52 f. SUITE DE ATLA,ATLA LES POSITIVISTES SONT LA!

 
   

     Marion Faure et Mariette Darrigrand nous diraient presque, pour peu qu'on les force à l'honnêteté, qu'elles sont hostiles à la haute couture et à la couture artisanale mais qu'elles sont par contre en accord total avec la non-nocivité et le  bon contenu de ces livres recettes fabriqués sans auteurs, selon des formules éprouvées et acceptées par toutes les églises : l'équivalent en somme, comme l'a si bien dit André Schiffrin, de ceux fabriqués en série dans les usines de "L'édition sans éditeurs"

    Par contre, sans le moindre scrupule, en mettant à mal, injustement, le mérite des jeunes éditeurs, – toujours taxés, de tous temps, par la grande presse de manquer de sérieux –, en les accusant de ne pas savoir capter l'air du temps, de ne pas pouvoir détecter les bons auteurs ou bien encore en leur reprochant de ne pas savoir donner ce qu'il faut à, et les fragilités de, leur lectorat adolescent...Marion Faure et Mariette Darrigrand ne font rien de moins que d'accuser, en conclusion, ces jeunes éditeurs et leurs auteurs, de faire preuve d'ignorance, d'inconscience, et finalement donc d'incompétence.

       En matière de question d'avis, le mien étant des plus humbles puisque je n'ai jamais publié de livres pour adolescents, l'article de Marion Faure et les insinuations de Mariette Darrigrand, sur le sujet en question, ne font état de certains avis que pour mieux  occulter tous les autres. Lesquels avis, parmi tous les multiples avis hélas passés sous silence par la grande presse, paraissent soudainement bien falots, bien dérisoires, peu pertinents et au final bien mal fondés. Ne nous leurrons pas cependant car leurs avis font partie de ce genre d'avis que peuvent exprimer en toute impunité des personnes, prescriptrices ou non, qui se soucient sentimentalement, affectivement, des intérêts des enfants et de la jeunesse – Elles sont fort nombreuses et pourtant pas souvent compétentes! – tout en étant totalement déconnectées pourtant des réalités pédagogiques et éditoriales.

     Je veux dire par là que n'importe quel père ou mère affolé(ée) se fiant au cas de son enfant, comme n'importe quelle prescripteur(trice) affectivement concerné(ée) peut, du haut d'une spécialisation improvisée et auto-proclamée en "littérature pour adolescents", vitupérer, se déclarer scandalisé et se prononcer, à partir d'une analyse des plus conformistes et des plus contestables, pour des décisions radicales alors qu'ils et elles n'ont jamais vraiment pris aucun risque direct à l'élaboration délicate et à la production de livres pour les adolescents.

   Telle me paraît être l'analyse développée dans cet article du Monde puisqu'elle est destinée d'une part, à rameuter les voix des parents anxieux, – à l'évidence les lecteurs du Monde – et, d'autre part, à ménager et à rassurer les grands groupes d'édition, au point de leur donner en prime, puisque ce sont les principaux clients susceptibles de pouvoir se payer des espaces et encarts publicitaires, un véritable satisfécit, alors qu'à l'évidence, ces grands groupes n'ont jamais fait grand chose en matière d'innovation en littérature de jeunesse et qu'ils ne font qu'exploiter à longueur d'année en les relookant pour les mettre au goût du jour, à partir d'un réseau d'autoroutes bien implantées commercialement, le plus rassurant des filons conventionnalistes, celui hélas toujours largement plébiscité, par ignorance souvent et parce qu'elle a été conditionnée, par l'opinion majoritaire dite populaire, et aussi bien, trois fois hélas, par les institutions culturelles qui ménagent cette opinion majoritaire en la contenant à patauger dans ce conformisme plutôt qu'en soutenant et en lui fournissant des éléments dynamisants qui lui permettraient de s'élever. 

      Conformisme, conventionnalisme, sécuritarisme... sont, selon ces concepteurs producteurs et ces récepteurs institutionnels, les plus rassurants des ingrédients alimentaires de l'esprit. Nourritures qui deviennent idéales alors pour tout prescripteur (trice) qui en faisant taire sa conscience, fait passer sa peur des responsabilités avant ses devoirs. Car, ne nous trompons pas, si, à court terme, ces nourritures sans risques paraissent solutions, elles ne sont que pis aller.

 



Article ajouté le 2008-01-30 , consulté 187 fois

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