52 e. RÉPERCUSSIONS AUTOUR DE CET AGE VRAIMENT PAS TENDRE

(Suite de l'article 52 d)

 
      On en rajoutait bien entendu car les faits parlaient suffisamment d'eux-mêmes. On comprenait très bien que cette femme simple, habituée comme elle était à être montrée du doigt, à en voir de vertes et de pas mûres dans sa vie de tous les jours, sans rôle social valorisant, résignée à accepter sa condition et sa mauvaise réputation, puisse, une fois arrivée dans ce temple du bon goût qu'était le Louvre, se trouver désarçonnée par cet étalage impudique qui lui semblait relever de l'exhibitionnisme de "choses pas permises"et donc de l'aberration. Contradiction inadmissible pour elle : Comment ces gens biens qui se voulaient si respectables pouvaient-ils honorer et célébrer au grand jour, alors qu'on la condamnait à la clandestinité, tant de concupiscences ?...

       Confrontée aux représentations des peintres, toutes ennoblies qu'elles fussent par le talent, l'inspiration et la sublimation des artistes, on pouvait comprendre qu'une paysanne,  même si elle n'était pas sotte en perde ses repères.
    Non, non et non!...La putain à cent sous ne pouvait accepter qu'on puisse tolérer au grand jour, à ciel ouvert, sous ces plafonds lambrissés, en dehors des bordels de l'époque, un tel étalage de nudités et de chairs crûment offertes ! Et encore moins devant tant d'honnêtes gens, « ...des gens de la haute, monsieur! Des gens comme il y en a peu, vous pensez bien, si propres sur eux, venus si richement habillés, en chapeaux et plastrons amidonnés, gantés, en lavallière et crinoline!... », s'enorgueillir des raffinements et des sublimations des expressions des beaux arts!

    J'ai parfois pensé que j'avais peut-être exagéré, en 1972, en rapprochant Françoise Dolto de cette "Putain à cent sous" mais j'ai chaque fois fini par décider de défendre et de justifier cette comparaison puisque en fin de compte je pensais qu'elles avaient toutes deux le même jugement faussé et les mêmes inclinations à exagérations sur les effets que pouvaient procurer pour l'une les tableaux naturistes du Louvre et pour l'autre les illustrations chargées d'affects et de sensorialité. Je ne voyais par ailleurs aucune raison de ménager une personne qui pour servir ses démonstrations et ses intérêts, se laissait aller, sans retenue, sans nuances et sans respect de ma personne, à énoncer, au travers de livres que j'avais publiés mais que je n'avais ni écrits ni dessinés, de fausses vérités meurtrière


     

     Je ne voyais par ailleurs aucune raison de ménager une personne qui pour servir ses démonstrations et ses intérêts, se laissait aller, sans retenue, sans nuances et sans respect de ma personne, à énoncer, voyant au travers de livres que j'avais publiés mais que je n'avais ni écrits ni dessinés, de fausses vérités meurtrières relatives à ma nostalgie de pré-génitalité, ou à de présumées tentations génocidaires que j'aurais pu avoir pour me venger de la classe possédante.

    Aujourd'hui, je pense même, résolument, qu'elles sont toutes deux, en tout point, interchangeables, sauf que l'une méritait bien ces cent sous pour service rendu à Charles Baudelaire et que l'autre ne vaut pas le penny du prix d'une passe.

         La pruderie donne souvent des ailes d'ange aux pisse-froid, ainsi qu'aux correcteurs et objecteurs de conscience, aux inquisiteurs de tous bords et surtout aux redresseurs de torts… Des ailes d'ange qui leur font perdre la notion des contingences relatives pour fustiger ceux qui, sans être des pervers, pensent que pédagogiquement, les enfants, humainement, dans leur propre intérêt, ont besoin d'être instruits des réalités et des cruautés du monde pour ne pas être exposés ensuite, fatalement et sans défense, à devenir la proie des prédateurs et des pervertis ainsi que de tous les rouages de pervertissements qu'ils inventent et que notre société libérale civilisée exploite.

Confondre l'éveilleur de conscience et le corrupteur d'esprit, n'est-ce pas au fond le reproche qu'on a fait, en leur temps, à Montaigne, à Rabelais, à Rousseau, à Voltaire?… et à tous ceux qui, après eux, dans tous les domaines ont tenté et tenteront de ne pas laisser la culture patauger dans ses jus acquis, se rabâcher et s'encroûter entre les mêmes mains pieuses mais pétrifiantes des autorités morales et religieuses et des bien pensants?...

Alons, allons, mon cher Thierry, chantons plutôt pour exorciser et sortir du périmètre démonisé : « C'est la faute à Montaigne ou c'est la faute à Rabelais, c'est la faute à Voltaire ou c'est la faute à Rousseau...» et continuons de défendre la littérature et ceux qui la servent en laissant dégoiser et plaider pour leur paroisse tous les chantres et les duègnes théoriciens (ciennes) sécuritaristes utopiques. Il faut savoir laisser aux saints et aux saintes le bonheur de se délecter de leur naïveté et de leurs hallucinations, de leur délire extatique, de leurs imprécations et de leur aberration à croire qu'ils corrigeront le monde par des messages moralisants, des préceptes de coercition, des censures et autres stimulations positivistes.

La seule chose qu'en l'occurrence on pourrait leur dire et en employant leur langage serait que les adolescents, s'ils ne sont pas des anges, sont des petits d'hommes et de femmes et qu'ils ont aussi une âme. Et que cette âme est rusée, subtile, méfiante, perspicace… qu'elle a des yeux, des radars, des sonars et des gyrophares et des périscopes qui la dote de flair, d'instinct, de préscience et lui permette de trouver, au cours des diverses confrontations avec les réalités – et particulièrement, pour ce qui concerne notre sujet, dans la littérature lorsqu'elle n'est pas falsifiée –, des réponses qui les rapprochent de leurs angoisses avant même que ce soit le contraire.

Pour ma part, je suis certain que cette âme sensible, qui devine avant même de lire, qui sent avant de comprendre, ne se laisse pas facilement berner et entourlouper par des leçons de morale à deux sous, pétries de bons sentiments, fussent-elles à ambitions louables, dynamiques, tonifiantes et constituantes des jeunes identités, donc à considérer en tout point, les yeux fermés, comme recommandables. Je suis même certain que les adolescents savent, à leur niveau, très vite flairer la contrefaçon littéraire et reconnaître les duperies des donneurs de leçons quand ces leçons sont fabriquées tout exprès pour leur dorer la pilule.

Comment mieux te dire, pour t'encourager, que ce qui t'arrive est dans l'ordre des choses et correspond à ce que je te disais plus haut de la fonction de filtre sélecteur et régulateur des codes établis par les hautes autorités, leurs sages et leurs experts qui président à la gestion de nos destins sociaux. C'est dans ces zones-là que l'on voudrait que ce qui est conforme et salutaire pour tous, et particulièrement pour les enfants, se décide et se respecte. Qui oserait contester ces bons principes et qui pourrait s'opposer, sans malveillance, et s'élever contre leur application sans s'attirer les réprobations et les foudres des représentants de ces autorités institutionnalisées?... 

    Là est le bât qui blesse et même le pire parfois car il en est de ces représentants comme de toutes les espèces : ceux éclairés et compétents, véritablement concernés et soucieux du bien-être et aussi, en même temps, des potentiels intellectuels et psychiques des enfants et de la jeunesse, mais aussi tous les autres, ceux que j'ai autrefois appelé les sbires, les chantres et les duègnes, dont les capacités, les compétences et les motivations ne sont pas exemptes de défaut même si leurs diverses attributions et leurs fonctions sont de veiller et d'accompagner dignement la jeunesse. Après l'anathème Dolto, j'ai pu constater comment, faisant tache d'huile, comme marée remontant à la vitesse d'un cheval au galop, le sécuritarisme qu'elle préconisait, a envahi, par zones géographiques entières parfois, des professions de prescripteurs(trices)qui, avant cela, se préoccupaient encore, par souci de bien faire, de chercher en quoi, comment, avec quels livres... elles pourraient contribuer à éveiller la conscience des enfants.  

Rupture brutale dont je fis les frais car au fur et à mesure  que ce sécuritarisme se répandait, mal plus pernicieux encore que celui qui, dans les esprits alertés, était supposé "répandre la terreur", on me sollicita moins à l'occasion de colloques ou même dans les Écoles Normales, pourtant souvent considérés comme des lieux où le bouillonnement pédagogique est permanent et où j'avais, comme en étant issu, mes entrées. J'étais devenu une personne suspecte dont la production présentait toutes les caractéristiques de ce qu'il valait mieux ne pas faire en édition. En conséquence de quoi, on convenait que pour que le public ou les spécialistes s'expriment plus librement, qu'ils puissent disséquer à leur aise les livres en les confrontant à tous les dangers décelés par Dolto, il valait mieux en parler en dehors de ma présence. « On a beaucoup parlé de vous à Toulouse, me disait-on, par exemple, souvent, lorsque j'étais à Tarbes ou à Albi, à Carcassonne, Montauban ou bien à Pau...»

Ainsi, je ne fus jamais invité à Toulouse et fus bien forcé d'accepter qu'en certaines villes et régions, en fonction de la résonance de ce sécuritarisme, c'est à dire de l'influence culturelle de quelques sbires plus ou moins rigoristes et ultra prudents, je n'étais pas le bien venu. De toute façon, depuis la parution de cet article, le sujet lui-même était plombé puisqu'il n'était plus question en matière de livres nouveaux, non pas de ceux qui traitaient d'une manière nouvelle la littérature  pour favoriser d'autres types de lectures et de communications entre adultes et enfants, mais de ceux justement qui n'étaient pas nuisibles d'une façon générale au développement psychique des enfants. Les débats qui jusque là, grâce aux interventions de quelques uns des spécialistes de la Littérature de Jeunesse, dont Marc Soriano, Janine Despinette, Christiane Abbadie Clerc et Jean Fabre de "L'École des Loisirs en particulier, s'étaient enrichis, ouverts et élargis, par d'autres perspectives culturelles et par des apports de vue plus en adéquation avec les sciences humaines, avaient été ramenés, par contamination, du fait que l'élément de sécurisation prenait maintenant la première et parfois la place entière dans les discussions autour du livre, au niveau le plus élémentaire.

Geneviève Patte, Isabelle Jan, François Faucher, je le répète, pour des raisons qui les arrangeaient, et quelques autres que je ne citerai pas puisqu'ils n'eurent pas le courage des premiers en me disant tout haut qu'ils partageaient les points de vues et les thèses de Françoise Dolto, s'étaient rangés du côté institutionnel du conservatisme prudent. Je ne fus plus jamais convié à rencontrer des bibliothécaires pour leur expliquer comment et pourquoi tel ou tel autre des livres que je publiais ou que je me préparais de publier me semblait intéressant pour les jeunes. J'appris par contre que lorsque mes livres étaient présentés et abordés dans les formations de bibliothécaires, dans le bastion sectaire de "La Joie par les livres" notamment,  c'était toujours pour leur accoler au préalable l'étiquette discriminante de "controversé". La rumeur aidant, la gloire de Dolto faisant table rase des charges excessives auxquelles elle s'était livrée et du peu d'envergure de ses perspectives, de ses limitations mêmes lorqu'elle envisageait le sujet littérature et ses illustrations, je fus amené, plus de trente ans après, à constater à la Halle St Pierre, que ses accusations, ses calomnies, ses falsifications, sorties de leurs contextes et brandies comme des vérités irréfutables, étaient reprises par Jean-Claude Uttard, probablement parce qu'il n'avait rien d'intéressant à dire sur le sujet, non pas pour élargir le débat mais pour le limiter et pour le ramener encore à cette sempiternelle question sécuritaire.

Non, à mon grand regret d'ailleurs puisque une partie de ma famille y vit encore, je ne fus jamais invité à Toulouse et fus bien forcé d'accepter qu'en certaines villes et régions, en fonction de la résonance de ce sécuritarisme, c'est à dire de l'influence culturelle de quelques sbires plus ou moins rigoristes et ultra prudents, je n'étais pas le bien venu. Le plus révélateur pour moi fut tout de même de constater que parmi ces sbires, chantres et duègnes, les pires n'étaient pas toujours les patentés salariés de ces autorités mais les autres, les infiltrés, des bénévoles, des catholiques extrémistes et des politisés le plus souvent, idéologiquement convaincus qu'ils se devaient d'être aux ordres de ces autorités de conservation et de régulation de notre santé publique.

Voilà mes arguments en te priant d'excuser leur longueur et en te demandant encore de comprendre les raisons qui m'incite à ne pas pouvoir, pour cette fois, vous rejoindre. Par contre, je te promets, mais sans savoir encore de quelle manière, de vous marquer ma solidarité et de témoigner, de là où je serai, comme je le pourrais, par les quelques voies dont je dispose, publiquement si l'occasion m'en est donnée, mon indignation   

A toi, mon cher Thierry, mon cher confrère et ami, en te renouvelant mes encouragements pour que "D'une seule voix" persévère et que tu ne te laisses pas abattre par ces relents opportunistes d'inquisition morale.

            Bien à toi.   (terminé le 11 janvier 2008)

 

ATLA, ATLA !...
LES POSITIVISTES SONT LA !...

                                             OU

                        « AVEC DES HISTOIRES,

            MÊME LES PLUS AFFREUX DES ADOS

               DEVIENDRONT DES AGNEAUX!»

         Un article du Monde, journal qui ne fait plus recette mais dont la France ne pourrait se passer, se croit moralement obligé d'offrir, à la veille des fêtes, dans le numéro du "Monde des livres" du 30 novembre 2007, sans doute pour mieux frapper les esprits puis se flatter de les rassurer, probablement aussi en guise de cadeaux de fin d'année, à des parents par ailleurs déjà suffisamment inquiets, un article des plus alarmistes et même plutôt cinglant et décourageant pour certains jeunes éditeurs, directeurs (trices) de collection et auteurs (teures), courageux et de talent.     

      L'article s'intitule "UN ÂGE VRAIMENT PAS TENDRE" et met en parallèle, assez malignement à mon avis, un certain nombre de titres publiés cette année, dans des collections destinées aux adolescents de plusieurs éditeurs, éditeurs allant des plus classiques donc considérés par Marion Faure, la journaliste du Monde, comme vénérables et intouchables, – Alors pourtant, qu'ils préfèrent, généralement, plutôt que de prendre des risques en matière d'innovation en littérature de jeunesse, exploiter les produits de recettes étrangères (Harry Potter par exemple) ou même les filons découverts chez nous, à hauts risques et de haute lutte par de jeunes éditeurs plein d'allant mais toujours,  bien entendu, après que ces filons aient été éprouvés et approuvés par le public – aux autres éditeurs moins établis dans le vaste landernau juteux des productions pour la jeunesse, donc moins assurés de rentrées régulières et plus susceptibles de prêter le flanc à la suspicion.

    Le parallèle que Marion Faure établit entre ces vénérables et ces soupçonnables est injustement odieux lorsque l'on a pu vérifier comme je l'ai fait que ces derniers sont généralement moins graveleusement précautionneux en matière de novation et de recherche, qu'ils sont plus courageusement aventureux parce que moins installés dans les plis et les replis de leur auto-considération, parce qu'ils sont plus près et plus directement liés aux jeunes auteurs, plus motivés et concernés par la découverte de jeunes talents en écriture et, à cause ou grâce à leur âge, plus en prises, plus "branchés", sur les contextes sociologiques de notre époque donc plus à même de fournir à leurs jeunes lecteurs (enfants, ados et grands ados), par le biais de la littérature, un miroir de ces contextes dans lequel ces lecteurs pourront retrouver, s'ils le décident  un écho de ce qu'ils ressentent.

       Le conformisme et la prudence clamés par Marion Faure, journaliste du Monde, et par Mariette Darrigrand, la sémiologue qu'elle interviewe, à coups d'invectives alarmistes, vont dans le sens radical du principe de précaution, selon lequel, en matière de livres pour ados : il faudrait plutôt ne rien proposer que de proposer des livres qui pourraient inquiéter et  aggraver les cas (psychiques, sociaux, familiaux, catégoriels...) de certains jeunes individus, fragiles en raison de leur âge et fragilisés par les contextes dans lesquels ils grandissent.

       Bien entendu, si Marion Faure cite avec juste raison Marcel Ruffo, elle oublie de mentionner Boris Cyrulnik et son principe de résilience, ou bien les remarques pertinentes de Aldo Naouri sur les tendances à mettre en doute, au sein de la cellule familiale, au prétexte de phallocratisme ou de libération féminine, l'autorité des pères ...Fort habilement encore, la journaliste évite de citer Edwige Antier, celle qui s'était efforcée de prendre, sur les ondes et dans le cœur des mères angoissées, la place de Françoise Dolto, et là, pour cet évitement, nous poussons un ouf de soulagement : c'est déjà ça!...

 Dans cette optique d'angoisse mais a contrario de ce qu'on pouvait attendre de Marion Faure et de Mariette Darrigrand, à savoir d'apprendre d'elles et d'envisager, avec elles, l'état des dangers qui menacent les adolescents et les éventuelles solutions qui pourraient être mises en place, nous n'avons droit ni à un recensement plus ou moins exhaustif des facteurs de trouble, ni à la moindre citation concernant les négligences gravement perturbantes dont la société des adultes –  Est-ce bien de cette société libérale avancée dont nous parlons?... – est responsable. Par contre, probablement pour angoisser davantage, faisant totale abstraction des impacts que peuvent  exercer sur la jeunesse les jeux vidéos et autres divers et multiples produits fabriqués à la chaîne par le libéralisme d'une société de consommation qui n'a aucun scrupule à inonder le marché, (particulièrement à l'attention des plus jeunes) pour divertir, conditionner et, en définitive, formater les esprits, les deux signataires de l'article du Monde ne font pas dans la dentelle et dans leur charge, par manque de précaution justement, choisissent de ramener pour les comparer tous les livres à deux sortes très précises : ceux nuisibles qui auraient des effets néfastes et les autres, livres fées, chargés de tous les bienfaits.

C'est dans cet excès d'honneurs faits aux livres, aux vertus et aux vices qu'ils recèleraient, aux pouvoirs extraordinaires qu'ils détiendraient, pouvoirs que Marion et Mariette leur prêtent, que l'article, cessant de paraître dans sa radicalité aussi efficace qu'il paraît au premier degré, dérape et devient aussi caricatural et dérisoire que s'il nous disait, se référant aux temps de l'Inquisition, l'index levé au ciel, que les livres sont de véritables instruments du Diable ou du bon Dieu. 
      Une chose est sûre : Marion Faure et Mariette Darrigrand, personne ne peut en douter, croient toutes deux, dur comme fer, aux pouvoirs des livres. Ce sont pour elles des instruments intellectuels par excellence, propres à conscientiser et à encerveler, ou au contraire à laver les cerveaux et à décerveler pour ouvrir la porte à l'inoculation de tous les égarements de l'esprit. A interpréter ce qu'elles suggèrent, les livres auraient, intrinsèquement, milles vices et mille vertus et procèderaient, dans l'esprit des jeunes adolescents, un peu à la manière magique des tendances Harry Potter, par la fréquentation, par effets de contaminations et par l'alchimie d'une sorte de philosophie christique du mal, du bien et de la rédemption, soit à des dommages irrémissibles causes de tous les malheurs du monde, soit, au contraire, à des guérisons de maux psychiques et même à des régénérations et des sauvetages d'âmes perdues. 
     Marion Faure et Mariette Darrigrand ne font pas dans la nuance. Elles sont plutôt même, quoique très habilement, catégoriques : ne sont recommandables, parmi tous les livres mis sur le marché courant 2007, que certains livres très précisément cités : ceux, justement, dont les buts avoués,  par la divulgation de principes moraux et par l'exemplarité – avec toutes les limites que cela comporte –, sont d'apaiser, de rassurer, de normaliser et bien entendu de formater les esprits. En vue prioritaire de guérir tous les adolescents rétifs de toutes leurs angoisses de vivre et de mieux les faire, pour s'intégrer à la société, rentrer dans l'ordre.

Rien de nouveau à cela : Tout le monde sait très bien que les livres recommandables par tous et pour tous correspondent à des catégories d'écrits fourbies par des spécialistes de l'enfance et de la jeunesse, selon des recettes d'innocuité immuables. Des livres de missionnaires en somme, fabriqués selon des recettes acceptables pour tous, induisant une nourriture spirituelle assainie et pasteurisée, analogue à celle que l'on donne à des élevages de poulets en batterie.

Aux commandes de ces officines spécialisées  expertes en livres aseptisés, on retrouve bien entendu et en premier lieu, des enseignants pédagogues, ceux "appelés" à la pédagogie, mais très rarement ceux qui l'exercent, et ceux qui philosophent et ratiocinent sur les arts et moyens d'enseigner, dont on serait en droit d'attendre, puisque les livres font partie de leur mission "d'instruire et plaire" et de leur domaine d'élection, qu'étant artisans de terrain, ils soient plus concernés que toutes les autres catégories de prescripteurs(trices) par les contenus de fonds et de formes et par les effets des livres (d'éducation ou de loisirs) offerts aux enfants. 

A leurs côtés mais quelquefois même sans eux, on trouve des armées et plus encore de spécialistes en psychologie ou en psychiatrie typiquement issus et mis en place par le développement des sciences cognitives après 1945, métiers de femmes par excellence puisque intellectuels, valorisant socialement, non salissants et non pénibles physiquement : assistantes d'éducation, pédiatres, orthophonistes, sociologues, psychologues, psychiatres et à leur suite toutes les combinaisons possibles telles pédo-psychiatres, psycho-pédagogues,   psycho ou ethno-sociologues...etc.

Et, parmi tous ces psys, quelques bibliothécaires formées sur le terrain, après études universitaires sérieuses et quelquefois des licences et des doctorats mais qui ont rarement abordé un enseignement sur la psychologie de l'enfant.

Ces livres d'officines et de missionnaires ne naissent pas, ne peuvent pas naître, spontanément. Pour eux, avant d'aller sous presse, c'est le gymkhana d'épreuves avec parcours d'obstacles obligés et approbations multiples donc avec corrections et rectifications à tous les niveaux. On est sûr au moins en fin de parcours que le produit fini est parfait et qu'il ne dérangera personne et qu'il peut être estampillé : "bien sous tous rapports".

Cette manière de concevoir et de produire des livres a ses défenseurs et n'est pas près de céder le pas.  Reste à savoir si les livres qui sortent de ces missions,  extrêmement préventionnistes et précautionnistes, dont le principal souci depuis la conception jusqu'à la dernière main n'a été que d'exclure tous les sujets et détails qui pouvaient faire des vagues, comportent encore, même si, effectivement, ils contiennent tous les ingrédients positifs pour rassurer les parents en premier lieu mais aussi, consensuellement, toutes les diverses catégories d'Institutions de prescription, tout ce qu'on est en droit d'attendre d'un livre et qu'un livre peut nous apporter.

Je veux dire par là qu'à trop ménager ses effets, qu'à trop programmer ses attendus et même si ces livres peuvent paraitre, à première vue, irréprochables, il n'est pas forcément obligatoire que ces livres recèlent ces qualités essentielles qu'on est en droit d'attendre d'un livre, celles de vivacité d'inspiration, d'originalité, de promesses inespérées, d'excepionnalité, qui font qu'un livre d'auteur, né d'une imagination imprévisible, d'un tempérament et d'une sensibilité particulières, nous surprenne, nous interpelle, nous désarçonne, et nous indispose parfois même, tout en nous faisant découvrir des aspects de nous-mêmes, des autres et du monde que nous n'aurions jamais découvert sans lui. 

Si ces livres de missionnaires mercenaires, recommandés et recommandables par n'importe qui et par tout le monde, ont à l'évidence, pour première qualité – puisque tous les sujets et écueils susceptibles, à la réception, de choquer l'opinion majoritaire des prescripteurs(trices) ont été scrupuleusement gommés ou savamment  contournés –, d'être inoffensifs et de ne causer aucun préjudice à quiconque, ils ne garantissent pas non plus cependant qu'ils auront des applications salutaires et qu'ils serviront à la jeunesse à se découvrir en découvrant les autres et les réalités du monde.

Une chose est sûre : les bréviaires qui étaient autrefois appris par cœur, avec les résultats plus que douteux qu'ils généraient, résistent toujours et ont encore, aujourd'hui, leurs adeptes. Je veux dire par là, hélas, que tout le monde, parmi ceux qui s'intéressent au livre, n'a pas le sentiment, Marion et Mariette font partie de cette classe-là, que les bréviaires ont"fait leur temps" alors que nous vivons dans une autre galaxie. 

Libre à elles de penser avec certains utopistes évangélistes de rester persuadés qu'il s'agirait encore, tout simplement, pour corriger les méfaits du siècle, d'une dose en plus de spiritualité sous forme de bons conseils pour suffire à enrayer et à améliorer la partie tribale, instinctive, animale, reptilienne, pulsionnelle, de notre fond humain commun.

Mais je pense que personne, en milieu éditorial littéraire, hormis les préventionnistes de tous genres parmi lesquels les bigots-cathos et les bigots-laïques formalistes convaincus, ne peut encore, de nos jours, jurer et soutenir que ces livres "inattaquables", aussi bien conçus qu'ils puissent être, puissent apporter, pour les jeunes à qui on les recommande, ces données vivantes, vibrantes, imprévisibles et inattendues, attractives parce que complexes, surprenantes et contradictoires, dont un livre d'auteur est originalement pétri.Presque personne ne croit en eux, c'est un fait, mais voilà, ils rassurent les prescripteurs donc ils se vendent, donc ils sont indéboulonnables.

En fait de littérature, disons que ces mâte-faims sont tout simplement, pour parler en termes publicitaires prosaïques, aussi inoffensifs et aussi goûteux qu'un bon canada dry prédigéré. Vite pris ils sont aussi vite absorbés puisque délibérément rédigés au premier degré, sans ambigüités, en phrases courtes pour être lisibles par tous, en messages parfaitement limpides pour être compréhensibles surtout par les plus faibles... disons qu'ils font partie de cette nourriture de pauvres, objets de bonnes œuvres, de vœux pieux et autres intentions charitables qui apaisent surtout, mais à bon compte, non pas les lecteurs à qui on les destine mais les consciences de ceux, parents, éducateurs et prescripteurs dont la responsabilité n'est pas d'ignorer, de méconnaitre ou de faire taire et d'inhiber les troubles et dilemmes de l'adolescence mais plutôt, aussi déplaisants soient-ils, de les entendre et de les comprendre en leur accordant l'importance et le soutien qu'ils méritent.

Disons aussi, sans risque d'être contredit, qu'aussi vite prises et presque aussi vite rejetées, ces potions rassurantes sont aussi très rapidement oubliées par ceux qui les ingèrent du bout des dents. Court toujours pour la mise en application! Tout pédagogue de terrain qui, d'expérience, a essuyé les "niets"de rejet des ados, réactions généralement plutôt entêtées, revêches et hargneuses, immotivées parfois, sait très bien que ces livres intentionnels, même s'ils font partie de ces livres-étapes par lesquels tout ado devrait passer, ne sont pas de ces livres que les ados éliront et choisiront spontanément et encore moins de ceux qu'ils garderont et retiendront comme viatique de chemin  de vie.

L'erreur flagrante, que commettent ingénument Marion et Mariette, consiste en ce que flattant pour les recommander ces livres inattaquables comme si ils étaient la panacée, elles se croient autorisées à user d'une comparaison calomnieuse de dénigrement pour tous les livres qui n'entrent pas dans le moule de cette standardisation et ne correspondent pas aux critères précautionneux de la littérature intentionnelle. En somme, disons-le tout net, la seule catégorie de livres qu'elles trouvent bon de soutenir et qui trouve grâces à leurs yeux est celle de ces livres qui déploient en bannière d'argumentaire de vente d'être utiles et indispensables, de servir à ci ou à çà et, comble de catégorialité, de ne cibler que les maux particuliers dont souffrent tous les ados, et rien que les ados.

Elles nous disent, avec naïveté et une certaine volonté d'ignorer les complexités de l'âme humaine, que les seuls livres qu'il faut à ces ados sont ceux qui ont valeur de remèdes à leurs maux de croissance. Et pour qu'ils soient plus efficaces, elles les imaginent alors comme des médications antalgiques parfaitement dosées, capables d'apaiser, voire même de guérir les jeunes esprits qui auraient pu être enclins à des révoltes, rébellions, distorsions et perversions de toutes sortes, en un mot : à avoir des difficultés d'adaptation aux rouages de notre société et à montrer des résistances à l'idée d'avoir à se ranger, pour devenir de bons petits soldats et des citoyens lambdas parmi d'autres.

De manière surprenante, – d'ailleurs un brin contradictoire cependant –, Marion et Mariette soutiennent tout de même et en même temps, probablement pour soigner en même temps les parents prescipteurs, que ces mêmes livres remèdes lénifiants et antispasmodiques pourraient s'avérer tonifiants, revigorants, dynamisants et stimulants... au point d'être susceptibles d'encourager les jeunes patients à se trouver, à consolider leur identité, à affirmer leur personnalité et même à les inciter à devenir des adultes citoyens responsables.

     La stratégie commune à la journaliste et à la sémiologue n'est pas nouvelle. On peut même dire que c'est une resucée de la stratégie autrefois adoptée par Françoise Dolto. Sur ce point j'en sais quelque chose et peux parler d'expérience puisque, voilà maintenant 35 ans de cela, en décembre1972, je dus, pareillement, à la veille des fêtes de fin d'année, subir les foudres de la bulle-sanction-anathème de la doctoresse-papesse qui s'exprimant au nom de toutes les églises de France de l'époque disait : « On m'a dit que les enfants aiment ces livres, mais les adolescents n'aiment-ils pas la drogue?»

 

Je rappelle encore que son article prétexte, décalé, empoigné à la rustaude pour se faire valoir, extirpé sans nuance et extrapolé à partir de flashs de voyance sur les livres que sur le conseil de Madeleine Chapsal (journaliste à l'époque spécialisée en psychanalyse à l'Express), je lui avais donné à analyser, était truqué, mensonger, diffamatoire et frauduleux. J'étais même accusé de vouloir, excusez du peu, en me servant de l'imaginaire des enfants, pratiquer le génocide de la classe possédante...

L'outrance et la violence en moins, l'article de Marion Faure utilise néanmoins les mêmes grosses ficelles pour généraliser. Généraliser aussi bien sur les catégories de livres qui seraient nocifs pour les adolescents, que sur les dangers qu'ils courent ou sur les aptitudes de ces adolescents à y faire front.  
     

Les similitudes de cette comparaison m'amènent à dire que, bien que quelques années se soient passées,  manifestement, le même alarmisme demeure et fait toujours recette. Et s'il dure c'est qu'il doit être gratifiant non seulement pour ceux qui mettent tant de zèle à tirer les sonnettes d'avertissement mais aussi pour tous ceux qui, en sous main, ont été épargnés et plutôt cautionnés!

Curieuse manière tout de même de croire servir le livre, la littérature et le lectorat adolescent, à cette époque tendre où on offre plutôt des présents, des attentions et des rémissions, en choisissant la voie contraire et en agitant et brandissant des punitions, des épouvantails et des malédictions!... A dépeindre ainsi la littérature sous ses jours les plus sinistres, à vouloir ainsi semer le doute sur le rôle des éditeurs, sur la sincérité et l'authenticité des auteurs, que cherche-t-on sinon à jeter définitivement la suspicion sur le livre lui-même en tant que genre?...

Inconsciemment, l'article du Monde, nous suggère et stipule que le livre n'est pas un cadeau comme les autres et qu'il vaudrait mieux, en période de fêtes,   s'enquérir, les yeux fermés, d'une console de jeux ou de tous autres gadgets informatiques, plutôt que d'un produit culturel propre à développer l'imagination et la sensibilité et à susciter l'intelligence et la réflexion.

De toute évidence, cet article du Monde a délibérément été conçu par Marion Faure pour être caustique et pour agacer les bonnes volontés des uns et récompenser les prudences de Sioux des autres. A n'en pas douter, Gallimard, vénérable maison, s'en tire à merveille et on aurait presque tendance à rappeler, au vu du nombre de prix pour adultes qu'il a décroché cette année, qu'on ne prête qu'aux riches. Pour ainsi dire cette guirlande de récompenses et le succès commercial phénoménal des Harry Potter le sauve de toutes les critiques négatives qu'on pourrait lui adresser. Qui pourrait, sans être accusé de jalousie, oser s'y risquer?

Et qui d'ailleurs pourrait imaginer que, dans un journal aussi respectable et, objectivement aussi "inattaquable" que le Monde, l'on puisse se risquer à s'en prendre à des valeurs si consensuellement et si majoritairement plébiscitées par ces jurys éclectiques du cœur de Paris?... Surtout lorsqu'elles ont été, après propulsions médiatiques orchestrées, entérinées par l'opinion publique ?...

On le comprend bien : Au Monde, on nous suggère d'admettre qu'il faut savoir, à la fois, nager et garder son linge, si on ne veut pas voir, chaque mois, démissionner des responsables actifs du conseil d'administration et, en conséquence, se retrouver  en banqueroute et obligé de fermer boutique!

L'article de Marion Faure cite ses références : Marcel Rufo, le psy intouchable affable et doux, Marion Darrigrand la sémiologue et aussi, mais très discrètement, – trop discrètement à mon avis pour que ce ne soit pas du téléguidage –, les deux dames Dolto, Françoise l'impériale mère et la petite Catherine, pas celle de Heilbronn,  mais la fille de...

Marion Faure, en adoptant donc la stratégie impérialiste de Françoise Dolto, mène son article à la  cosaque et à la serpe. Elle veut nous convaincre que pour être entendue et crédible dans son argumentation, il fallait qu'elle prenne le risque d'être désagréable à certains auteurs et directeurs (trices) de collections et, en même temps, mais uniquement pour paraître objective et constructive, qu'elle fasse aussi quelques compliments et qu'elle tresse des lauriers à d'autres responsables d'éditions.

Tout cela se voudrait rigoureux, honnête et sans concession. Sauf que cet article pue à la fois la maladresse, l'ignorance, l'incompétence, l'artifice et la complaisance. C'est exactement l'exemple type d'article bateau, agressif, plutôt méchant et grinçant, mais forcé, au risque d'être inconsidérément violent, qu'écrivent généralement de jeunes journalistes vexés (ées), parce qu'elles se voient la plupart du temps d'abord reléguées et cantonnées à remplir la rubrique des chiens écrasés alors qu'ils (elles) sont déterminés (ées) à percer et à se faire un nom dans des rubriques et des catégories d'articles réservés aux adultes et en tout cas moins strictement restrictivement spécialisés.

Inutile de dire qu'elles ont vite fait, ces jeunes journalistes –puisque ce sont presque toujours des femmes qu'on prend pour ce job et à qui on demande cette abnégation – de comprendre que pour réussir dans la spécialisation où on les a reléguées et, en même temps et tout à la fois, de pouvoir espérer, à n'importe quel prix et par n'importe quels moyens, se sortir au plus vite de cette spécialisation restrictive où on voudrait les maintenir, il leur faut choquer fort, frapper les esprits, exister, se faire un nom. La fin imposant les moyens c'est en se servant de la cause et du genre même qu'on leur demandait de servir, qu'elles vont devoir et pouvoir se tailler une place dans l'arène. Rien de moins noble mais rien de plus simple aussi : c'est en  dénigrant la cause et le genre, en les discréditant, en les considérant de haut et, par la même occasion, en éclaboussant tous ceux qui, impliqués dans cette cause et ce genre minimisés, ne sont pas auréolés et béatifiés donc protégés, qu'elles s'immiscent et avancent leurs pions pour gagner leurs galons et s'arroger quelques onces de notoriété.

Pour être entendue, pour être lue, pour créer son lectorat, pour gagner ses galons, Marion Faure sait très pertinemment qu'il lui faut d'abord commencer par crier au loup pour effrayer son auditoire puis ensuite persévérer en dénonçant les prédateurs qui rôdent autour des plus faibles et, enfin, pour donner l'estoc, incriminer les coupables...etc...Difficile, c'est ce que l'on suppose, lorsqu'on est jeune journaliste et qu'on a les dents longues, d'échapper à ce schéma de parcours journalistique inducteur réducteur!

Ce n'est que par la suite, si il y a suite, s'il y a persévérance dans le choix du sujet littérature pour la jeunesse, que Marion Faure s'efforcera peut-être de "faire" moins dans ces appels au danger et dans ce catastrophisme propres aux néophytes et qu'elle se portera plus dans la pondération, la modération, la subtilité et la nuance compréhensive.

Ainsi, 35 ans après, sans la moindre ride, comme Françoise Dolto l'avait déjà clamé en 1972 , il se trouve encore que des Doltolichtiens et des Doltolichtiennes accrédités et patentés (des psys, des pédopsychiatres, des pédopsychanalystes, une sémiologue…) réclament non pas une littérature authentique, littérature d'auteurs et d'expression, aux risques bien entendu des diverses individualités des auteurs qui la servent et des talents de communication de ces auteurs, mais plaident pour une littérature ciblée, adaptée, et surtout expurgée de tous affects et fantasmes d'adultes.

C'est là, sur ce point précis justement, celui des affects et des fantasmes, que ces savants (tes) de 2007 s'avèrent et se dévoilent, se trahissent même, pour faire connaître qu'ils et elles sont des adeptes dévôts (tes) de Françoise Dolto et qu'en bonnes groupies qu'ils et elles sont, ils et elles doivent, pour divulguer et perpétuer ses thèses, se rassembler autour de Catherine, sa fille et digne opportuniste héritière.

Se fiant à leurs bonnes intentions mais sans en avoir proprement conscience, ces savants(tes)qui tentent de plus en plus souvent de nous donner des leçons de comportements tout en se défendant de faire du comportementalisme, prônent ce qui n'est rien de moins qu'une indication précise de fabrication littéraire qui oscillerait entre la mystique de pacotille d'Harry Potter et la positiviste du livre moral : un ersatz en somme de ce qu'est réellement la littérature.

       Face à la sollicitation qui me fut faite par les signataires de signer cette pétition contre cet article stupide du Monde et désapprouvant totalement le fait que, dans son final, contre toute attente, le texte de cette pétition puisse faire aussi appel, comme caution, à Françoise Dolto, j'ai préféré estimer m'abstenir de les rejoindre tout en fournissant aux signataires et à Thierry Magnier en personne, les quelques explications qui s'imposaient.
    Je le fais d'autant plus cordialement que Thierry Magnier n'est pas un éditeur d'héritage mais d'élection et de vocation, et que les signataires de cette demande de droit de réponse invoquent des arguments de fonds et de terrain,
irréfutables parce que pragmatiques, des arguments de praticiens. Leur sincérité, leur ardeur, leur authenticité, mises au service de la littérature et de l'éveil d'esprit de la jeunesse ne peuvent, selon ce que j'en sais, être mises en doute.
      Pour en revenir à l'article en question, on serait tenté comme je le fus, tout en dénonçant encore sa stupide et simpliste conception, de rappeler à Marion Faure que « La critique est aisée tandis que l'art est...» et ce, d'autant plus difficile, lorsque cette critique est   portée à partir d'un consensus schématisé et caricatural sur les dangers que court ce vaste auditoire, imprécis, indécis et des plus fragilisés,
que représentent les ados, êtres "en pleine croissance" comme nous disions autrefois et en pleine « mutation» comme le souligne madame Darrigrand aujourd'hui, ballotés dans une société, notre société, où le consumering et le marketting sont exploités non seulement sans aucune retenue mais avec, en plus, l'autorisation tacite de nos édiles et de nos institutions de prescription et de régulation.
      Face à cet environnement ultra mercantil de divertissement et de conditionnement, dont le souci n'a jamais été l'éveil des consciences, toute parade, qu'elle vienne des parents ou des consommateurs eux-mêmes reste quasiment impuissante. Nous ne sommes pas au bagne et pourtant, sur le plan de la communication divertissante et conditionnante, nous ne sommes le plus souvent matraqués et réduits à n'être que de vulgaires

        Nous ne sommes pas au bagne et pourtant, sur le plan de cet excès de communication divertissante et conditionnante, sommes le plus souvent matraqués et réduits à être des consommateurs forcés.
Pour les plus fragiles et les plus indécis, ceux en état de se construire, il s'agit d'un véritable rapt sur les cerveaux, rapt d'autant plus grave qu'il vise les esprits les plus neufs, les plus disposés à apprendre pour grandir et les moins bien préparés à résister aux séductions de ce rapt et les plus prompts à se laisser embringués dans des jeux, plaisirs et habitudes sans ambition, à baigner dans de  fausses certitudes et, par contamination de facilité, à adopter et à suivre des convictions erronées en lieu et place des valeurs humaines plus épanouissantes.

       Cette partie négative de notre société libérale, humus de nos turpitudes, n'est pas vraiment remise en cause par la journaliste ou par la sémiologue même si elle est pourtant, néanmoins, très sommairement, jugée par cette dernière, mais presque pour lui trouver des excuses, comme aussi fragile et incertaine que le public "ado" auprès de qui elle entend voler au secours, c'est-à-dire selon ses termes «en mutation»...

      Mais en mutation de quoi? 

     Le flou sied à Électre et à Cassandre pour ce qui concerne les vraies raisons de leurs imprécations tandis que très habilement cependant, toutes deux, Marion et Mariette, se renvoyant la balle, peut-être même sans en avoir vraiment conscience, trouvent le moyen de  prôner et de féliciter l'extrême prudence, voire le réel immobilisme et l'absence d'initiative des grandes maisons d'édition en cette matière, cela au détriment bien entendu du mérite des autres maisons d'édition de moindre importance simplement passées sous silence ou accusées du pire.

    Par un petit jeu de bascule odieux qui consiste à enfoncer les uns pour requinquer les autres, à blâmer Pierre pour féliciter Paul, cet article du Monde, ne fait en somme que de desservir d'une part, sans état d'âme et sans nuance, par le moyen de comparaisons des plus viles et des plus discréditantes, le courage de jeunes maisons d'édition, pour mieux servir, d'autre part, de caution et de faire valoir à cette édition commerciale des plus florissantes, celle qui ne prend que très peu de risques, celle des grands groupes internationaux, amplement soutenue par des conglomérats bancaires qui, ratissant large, ne fait que se contenter d'exploiter les idées reçues sans se soucier des renouvellements.

     Là, cependant n'est pas le plus grave car on s'accommoderait presque du fait que ce marché se limite en faisant la part belle à la production et à l'exploitation de livres qui ont été conçus spécialement pour "correspondre" – le mot "satisfaire" serait ici injuste!– exactement aux attentes, même si ces attentes ont, elles aussi, au préalable été soigneusement cernées et programmées, d'un lectorat bien défini et circonscrit.  Le plus grave dans l'affaire étant que ces productions qui correspondent à tout le monde, qui sont le prêt-à-porter du livre en somme, inondant un marché strictement verrouillé par la quasi exclusivité que ces grands groupes détiennent sur les organismes de distribution et sur les librairies, elles excluent de facto par asphyxie et par exclusion des étalages tous les autres livres qui ne sortiraient pas formatés dans les mêmes moules conformistes des mêmes officines préventionnistes.

      Marion Faure et Mariette Darrigrand ne plaident pas, ne soupçonnent pas, ne réclament pas que naisse, existe, s'impose une autre qualité de livres puisque ceux de ces grands groupes leur paraissent suffisants. Elles nous diraient presque, pour peu qu'on



Article ajouté le 2008-01-20 , consulté 174 fois

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