54 c. UN ÉCHANGE D'EMAILS QUI EN DIT LONG
Je pris conscience alors que dans le camp politique de la droite, et surtout parmi ceux qui constituaient cette droite particulière que l'arrivée de Giscard avait revigoré, reprendre la main sur les postes de commande des pouvoirs et des biens publics, dont ceux de l'édition font partie, était un objectif impératif. Plus fortement que je ne l'avais jamais constaté auparavant, cette droite revendiquait alors, ouvertement, des places et des rôles dans ces milieux souterrains et des plus imbriqués que sont ceux de la politique et des finances, des médias et de la presse, de la culture et de l'édition. Je pus remarquer même, en souriant cela va sans dire, que pour certains naïfs et naïves qui auraient mendier presque pour pouvoir "embrasser la carrière des lettres", le fait banal d'obtenir un poste de secrétariat d'édition était considéré comme une véritable prouesse. Et le fait de pouvoir l'exercer comme une distinction des dieux, un privilège de nanti et une marque d'exception. L'équivalant en somme d'une entrée à la Cour, d'un anoblissement, de l'obtention d'une particule.
Valérie-Anne elle-même, fille du Président, n'eut aucun mal à obtenir ainsi, chez Fayard, à deux pas de chez Grasset, une position confortable et, du même coup, une fois le pied à l'étrier, toutes les clés, les entregents et les soutiens qui lui permirent d'amorcer ainsi, des plus facilement, une carrière d'éditrice vite couronnée ensuite, quelques temps après, par son mariage avec Bernard Fixot, le chantre de "Lire pour le plaisir".
Je fus en droit de penser alors que cette droite résistante, qui n'avait pas été, on le sait bien, en 1789, complètement exterminée ou confondue, ou neutralisée au fil du temps et des changements de régimes ; qui avait survécu aux avanies des restaurations successives et des contre offensives répétées, menées par les Républicains pour instaurer un gouvernement démocratique... qui s'était vite refait une façade après la débâcle et le démantèlement du gouvernement de Vichy… que cette droite, finalement, avait tout de même la peau dure, de l'endurance, une volonté de fer et de la suite dans les idées.
Je fus contraint de remarquer qu'elle savait tenir son rang, ménager son port de tête, réclamer ses droits et ses passe-droits et quelle ne cesserait jamais, contre vents et marées de manifester avec ostentation sa présence et sa vigilance, sa suffisance et son désir de revanche.
Malgré moi, je prenais conscience soudain de mon aveuglement puisque, dans ces milieux de l'édition où je me trouvais immergé, tandis que je la côtoyais sans prendre le temps de me soucier de la voir, de la distinguer et de me préoccuper de ce qu'elle était, de ce qu'elle représentait et de ce qu'elle pensait, elle m'avait, elle, par contre, bien repéré et parfaitement épinglé.
Comme Françoise Dolto ou cette acharnée de Marie-Claude Monchaux (qui sévit toujours et encore sur Radio Courtoisie) et quelques autres personnes moins célèbres mais d'autant plus efficaces quelles agissaient masquées, ses représentants (tes) épiaient mes faits et gestes, suivaient mes mouvements et mes publications, bien décidées à m'étriper au moindre faux pas en attendant le jour où ils, et elles, pourraient de nouveau me mettre à l'index et, après avoir refermer sur moi les portes qu'on m'avait ouvertes, lâcher les chiens.
Pour l'heure, à la faveur de cette arrivée de Valéry Giscard d'Estaing, à ce moment-là de notre histoire politique française, où cette droite sectaire avait repris du poil de la bête, j'étais plutôt amusé de constater – parce que j'avais l'esprit entièrement préoccupé par les livres en cours de fabrication – comment, dans ce petit milieu germanopratin où le piston, les privilèges, les passe droits et les renvois d'ascenseur sont monnaie courante, la particule attachée au patronyme, vraie ou fausse d'ailleurs, légitime et authentique ou bien usurpée et acquise de la veille, à défaut de toutes compétences parfois, tenait lieu de qualifications et de diplômes.
Nombreux étaient, en tout cas, parmi cette droite de caste, ces chantres et ces prêtresses encagoulés, revêtus, pour mieux passer inaperçus, de manteaux couleur de muraille, qui, tout en affectant un maintien des plus discrets, s'enorgueillissaient tout de même, en coulisse, de faire partie des "hauts décisionnaires", d'être le cousin ou la nièce d'une de ces élites qui siégeaient dans les puissants "comités de sages".
J'ai côtoyé un bon nombre de ces personnes bouffies d'importance, se flattant d'être des "faiseuses de notoriétés" alors qu'elles n'étaient que des ouvreuses de portes et des entremetteuses, et parmi celles-ci, beaucoup d'entre elles qui, parfois, ne répugnaient pas à jouer, pour être crues, craintes et respectées, les "deuxième couteaux".
Elles vivaient en édition, dans ces couloirs de pouvoirs souvent illusoires, comme en milieu naturel et comme poissons dans l'eau. Alors que, dans ces eaux-là, parfois des plus troubles, qu'elles se soient infiltrées ou qu'on les aient infiltrées, elles avaient, elles, au contraire des poissons qui ne savent pas qu'ils vivent dans l'eau, pleinement conscience, des jeux et enjeux dont il était question et de la duplicité des milieux dans lesquels elles opéraient. Mais au contraire de ce qu'on pourrait croire, que ce soit pour remplir des offices d'importance ou au contraire assumer ces basses œuvres dévolues habituellement aux agents de renseignements et aux tueurs à gages, elles s'y trouvaient toujours parfaitement à l'aise, avec le sentiment, en ouvrant ou fermant la porte à un demandeur de reconnaissance, d'être absolument infaillibles et irremplaçables et d'avoir été élues pour accomplir ainsi une mission noble de protection et d'assainissement national. Avec en plus, comme s'il s'était agi, au sein de comités d'épuration, de juger des proscrits, sans avocats ni argumentaire à décharge, un reste de fausse hauteur d'esprit, un porter beau et une perruque s'il le fallait, ces attributs qu'empruntent souvent, pour donner le change, l'autorité usurpée et l'omnipotence autoproclamée.
Un peu tôt à mon sens mais ne doutant plus de leur avenir, ces illuminés(ées) qui se flattaient d'être d'un autre monde, qui osaient avouer ouvertement leur nostalgie de l'Ancien Régime, qui croyaient toujours fermement aux fondements de leurs privilèges de caste, durent, à juste titre, se sentir visés, par les attaques contre la royauté de droit divin, «ce temps de rois et de fausses lois» que je menais dans ma version moderniste 1974 du"Petit Poucet".
Je fus étonné ainsi d'apprendre que ces nostalgiques ne pouvaient tolérer ce "Poucet-là" puisqu'ils en étaient restés, et voulaient en rester, à l'autre, selon eux : le seul vrai, celui dit classique, tel que Charles Perrault, d'une langue superbe, avait éternisé, prototype du petit paysan, parti de rien mais surdoté et surdoué par le doigt des fées, qui ne réussissait à tuer l'Ogre que pour mériter d'hériter des bottes de sept lieues et de sa fortune, d'entrer à
Sur le plan purement situationniste, quels que puissent être par ailleurs les avis qui furent émis sur la qualité de mon texte et sur la portée qu'il pouvait avoir, historiquement et contextuellement, sur les jeunes lecteurs et sur leurs prescripteurs(trices), on le trouva fort bien de son temps, daté de cette année-seuil que fut l'année 1974.
Christiane Abbadie-Clerc, que je ne connus qu'à ce moment-là et pour cette occasion, bibliothécaire et conservateur était alors en charge de la nouvelle Bibliothèque pour enfants, implantée sur le parvis et en annexe de ce curieux Musée-Raffinerie flambant neuf de la rue Beaubourg, que l'on prétendait devoir soit à l'initiative ou à l'approbation de Georges Pompidou.
Un rappel s'impose. Dans cette première étape de son existence, le Musée Georges Pompidou avait été placé sous l'autorité d'un conservateur en chef avisé, Jean-Pierre Seguin, novateur ingénieux qui n'hésita pas à bouleverser les habitudes françaises de lecture et de fréquentation du livre dans les bibliothèques en adoptant pour principes, dans la bibliothèque pour adultes qui avait été installée, en étage, dans le corps principal du bâtiment de la rue Beaubourg, celui du libre service et de la libre circulation des lecteurs adultes autour des rayons de livres.
Adjointe de Jean-Pierre Seguin et adepte du même principe de liberté autour des livres, Christiane Abbadie-Clerc, avec son équipe, organisa et géra si bien cette nouvelle bibliothèque pour enfants du parvis de Beaubourg, qu'elle en fit rapidement un modèle de lieu ouvert et accueillant, un espace de découvertes, d'échanges et de confrontations sur la littérature de jeunesse. Sur cette lancée, elle prit alors une série d'initiatives d'envergure – jugées certainement inconséquentes et intolérables par la plupart de ses consoeurs réfractaires – pour attirer des lecteurs dans ce havre du parvis et en faire un lieu incontournable de fréquentation régulière et de convivialité : expositions d'illustrations, vernissages, productions de documents audiovisuels...
C'est dans le cadre de ces productions qui lui servaient à mener ensuite des animations avec les enfants, que Christiane Abbadie-Clerc me contacta pour me demander de lui accorder les droits de réalisation d'un montage radiophonique à partir de ma version jugée trop "politique" du Petit Poucet. Elle prenait des risques et si son initiative avait de quoi me ravir, elle me surprit beaucoup. Cela d'autant plus qu'elle demanda à mon fils de prendre la responsabilité des opérations.
Christiane Abbadie-Clerc, je ne le compris que bien plus tard en la connaissant mieux, avait pris sa décision avec un courage tranquille et une détermination qui, venant de la part d'un de ces fonctionnaires du livre plutôt timorés habituellement, méritaient de vives félicitations. Je ne devais pas en rester à cette première surprise puisque, comme je pus aisément le vérifier par la suite, en femme de foi et de constance et en plusieurs occasions pénibles de mon parcours, Christiane Abbadie-Clerc restera à mon égard d'une attention et d'une fidélité indéfectibles. Cela, même après mon retrait de toutes les "maisons" d'édition et ma mise en marge des circuits de production, lorsque que je n'avais plus aucun rôle actif éminent à jouer.
J'eus effectivement largement tout le temps de constater que dans le cadre des activités de son milieu professionnel, en scrupuleuse et fine observatrice, Christiane Abbadie-Clerc savait très bien faire la part des choses. Je compris qu'elle avait adopté la seule méthode qui lui permettrait, en avançant ses pions, sans bruits et sans forfanterie, de réussir à mener à bien ses entreprises et, ainsi, ostensiblement, de marquer des points contre ceux-là même qui, dans sa hiérarchie, ne partageaient pas ses points de vue. Malgré les écueils et les crocs en jambe qu'on lui faisait, malgré ses propres handicaps, son cheminement professionnel était exemplaire et j'avais toutes les raisons de l'admirer.
C'est sur cette ligne d'initiatives diverses mais au coup par coup et de faible envergure tout de même que, presque dix ans après que nous nous soyons rencontrés pour la mise en onde de ce " Petit Poucet", que nous nous retrouvâmes, alors qu'elle avait enfin obtenu, comme elle le souhaitait depuis longtemps, d'une partie de sa hiérarchie du Ministère de la Culture, les moyens de monter deux expositions itinérantes spectaculaires intitulées : "Images à la page" puis "Les visages d'Alice" dont les superbes catalogues cartonnés furent édités par Gallimard.

De cette manière toute autocrate, à rebours de l'esprit prudent adopté habituellement par l'ensemble des fonctionnaires du livre, se démarquant en particulier des vestales de
Changer notre regard et notre manière de regarder, stimuler la perception, inciter à la réflexion, provoquer la lucidité et, partant de là, favoriser le libre arbitre, la prise de conscience, l'esprit critique et la maturité des lecteurs...n'étaient-ce pas, là, les meilleurs rôles que l'on puisse demander à la littérature et aux illustrations, aux livres et à l'acte de lire?...
D'une certaine manière, sans avoir l'air d'y toucher, de son propre chef et en franc-tireur, – voire en inconséquente pour certains conformistes obtus – avec néanmoins l'appui de son supérieur hiérarchique, Jean-Pierre Seguin, Christiane Abbadie-Clerc, en mettant les pieds dans le plat, en marchant sur les plates bandes de Geneviève patte et en contrevenant aux directives de neutralité préconisées par les milieux ministériels, imposait depuis Paris, à
En conscience, Christiane Abbadie-Clerc avait agi de telle sorte que ce mouvement soit quasiment impossible à remettre en cause. L'impulsion donnée devait faire brèche dans les options de l'édition traditionnelle pour la jeunesse et ouvrir des horizons modernes et contemporains aussi bien sur le plan de la conception et de la fabrication des ouvrages que sur le plan de leur réception dans ce milieu qu'elle connaissait bien puisqu'elle en était issue : celui des fonctionnaires de soutien à la lecture et au livre.
Mais les initiatives de Christiane Abbadie-Clerc avaient aussi pour mérite, en tirant dans la grêle, de forcer ces fonctionnaires missionnaires à la révélation des positions qu'ils avaient adoptées. Ils étaient forcés de prendre parti. De se déclarer"pour" ou "contre" ces renouvellements, et ils se regroupaient enfin, au grand jour, en deux clans principaux assez bien définis, dans les deux Ministères compétents pour le faire : celui de l'Éducation Nationale et celui de
On put alors mieux percevoir et comprendre à quels intérêts économiques et idéologiques obéissaient ces deux clans : d'une part les novateurs, fort peu nombreux, qui approuvaient l'intrusion des artistes non répertoriés traditionnellement "pour enfants" dans les cercles de conception et de fabrication et, d'autre part, les réfractaires à ces propositions de renouvellement qui, se référant à une tradition qu'ils auraient souhaité immuable, celle des"Imagiers de France", dite française donc nationale, donc légitime, dont ils reconnaissaient pourtant les fondements routiniers – puisqu'ils ne juraient au même moment que par les qualités et le mérite des productions anglo-saxonnes –, se cramponnaient, contre toutes les raisons objectives, à une mentalité d'édition – philosophie serait pour l'occasion un bien trop grand mot – qui avait fait son temps, avait eu ses nécessités après la guerre de 39/45 et aussi ses heures de gloire mais qui, n'en déplaise à cette très chère Mathilde Leriche, était maintenant complètement dépassée.
Hélas, pour convaincre ces réfractaires, je l'avais compris, il faudrait du temps, beaucoup de temps. J'imaginais parfois même que je n'aurais pas le plaisir de pouvoir le constater : vingt, trente, cinquante ans peut-être!…Pendant lesquels cependant, des torts irréparables seraient portés à tous les auteurs et artistes qui auraient eu l'outrecuidance d'exprimer la tentation de s'improviser porteurs, potentiels précurseurs, de ces renouvellements salutaires. Quoi qu'ils fassent, comme je l'avais été moi-même, du bout des lèvres, ils seraient jugés par ces fonctionnaires obtus, au nom du même sempiternel immobilisme sécuritaire et d'un principe de précaution bien souvent poussé à l'extrême, a priori la plupart du temps, comme des "suspects" rédhibitoires, assimilables à des prédateurs pédophiles intellectuels, accusés de vouloir forcer l'esprit des enfants dans le dessein de corrompre la jeunesse.
Administrativement en tout cas, selon des règles bêtement établies une fois pour toutes, et quoi qu'aient pu dire ceux qui les soutenaient, ces porteurs de projets de renouvellements, ces "aventureux" de la littérature illustrée, seraient baptisés, comptabilisés et répertoriés, affublés dans les fichiers des bibliothèques et dans les revues dépendant d'elles, au même titre que leurs œuvres d'ailleurs, de l'étiquette peu engageante, sinon infamante, de "controversés". Ce qui revenait à dire : à ne pas mettre entre toutes les mains.
Deux camps, deux clans et deux reines. La grande incontestable Geneviève Patte, celle qui avait succédé dans la filière conservatrice à Mathilde Leriche et à Simone Lamblin contre la petite reine courageuse qui osait prendre des risques, Christiane Abbadie-Clerc, un brin inconséquente il est vrai lorsqu'on se souciait d'imaginer ce que serait son avenir et son avancement dans la carrière. En l'occurrence et pour la bonne règle des choses, pour obéir à la tradition du royaume hérité de droit divin, l'une des deux reines devrait avoir la tête de l'autre. On comprend bien que c'est Christiane Abbadie-Clerc qui dut s'incliner. Elle perdit. C'était prévisible. Mais on y mit les formes. Selon une décision prétexte, prise en haut lieu, de modifier les orientations générales du Musée Pompidou, on lui enleva son petit fief du parvis de Beaubourg en supprimant carrément du cœur de Paris, alors qu'elle était devenue un phare novateur, très animé et très populaire, une oasis de fraîcheur, cette Bibliothèque pour enfants qu'elle avait créée.
Vingt ans après cette suppression, évoquant encore avec Jean-Pierre Seguin cette période, il m'avoua alors, puisqu'il était maintenant délivré de son devoir de réserve, que Geneviève Patte s'était toujours montrée, en chaque et toute occasion où, dans l'intérêt de la chose publique, il avait dû la rencontrer, «inflexible et totalement fermée, hostile à tout ce qui ne venait pas d'elle». «Mais, hélas! finit-il par me dire désabusé avec un haussement d'épaules, on ne pouvait rien contre elle, elle avait toujours l'art de se placer du bon côté du manche!»
Nous en restâmes là. J'avais trop de respect pour cet homme et me retins de le pousser plus avant dans ses retranchements en l'incitant à préciser. Mais, tandis que sa réflexion cheminait dans mon esprit, je ne pus que présumer ce qu'il suggérait en parlant du «manche» et de tous ceux qui, lorsqu'ils en faisaient partie, tenaient les rênes nationales des encouragements ou des freins à mettre en œuvre pour favoriser ou non les mentalités – et les comportements – du plus grand nombre, en les incitant à accepter les changements et les améliorations possibles et nécessaires. Je ne vis pour ma part, dans cette allusion imprécise mais pleine de sous-entendus, qu'une image grotesque, faite d'un agglomérat de têtes résolument aveugles, une gorgone idéologique gigantesque, animée, secondée et couplée avec des sortes de tentacules qui n'étaient autres que de nombreux bras et jambes dévolus inconditionnellement au service du noyau central et du borborygme qui en émanait pour ordonner les tâches qu'il préconisait àdes serviteurs sans âmes.
Plusieurs années passèrent, et en 2001, ce clan des réfractaires ayant gagné – mais, rassurons-nous, pas sur tous les plans –, on peut comprendre que ce clan soit resté jaloux et envieux du succès qu'avaient remportées les deux expositions organisées, près de vingt ans auparavant, par Christiane Abbadie-Clerc, et que, souhaitant sa revanche, ce clan ait pu trouver auprès des pouvoirs publics et du Ministre de la culture de l'époque Catherine Tasca, les subventions nécessaires pour produire, rue de Richelieu, à
Cette exposition était accompagnée d'un catalogue impressionnant, de plus de 4cm d'épaisseur, illustré de quelques articles passionnants, et d'une iconographie bien fournie et très pertinente. Il était publié par
On pourrait penser que ce retour aux fées était dû au hasard ou, à tout le moins, à une bonne idée, celle d'attirer l'attention des masses populaires. Ne croyant pas aux ingénus et n'en ayant jamais rencontré dans le milieu du livre pour enfant, je vis plutôt, au moment où se monta cette exposition, dans ce recours à la féérie, à l'ésotérisme et à la mythologie païenne d'où elle émanait et qu'elle sous-entendait, le signe que les organisateurs de cette exposition, héritiers (ères) de ceux et celles qui s'étaient montrés réfractaires aux nouvelles images et aux nouvelles tendances de
Un livre récemment paru de Loïc Artiaga : "Des torrents de papier" publié aux Presses Universitaires de Limoges, donne exactement la mesure de ces rajustements correctifs, toujours à rebours et à contretemps, auxquels le catholicisme doit s'ajuster, forcé et contraint de les adopter s'il ne veut pas perdre tout crédit auprès des croyants hésitants ou même de ses fidèles.
Quoi qu'il en soit, depuis cette époque, cet univers païen de la féérie a toujours été revendiqué par les "créationnistes"comme l'affirmation de l'existence d'une antichambre, et comme si elle était, pour les enfants et les naïfs de toutes espèces, le vestibule préparatoire d'entrée dans cet autre monde, invisible et intemporel, situé au-delà des nues et que leur foi en un Dieu de lumière donne comme une certitude.
Cette idéologie catholique de rafistolage se devait cependant, on le comprend mieux aujourd'hui, pour ne pas paraître trop grossière, de continuer d'opérer en sous main, de se masquer derrière la fatalité des oripeaux et des fantasmes, des lutins et des trolles, des hochets et des baguettes magiques, des dons, des malédictions et des sorts… datant du bon vieux temps où nos bons rois et leurs reines, "perruqués" et "emparurés", avaient besoin pour continuer de profiter de leurs privilèges de réussir la prouesse de faire rêver leur bon peuple tout en l'affamant.
Parmi les articles de ce catalogue, plusieurs d'entre eux portaient la signature d'un certain Olivier Piffault, que je ne connaissais pas mais qui, lui, semblait avoir entendu parler de moi puisqu'il avait bien l'air de ne pas estimer du tout ma version humaniste, moderniste, engagée du "Petit Poucet". Quoi qu'il en était, à la manière dont il s'attardait, aussi complaisamment, en frère nourri au même lait, sur les images dues à Claude Lapointe qui illustraient mon texte, avec qui il s'était manifestement entretenu, je pouvais déduire que ce dernier avait dû le convaincre de ce qu'il racontait partout, pour ne pas perdre la face, depuis que nous nous étions brouillés à la suite de sa revente, sans me consulter, des illustrations qu'il avait réalisées pour le premier livre que je lui avais confié : ma version autobiographique hippie de "Pierre l'ébouriffé".
Claude Lapointe, en réactionnaire classique, pour les deux livres importants que nous fîmes ensemble prétendait, depuis que nous n'avions plus de contacts, à qui était disposé à l'entendre, à Michel Defourny pour "Pierre l'ébouriffé" et à Olivier Piffault pour "Le Petit Poucet", qu'il avait toujours cru qu'il en illustrait les versions classiques : celle d'Heinrich Hoffman de 1850 pour le premier livre et celle de Charles Perrault de 1695 pour le second et que je l'avais trompé en substituant, contre son agrément, au dernier moment, mes textes datés de 1968 et de 1974.
La réalité était bien différente. En malhonnête et en couard, une fois ces deux livres publiés et le tollé que l'on sait déclenché, Claude Lapointe avait simplement fait machine arrière pour se désolidariser de ces œuvres dont les textes étaient si "tendancieusement" estimés. Pour cette exposition sur les contes de fées, puisque ses originaux du "Petit Poucet" étaient exposés, Claude Lapointe, comme on peut bien l'imaginer, avait dû, avec Olivier Piffault, par sympathie idéologique, en se référant aux moralités douteuses mais consacrées par Charles Perrault dans sa version classique du même conte, lui jurer ses grands dieux qu'il m'avait toujours désapprouvé en désapprouvant ces moralités que je lui avais imposées. Moralités qui, soit dit en passant, s'imposaient et que j'avais cru indispensables de surajouter "en fin de conte et de comptes", lorsque j'avais été horrifié par l'image panoramique finale qu'il me proposait pour clore le livre puisqu'elle allait totalement, à rebours des intentions de mon texte, dans le sens des conceptions morales de Charles Perrault et de sa mentalité d'homme de cour datant de la fin du dix septième siècle.
Je trouvais cette image inadmissible à notre époque. Antinomique avec l'esprit de mon texte. Et tellement lourde de cette "idéologie de la fatalité" qu'au nom d'un certain "ordre des choses", – celui de droit divin bien entendu –, on a toujours, depuis des lustres, voulu nous faire admettre comme irrécusable !... qu'elle me paraissait alors restrictive et dangereuse à plus d'un titre : donc condamnable. Que la richesse soit considérée comme la seule aspiration au bonheur m'était intolérable ! Je trouvais insidieuse l'image proposée par Lapointe, digne en tout point de figurer dans un manuel d'histoire où elle aurait pu, à la rigueur, inciter au recul et faire prendre conscience des progrès obtenus en matière civique par tous les hommes de bonne volonté, alors que, placée en fin de la trajectoire de ce Petit Poucet 74, et ainsi solidifiée, elle devenait en quelque sorte un "exemple incontestable à suivre aveuglément" puisque son bien fondé approuvé par l'humanité toute entière avait survécu à l'épreuve des siècles. Pour un jeune lecteur non informé, cette image était profondément inductrice et j'irai même jusqu'à dire, à n'en pas douter, manipulatrice et corruptrice.
Ainsi, tandis qu'une fois mes remarques faites, Claude Lapointe ne bronchait pas d'un cil pour que nous puissions arriver à un dépassement de nos deux positions; tandis qu'il faisait le sourd en persistant à m'imposer, sans tenir compte de mon texte, cette image tout droit inspirée par les moralités de Charles Perrault pour conclure ce " Petit Poucet", je fus bien contraint, pour sortir de l'impasse, de trouver une échappée et décidai alors de juxtaposer à sa piètre philosophie passéiste, rétrograde et périmée, une moralité d'espérance, de dénuement et pourtant d'épanouissement moral qui correspondait toutefois à l'esprit des différentes versions du conte oral recensées que j'avais lues mais que Lapointe avait feint d'ignorer.
Je dus admettre cependant que cette rectification faite à l'arraché ne satisfit que peu de monde. Et, à "
Mais, coïncidences malheureuses pour moi, – Allez savoir d'ailleurs s'il ne s'agit pas plutôt de connivences !–, comme Michel Defourny, sans me consulter, l'avait fait à propos de "Pierre l'ébouriffé" en 1995-96, en écrivant que Claude Lapointe prétendait qu'il croyait illustrer le texte classique et original d'Heinrich Hoffman plutôt que mon adaptation hippie, je pus supposer alors que, de la même manière, Olivier Piffault, en 2001, avait dû se laisser conter la même version mensongère des faits à propos du " Petit Poucet". Sauf qu'en cette occurrence, à partir de la même approbation des dires du sieur Lapointe, les choses méritaient d'être distinguées. Manquant de vigilance et de rigueur pour l'occasion, mal informé sûrement, peu soucieux de la vérité, Michel Defourny, n'avait peut-être, dans le cas de "Pierre l'ébouriffé", commis pour faute que celle de "se laisser avoir" par l'illustrateur infatué, alors que dans le deuxième cas, celui du " Petit Poucet", Monsieur le Paléographe de
J'avais un autre point de vue. Même en littérature de jeunesse, je pensais, et pense toujours, qu'il fallait inciter tous ceux qui sont concernés par le sujet, ceux qui le servent et qui s'en servent, depuis les prescripteurs(trices) des métiers du livre jusqu'aux simples parents attentifs à l'éveil de leur progéniture et, bien entendu, les enfants eux-mêmes, à leur niveau, à ne pas se laisser mener en bateau par le charme et la séduction des contes. Mon rôle de pédagogue m'a toujours obligé à savoir distinguer, dans un texte, de qui qu'il soit et de quelque époque que ce soit, la forme, la manière, l'enveloppe – même et surtout lorsqu'elles sont élégantes et parfaites comme celles de Charles Perrault ou de Jean de
Pour ma part, en cette affaire du "Petit Poucet", tel qu'il était présenté dans ce catalogue nostalgique accompagnant l'exposition de
Mon ami Jack Zipes, dont j'avais traduit pour le compte des éditions Payot "La subversion dans les contes de fées" faisait partie des "universitaires et spécialistes internationaux du conte" invités à fournir un article qui figurerait dans le catalogue épaulant l'exposition "Il était une fois les contes de fées". A sa manière, toujours insolente et presque désinvolte mais pertinente, peu déterminé à faire des révérences aux tailles sombres et magouilles pratiquées par Charles Perrault dans son utilisation des contes de la tradition orale – dont, bien entendu, faisaient partie les contes italiens du seizième siècle –Jack Zipes centrait son exposé sur "Les origines italiennes du conte de fées : Basile et Straparola". Son article est éloquent et le lecteur aurait intérêt à s'y référer.
Je revis Jack Zipes, très peu de temps après, lors d'un de ses passages à Paris lorsqu'il m'appela pour me remettre le dernier livre qu'il venait de faire publier aux Etats-Unis. J'avais peu de temps à lui consacrer puisque je venais d'accepter de prendre en charge le lancement des "Éditions des Lires"et fus obligé de décliner sa proposition d'être de nouveau son traducteur. Curieuse coïncidence encore, ou bien alors pur hasard, la couverture de son livre était illustrée d'une image prise dans la version originale allemande de "Pierre l'ébouriffé" (écrit et illustré en 1850 par Heinrich Hoffman lui-même) et s'intitulait : "Sticks and Stones". Il avait pour long sous-titre : "The Troublesome Success of Children's Litérature from Slovenly Peter (équivalent américain de notre européen Pierre l'ébouriffé) to Harry Potter"
Je rapporte cela en avançant, pour conclure sur ce sujet, que s'il tentait d'essayer, Olivier Piffault aurait bien du mal à nous convaincre qu'il ne connaissait pas ce livre de Jack Zipes et qu'il ne fut pas sa source d'inspiration pour monter en cette rentrée, à
Cet exposé d'introduction peut paraître un peu long et je prie le lecteur de m'en excuser. Il me semblait nécessaire pour aider ceux qui s'y intéressent à comprendre, d'après l'échange de mails que j'eus ces derniers temps avec Nathalie Bréaud et Jacqueline Michelet, de
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Ier Message : 26/06/2008 : Bonjour, vous venez de recevoir un message à partir de votre Blog : http://ruyvidal.blog4ever.com. Le pseudo :nom de l'expéditeur : Nathalie Bréaud. Son adresse e-mail : nathalie.breaud@bnf.fr.
Son message : Monsieur,
Nous sollicitons l'autorisation de reproduire une illustration de l'ouvrage (l'homme vert avec le pistolet) à titre gracieux.
Tirage : 5000 ex -Diffusion France - Prix : env 45 Euros
Merci de me répondre rapidement. Nathalie Bréaud -Bureau de l'édition des livres - BNF - 58, rue de Richelieu - 75084 Paris Cedex 02 -Tel : 01 53 79 87 3
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Ma réponse. Le 01/07/2008 : Rien de ce que vous m'annoncez ne peut me convaincre de vous accorder cette autorisation. Les chiffres des tirages peuvent être alléchants pour certains mais ils ne signifient rien pour moi. Je n'aurais pas produit ces livres et particulièrement "Ah!Ernesto!" si je m'étais préoccupé des chiffres de ventes et de l'accueil que leur réserveraient les bibliothécaires de "
D'ailleurs, sorties des contextes, on pourrait faire dire à ces illustrations, (aussi polarisées sur les textes qu'elles sont, voire parfois pour aller jusqu'à les contredire ou les supplémenter) n'importe quoi et pour rien au monde je ne prendrais le risque d'exposer la mémoire des auteurs ou des illustrateurs à cette injure.
Cependant, si vous me fournissez le texte d'accompagnement et le nom de l'auteur du commentaire de survol de "ces années qui vont de Babar à aujourd'hui", et si je suis assuré qu'on ne va pas encore se servir de Duras pour la simplifier et lui faire dire le contraire de ce qu'elle disait dans ce livre, si on ne la traite pas – et moi avec elle!–de gauchiste, de trotskiste, de nihiliste...«incitant les enfants à ne pas aller à l'école», je veux bien reconsidérer ma position d'hostilité systématique envers les appréciations des bibliothécaires et occasionnellement vers
A titre indicatif, je vous rappelle que la seule exposition à caractère pseudo-institutionnel qui a été faite autour de ces livres que j'ai publiés et du courant moderniste des années 60 initié par mes prédécesseurs a été faite par le Musée d'Art Moderne en 1984 sur l'initiative de Jean-Marie et Janine Despinette qui n'étaient pas des bibliothécaires.
Merci tout de même de m'avoir contacté. Avec mes salutations.
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16/07/2008. Monsieur, Nous vous remercions vivement de votre dernier courriel que nous avons examiné avec toute l'attention qu'il mérite....


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