1971. PLUSIEURS GENRES D'IMAGES : COLLECTION 3 POMMES

                                                    

           
      France de Ranchin, Mila Boutan et Colette Portal ; Danièle Bour, Yvette Pitaud, Marie Odile Willig et Joëlle Boucher, Françoise Darne, Tina Mercié et Lydia Devos : des illustratrices de talents parmi lesquelles Arnaud Laval et Henri Galeron, seuls hommes du groupe de travail, faisaient exception.
         Ces femmes avaient toutes de sûres conceptions originales, dans des types et des styles d'illustrations délibérément différentes de celui qui caractérisait   l'illustration communément admise dans les livres pour la jeunesse de l'époque. C'est parce que leurs conceptions étaient inhabituelles, originales et très singulières, que je les avais sollicité avant même d'envisager,
un jour, que je puisse accepter d'accorder ma participation à la création d'un Département Jeunesse aux Editions Grasset. 
         Mon ancien associé américain Harlin Quist, son directeur artistique Patrick Couratin ainsi que tout un clan d'illustrateurs machos qui fournissaient en images érotiques le journal "Lui", crurent bon alors de mettre en doute ouvertement les capacités de synthèse graphique de ces illustratrices – capacités qui n'auraient été, selon eux, que l'apanage des "mecs" – et de gloser grossièrement sur leur talent et sur mes objectifs.
         En fait, pour me discréditer, ils qualifièrent tous ces projets que je ne pus, après l'article anathème de Françoise Dolto, en décembre 1972,
mener à bien dans ma première société d'édition : de "livres de nanas".
         Trois mois après, j'avais la main libre. Ces projets étaient suffisamment avancés pour me permettre de savoir qu'arrivant chez Grasset, je n'aurais pas de mal à imposer, en deux années comme je l'avais exigé, le département jeunesse que je m'étais engagé à créer.
         Dans les collections mises en oeuvre, autour de l'idée centrale que j'affirmais, à savoir : "qu'il n'y avait pas de couleurs pour enfants, de graphisme pour enfants, d'illustrations pour enfants et de littérature pour enfants mais qu'il y avait seulement les couleurs, le graphisme, l'illustration et la littérature" une des collections, particulière, la
"collection 3 pommes", pour enfants à partir de sept ans, était axée sur une diversité de qualités d'écriture accompagnées de divers types et  styles d'illustrations.
    Dans mon intention, les dix livres de cette collection se devaient, aussi bien par la diversité des écritures des textes que par la diversité des images, d'offrir un large éventail de propositions originales, catégoriellement différenciées, réalisées par dix écrivains différents et dix jeunes artistes illustrateurs (trices) non spécialisés en littérature pour la jeunesse.
         Pédagogiquement, sans didactisme, en fonction de la singularité des initiatives littéraires et des types et des styles retenus, les dix livres avaient une vocation d'initiation et d'encouragement à la pratique littéraire expérimentale des divers catégories d'écritures et, sur le plan artistique, à la confrontation des enfants avec différents types et styles d'illustrations.   
         Sur le plan littéraire, chacun des dix livres de cette collection correspondait à un genre d'expression écrite bien défini : poésie, journal intime, acrostiche, conte ou petit roman, texte de chansons pour inventer des airs de musique... De même que, sur le plan graphique, c'était par la structure des images ou par leur style, par la variété des techniques utilisées par les illustrateurs pour les réaliser : papiers découpés, patchwork de tissus, aquarelle, dessin à la plume, gouache... que ces livres se différenciaient.
          L'objectif de la collection étant de mettre à la portée des enfants un kaléidoscope de conceptions et de réalisations qui leur offriraient, à la réception, des opportunités de confrontations pouvant stimuler leurs désirs d'écrire eux-mêmes des poèmes ou des chansons, des acrostiches, un conte, des comptines, un petit roman ou un journal intime... ou, éventuellement, favoriser, pour ce qui était des activités artistiques, à partir des mêmes matériaux utilisés, leurs désirs, leurs goûts et leurs propres initiatives créatrices.
    Ma prescription aux artistes illustrateurs sollicités, la plupart étant tout de même des femmes, fut de les encourager à s'engager, sensoriellement, de façon à ce que leurs illustrations puissent, tout en faisant appel par ailleurs à l'intellect et à la réflexion des jeunes enfants, les étonner et les surprendre, les émouvoir et les séduire.
        L'impératif essentiel de "La collection 3 pommes" étant de pouvoir susciter et éventuellement de révéler, graphiquement, ce que les mots et les textes n'étaient pas suffisants à pouvoir exprimer.
          Par ces livres et en fonction des composantes esthétiques, affectives ou psychiques, sous-jacentes, induites par les auteurs et les illustrateurs(trices) : émotion, sensibilité, éclectisme, rejet délibéré d'une narrativité et d'une intelligibilité de premier degré, transposition fictionnelle de la réalité plutôt que reproduction de cette réalité, onirisme, allusion elliptique et suggestion participative pouvant aller même jusqu'au plus pur esthétisme formel...cela sans la moindre condescendance... les jeunes enfants devaient être happés par les couleurs et par le climat qui se dégageaient des illustrations, attirés, sollicités et entraînés à s'engager dans des voies d'exploration et de découvertes...



13/11/2017
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