquente…

     Comme je persévérais pour savoir où cela me mènerait, la commerciale de service changea de tactique et se présenta alors comme une “Madame bons offices” et comme une négociatrice prête à faire l’impossible pour qu’une part de rédactionnel me soit accordé… L’entretien tournait au chantage et me mettait mal à l’aise. En tout cas, la preuve était faite que la connivence entre commerciaux et rédacteurs existait et que je m’étais fait des illusions.




       Pour l'heure, ces choses étant dites, vous lirez dans la suite les extraits de l'article du Monde les plus sinistrement caricaturaux que j'ai retenus et ils seront 
suivis de la pétition en forme de droit de réponse, que demandent, à juste titre, les auteurs-créateurs mis en causes : éditeurs, directeurs de collections et auteurs (teures) dont les livres ont été dénigrés et qui se sont sentis, à divers titres, injustement contestés et mis à l'index au nom de principes sécuritaires rigoristes un peu trop facilement et illusoirement invoqués.
       C
ette pétition est présidée par le jeune et brillant éditeur, non uniquement spécialisé pour enfants, qu'est Thierry Magnier, directeur aussi, par ailleurs, du département jeunesse à Actes Sud.
       Thierry Magnier, éditeur de vocation et pas d'héritage, ainsi que ses collaborateurs (trices) signataires
de cette demande de droit de réponse, invoquent des arguments de fonds et de terrain, irréfutables parce que pragmatiques et sensés puisqu'ils ne sont pas le fruit de recettes précautionneuses préventionnistes arbitrairement déterminées comme "non nocives pour n'importe quels adolescents" mais,  à partir d'une politique intelligente d'auteurs et de défense de la littérature, sont le résultat d'un vrai travail de recherche et de création
     Pour qui connaît Thierry Magnier, ses directeurs (trices) de collections et ses auteurs, ou bien Justine de Lagausie des Éditions Milan, sa collection "Macadam", et deux de ses auteures : Chloé Moncomble et Sophie Chanourdie... – tous
"incriminés" par l'article si peu amène du Monde –, il ne fait aucun doute que leur sincérité, leur bonne foi, leur authenticité de créateur et la véracité de leur engagement au service de la jeunesse ne peuvent être suspectés.
 
     EXTRAITS DE L'ARTICLE DU MONDE :

      Extrait 1 :

     «Mariette Darrigrand le confirme : non seulement les livres pour adolescents ne correspondent pas forcément à leurs attentes, mais "ils peignent une vie adolescente fantasmée par les adultes".Pour la sémiologue, ce regard faussé est lié au fait que notre société est en pleine mutation ; "l'ado, parce qu'il est le mutant par excellence, est chargé d'incarner un questionnement sur l'identité qui est celui de la société en général. Autant on a mythifié la petite enfance, autant l'ado est devenu une figure de l'angoisse, et c'est peut-être dans la littérature jeunesse que cela se voit le plus."

     Extrait 2 :  « Élan et enthousiasme
      Or, les spécialistes le disent, Marcel Rufo en tête : la plupart des adolescents vont bien.

     C'est "un âge de conquête" (La vie en désordre, Voyage en adolescence, Ed Anne carrière, 258 pages : 18, 50 euros), plein d'élan et d'enthousiasme, où le bonheur est possible. Mais ce bonheur adolescent n'est pas relayé par les médias ou la littérature. C'est ce que déplore Mariette Darrigrand : "Rien ne vient incarner un véritable appétit de vie. Notre société européenne n'est plus progressiste, ce qui rend impossible une vision d'avenir, et l'optimisme qui l'accompagne. Pourtant, c'est ce dont les adolescents ont besoin : rêver à une vie meilleure."

          Extrait 3 :

      1. Sur le suicide, l'Ombre d'Adrien de Cathy Ytak (Syros, 160 pages : 10 euros). Sur la vie d'enfants des rues au Brésil, Un garçon comme moi, de Rosa Amanda Strausz, (Seuil jeunesse, 80 pages : 7,50 euros) ; et à taïwan, Enfants des rues, de Chang Ta-Ch'un (Babel j. 184 pages : 6,50 euros).

      2. Un obus dans le cœur, de Wajdi Mouawad ; Quand les trains passent…, de Malin Lindroth ; Kaïna-Marseille, de Catherine Zambon (Léméac-Actes Sud Junior, "D'une seule voix" (80 pages : 7,80 euros)

       Signalons également la nouvelle édition du Dico Ado, Les mots de la vie, sous la direction de Catherine Dolto, Gallimard jeunesse-Giboulées ( 640 pages : 26 euros ; ainsi que Paroles pour adolescents de Françoise et Catherine Dolto et Colette Percheminier (Folio, 208 pages : 6 euros)

                            L'article est signé Marion Faure.

       

       En réaction à cet article "Un âge vraiment pas tendre" et en vue d'exiger un Droit de réponse, voici la pétition proposée par les responsables des Editions Actes Sud, les auteurs(res) et les directeurs (trices) responsables de la collection "D'une seule voix" et en particulier par Thierry Magnier, Directeur du Département Junior auxquels se sont adjointes : Justine de Lagausie des Editions Milan, et deux de ses auteures : Chloé Moncomble et Sophie Chanourdie ainsi que beaucoup d'autres personnalités du monde de l'édition.


      Thierry Magnier a écrit :

         Bonjour,
        Vous trouverez ci-joint le droit de réponse que nous souhaitons exercer dans le quotidien Le Monde, suite à l¹article "Un âge vraiment pas tendre"
paru dans son édition datée du 30 novembre, article mettant en cause la collection "D'une seule voix".

        Nous sommes d'autant plus inquiets et vigilants qu¹un courrier d'avertissement de la Commission de surveillance et de contrôle des publications destinées à l'enfance et à l'adolescence au Ministère de la Justice, tendrait à nous imposer l'apposition d'une mention d'un âge minimal de 15 ans sur deux titres parus dans cette même collection : "Quand les trains passent" de Malin Lindroth et "Kaïna Marseille" de Catherine Zambon.
      Devrait-on laisser sous silence ce qui vise à limiter, entraver, l'expression d'une Littérature de jeunesse exigeante et le travail de tous les passeurs de livres ?
      Nous comptons sur vous pour diffuser ce message au plus grand nombre.
     Actes Sud Junior ­ www.actes-sud-junior.fr

  A noter : Titres de la collection "D'UNE SEULE VOIX" sélectionnés pour des prix :            
       EUR : "Quand les trains passent" de Malin Lindroth et "Rien dire" de Bernard Friot   
        PRIX Télévision Suisse Romande littérature Ados (catégorie dès 13 ans) : "Rien dire" de Bernard Friot
        EUR : pour le prix des Lycéens Autrichiens : "Rien dire" de Bernard Friot  
       EUR : pour le prix Sainte-Beuve des Collégiens : "Le ramadan de la parole" de Jeanne Benameur  
       EUR : pour le prix Sésame de la fête du livre de jeunesse de Saint-Paul-les-Trois-Châteaux (sélection élèves de 4ème) : " Kaïna-Marseill de Catherine Zambon

 
     
      TEXTE DE LA PÉTITION :

     « Il n'y a pas d'âge pour la littérature. Une bonne fois. Cycliquement se pose cette question rebattue de l'âge. Nous le savons, personne ne bronche plus lorsque l'habitude a été prise de considérer un texte comme étant "pour la jeunesse". Qui s'interrogerait aujourd'hui sur la légitimité de Molière ou de Victor Hugo à être lus dans les collèges ? Pourtant, Mme Rimbaud s'offusquait que le professeur d'Arthur lui ait donné à lire Les Misérables ! Rions.

         Et ça continue.

        Aujourd'hui on voudrait rabaisser la littérature contemporaine à "un travail de reporters en âges troubles, tentant de se mettre dans la tête d'un ado".

        Non. Les œuvres incriminées ne sont pas ce qu'on voudrait nous faire passer pour du fait divers aguicheur.

          Petite mise au point. Il ne s'agit pas dans la collection "D'une seule voix" de récits mais de monologues intérieurs, d'une parole, n'en déplaise à Marion Faure. Et c'est une différence d'importance. Encore faut-il prendre le temps de lire vraiment.

       Et surtout, ces monologues sont des textes d'auteurs.

      Cela veut dire que chaque mot en a été pesé, qu'un écrivain a passé du temps de sa vie à faire advenir ce qui peut être partageable, universel, quel que soit l'âge. Ce sont ces voix que nous voulons faire entendre dans cette collection. Des voix d'auteurs comme Wajdi Mouawad, Catherine Zambon, Malin Lindroth, et nous ne laisserons pas dire qu'ils entraînent le lecteur dans des univers "malsains"… Parce que nous estimons qu'ils ont fait œuvre.

      L'adolescence, pas plus que l'enfance, n'a d'âge. C'est bien là la difficulté.

      Il y a des lecteurs qui seront toujours arrêtés par certains textes et cela n'est pas une question de date de naissance. D'autres ont lu à un "âge" supposé précoce des œuvres qu'on ne leur réservait pas.

      Les êtres humains ne sont pas réductibles à leur carte d'identité.

      Décidément.

     La vigilance extrême qui est la nôtre porte sur le texte. Toute souffrance se réfléchit dans la littérature qui permet de prendre le recul nécessaire pour l'envisager, voire la dévisager. Les émotions les plus intenses, nous pouvons les éprouver sans craindre qu'elles ne broient notre réalité si, et seulement si, elles ont été travaillées par la création. Lorsque des spectateurs vont voir couler le Titanic, ils paient leur place pour pleurer et non pas se noyer (ne serait-ce que dans leurs larmes… !). Claude Simon a très justement écrit dans Orion aveugle que jamais aucun incendie allumé dans un livre n'avait mis le feu à une maison.

       Nous le croyons.

       Nous croyons aussi que les jeunes filles et les jeunes gens sont intelligents et qu'ils ont droit à la littérature.

      Ils savent faire la différence entre la place de voyeur qui leur est largement offerte dans les médias et celle de lecteur.

      Lire permet d'être sujet, visionnaire et non spectateur. Libre. C'est peut-être pour cela que les livres sont toujours les premiers attaqués lorsqu'une société installe la peur comme moteur des relations humaines.

     Un article tel que celui paru dans Le Monde ne peut que légitimer les discours obscurantistes qui visent à entraver et réduire le travail de tous les passeurs de livres : libraires, bibliothécaires, enseignants.

    Lire est un risque.

    Editer est un risque. Nous sommes fiers de l'assumer.

    Vient ensuite le temps de l'échange, autre pari, vital, que Dolto entre autres a rappelé.

    Les livres ne sont pas obligatoires.

    Ils sont nécessaires à toute pensée qui se construit.

    Pétition rédigée par

    Jeanne Benameur, Claire David, (directrices de la collection "D'une seule voix", François Martin, éditeur et Thierry Magnier, directeur d'Actes Sud Junior.

    Nous comptons sur vous pour diffuser ce message au plus grand nombre.

     Actes Sud Junior ­ : www.actes-sud-junior.fr

      Pour ma part, estimant ne pas pouvoir signer cette pétition mais estimant devoir encourager les lecteurs à s'engager et à prendre position, je leur demande de trouver dans les commentaires qui font l'objet de mon article 52 b et dans ma réponse personnelle à Thiery Magnier, en 52 c, toutes mes justificatives.

                                     F. RUY-VIDAL (22/12/2007)




Article ajouté le 2007-12-26 , consulté 142 fois

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