RUY-VIDAL CONCEPTEUR D'ÉDITION

RUY-VIDAL CONCEPTEUR D'ÉDITION

1942-2017 : 75 ANS DE COLLUSIONS-COMPROMISSIONS AVEC LA WESTHERN INTERNATIONAL PUBLISHING

 

 

1942-2017 : DE GEORGES DUPLAIX A CÉCILE BOULAIRE

JUSQU’A MME MeMo DE NANTES

EN PASSANT PAR GENEVIEVE PATTE ET FRANCOISE DOLTO

75 ANS DE COLLUSIONS MANIFESTES

POUR PROMOUVOIR LE FILON ANTISOVIÉTIQUE

DE LA WESTHERN INTERNATIONAL PUBLISHING

 

         Après l’anathème de la papesse psychanalytique des ondes, Françoise Dolto, en décembre 1972, il me sembla qu’aucune issue ne se présenterait plus à moi, tout du moins en édition et en matière d’éducation pour la jeunesse, puisque j’avais été fiché, par une personne qui avait les faveurs incontestables de l’opinion publique, comme étant un danger pour les enfants.

        Je ne suis pas très sûr que les lecteurs qui me lisent aujourd’hui puissent comprendre ce que cette stigmatisation, équivalant presque à une accusation de  délit sexuel sur mineur et de pédophilie, signifiait à cette époque dont je parle, au début des années 70, et le discrédit et préjudice qu’il portait à ma personnalité, à mes projets d’édition en cours et à ma carrière dans ce domaine de l’action culturelle à l’intention de la jeunesse que j’avais choisi. Pour le dire explicitement, François Dolto m’avait occis, cisaillé, châtré, descendu… sur deux pages dans l’Express, en conséquence de quoi j’ai eu, tout au cours du premier trimestre 73, l’impression que mon seul salut, ma seule issue se trouvaient aux USA où, depuis un bon bout de temps déjà, ma sœur Claire, mère de six enfants, souhaitant un regroupement familial, m’incitait à aller la rejoindre.

        Partir là-bas, c’était m’exiler et renoncer à cette promesse que je m’étais faite à moi-même, en mémoire de Christiane Faure et des stimulations sous forme d’insultes et de coups de pieds au cul qu’elle nous gratifiait, de mettre mon énergie et mon intelligence au service de la cause des enfants et de la jeunesse, en Algérie d’abord où nous vivions alors puis, après l’indépendance, en métropole à compter de1962.

         Cet exil était d’autant plus insupportable à envisager qu’il aurait été pour moi, qui considérais encore à ce moment-là, et qui considère toujours, l’Algérie comme mon pays, un deuxième abandon et un deuxième renoncement à une parole donnée, voire une trahison à l’idéal que j’avais nourri depuis mon enfance de rester solidaire de mes amis d’école primaire : Tabti, Mokhtar et surtout Merzoug celui qui était venu me prévenir, plus de vingt ans après, le 24 juin 62, de ne plus revenir le lendemain assurer la classe dans l’école du quartier arabe d’Oran où j’enseignais puisque j’avais été choisi comme cible par des fellaghas étrangers qui avaient décidé, en préliminaire des fêtes de l’indépendance, de semer la mort pour déchaîner la haine des gens du peuple.     

Quitter l’Algérie, mon pays, avait été un aveu d’impuissance, arraché dans les larmes, puisque c’était renoncer à ce que j’avais inscrit au plus profond de mon cœur, que nous aurions pu, par l’éducation des enfants algériens et par un partage laïc de nos connaissances et de nos modes de vie culturels, réussir à ce que tous les Algériens puissent obtenir enfin, démocratiquement et sans heurts, ces droits civiques que la France métropolitaine et les gouvernements en place avaient toujours refusé de leur accorder.

          Dix ans après, blessé dans l’âme par l’anathème de Françoise Dolto mais refusant de céder pour autant au vertige de la victimisation, je restais persuadé – même si c’était à tort –  d’avoir agi pour le bien des enfants, d’être dans mon bon droit et d’avoir raison et décidai, coûte que coûte, de rester à Paris et d’affronter le blâme, la désapprobation, le dénigrement que m’avaient témoigné aussi bien la doctoresse bulldozer omnipotente que, plus perfidement, pendant cinq ans, le clan de Clamart : la mécène bâtisseuse Anne Schlumberger-Doll, épaulée par sa sœur, de Houston Texas, Dominique Schlumberger-du Ménil, et leur employée toute dévouée, nommée directrice de la Petite Bibliothèque Ronde, Mademoiselle Geneviève Patte, en fonction de son adhésion aux choix de livres de son employeuse.

           Si bien que lorsque la proposition de Jacques Chaban-Delmas me parvint, en mai 1973, ma première réaction fut de défiance : on voulait m’acheter pour m’avoir et mieux m’étouffer. On me tendait la main et on feignait de m’accueillir mais pour terminer de me discréditer. Ce n’était pas moi et les projets que j’avais en tête qui intéressaient le puissant trust Hachette mais simplement le fait qu’en association avec un américain, Harlin Quist, j’avais publié des livres édités en plusieurs langues, dont certains, comme je l’avais souhaité et planifié, avaient été initiés, écrits et illustrés par des artistes français.

Je suppose que pour Jacques Chaban-Delmas, promoteur de cette Nouvelle Société qui nous faisait rêver, estimant qu’il était temps que les contestations et revendications de mai 68 fassent place à une contribution solidaire démocratique des forces de création, je devais représenter en quelque sorte un passeport qui, à revers du courant commercial habituel, inverserait, de la France vers le marché américain, la conception, la production et la vente de nos livres écrits, illustrés et édités par des Français, alors que jusque-là c’était les Américains qui concevaient, pour nos enfants et pour nous endoctriner à leur “consumering”, des livres clés en main, tels ces Petits livres d’or et ceux écrits et illustrés par Paul Galdonne à partir de nos contes traditionnels déformés, affadis et dénaturés.

        De 1965 à 1972, luttant contre cet a priori yankee, abondamment entretenu par les multinationales franco-américaines, selon lequel nous ne saurions pas concevoir de bons livres pour les enfants – a priori que mon associé Harlin Quist tenta de m’imposer dans les premiers jours de notre rencontre comme un présupposé de notre association –  j’avais réussi à renverser la vapeur et à faire éditer et introduire sur le marché américain, plus d’une dizaine de livres écrits et illustrés par des artistes français parmi lesquels : Les Quatre contes pour enfants de moins de trois ans d’Eugène Ionesco,  Le Voyage extravagant, La Forêt des lilas et les télémorphoses d’Alala, illustrés par Nicole Claveloux, Monsieur l’oiseau illustré par Patrick Couratin, Pierre l’ébouriffé illustré par Claude Lapointe, Théo la Terreur illustré par Jean-Jacques Loup, Le Galion et Crazy Cowboy illustré par Guillermo Mordillo, ainsi que les Quatre manipules illustrés chacun par Bernard Bonhomme, Yvette Pitaud, Tina Mercié Jean Seisser et France de Ranchin.

Et même obtenu que soient primés par le NewYork Times, trois d’entre eux : Le Voyage extravagant illustré par Nicole Claveloux, le Conte numéro 1 d’Eugène Ionesco illustré par Étienne Delessert et Les télémorphoses d’Alala de Guy Monréal illustré par Nicole Claveloux.

          Mais c’est en juillet 1966, lors d’un voyage en Californie pour rendre visite à ma sœur Claire Jullié, que je n’avais pas vue depuis dix ans, que je pris conscience de l’emprise que ces Petits livres d’or et les contes dénaturés de Paul Galdonne avaient sur les parents et les enfants américains – dont mes trois nièces : Hélène 9 ans, Suzanne 7 ans et Danièle 4 ans, qui avaient chacune, près de leur lit, une petite bibliothèque uniquement pourvue de ces livres – et que j’acquis la certitude de la collusion, autour de ces productions stéréotypées de l’éditeur Simon and Schuster, via la multinationale Westhern International Publishing, qui existait entre, d’une part, Georges Duplaix, membre de la CIA et Dominique Schlumberger-du Ménil expatriés tous deux vers les États-Unis en 1941 pour sauvegarder leur vie et leur patrimoine et, d’autre part, la même Dominique Schlumberger-de Ménil et sa sœur Anne Schlumberger-Doll, la bâtisseuse de la Petite Bibliothèque ronde de Clamart.

         Ces deux sœurs Schlumberger, comme je pus le vérifier, avaient alors, en 1942, toutes les raisons d’être préoccupées des lectures de leurs enfants en âge d’apprécier ces Petits livres d’or et toutes les raisons nostalgiques et caritatives de les voir passer l’Atlantique pour trôner en bonne place sur les rayons des bibliothèques qu’elles feraient construire en France et en Grèce sur le modèle américain.

          Certitude qui, face au déni délibéré d’appréciation et de mention des livres que j’avais publiés en France de 1966 à 197I sous le label Les livres d’Harlin Quist, dans le Bulletin d’analyse de livres pour enfants édité par La joie par les livres sous la responsabilité de Mademoiselle Geneviève Patte, ne fera que se confirmer par la suite pour me convaincre qu’il existait bien un lien d’adhésion consentie indéfectible entre les sœurs Schlumberger, les producteurs des Petits livres d’or et des contes dénaturés de Paul Galdonne et, par extension à cette collusion d’ordre multinational franco-américain et obligation d’emploi : mademoiselle Geneviève Patte, responsable administrative française sous contrat de la Bibliothèque de Clamart.

          Que cette adhésion de Mlle Patte ait été obtenue par conviction et réel partage de goût en cette catégorie de livres importés, ou bien qu’elle ait été adoptée tactiquement, par soumission aux ordres de son employeuse, à des fins d’établissement et de consolidation de sa carrière, ne change rien à l’affaire. Une fois engagée dans le processus-engrenage des planifications de l’experte et autoritaire en affaire qu’était Anne Schlumberger-Doll, mécène bâtisseuse de bibliothèques : deux en France et une vingtaine en Grèce, il me parait évident de pouvoir prétendre que Mlle Patte était pieds et poings liés aux entreprises franco-américaines initiales et à leurs répercussions d’exploitation sur notre territoire. En foi de quoi je me sens autorisé à affirmer qu’elle n’avait aucun intérêt, sous peine d’être bel et bien expulsée de son trône, à critiquer ou à mettre en doute le bienfondé de ces petits livres d’or et des livres de Paul Galdonne et encore moins à dénoncer la distribution massive dont ils faisaient l’objet, avec leur propagande publicitaire d’accompagnement, dans le but   d’inonder le marché français afin de décourager toute concurrence nationale potentielle.

        On comprend alors que toute remise en cause de cette catégorie de livres qui s’efforçait, à coups de gros budgets, d’être partout et même là où on ne le soupçonnait pas : épiceries et bureaux de tabac, et d’être présentés comme exceptionnels, imbattables, irremplaçables et, selon un terme employé par Mme Boulaire comme “parfaits”… puisse passer, pour les producteurs et pour tous les bénéficiaires de leur exploitation, comme un crime de lèse-majesté.

          En fonction des juteux profits récoltés chaque année et escomptés dans la suite des temps – ces livres-là se voulant inusables, increvables et intemporels et “parfaits” pour tous les enfants – on peut comprendre aussi que les initiateurs, les producteurs et les distributeurs de cette catégorie de livres ne voient pas d’un bon œil d’autres livres, initiés à partir d’autres critères et selon des options plus intellectuellement ambitieuses pour les enfants. Puisque, facile à comprendre :  par simple juxtaposition sur le même marché, même si ce n’était qu’à l’étal des 500 librairies indépendantes, ces autres livres conçus à partir d’autres critères, inciterait systématiquement tout quidam susceptible d’acheter un livre pour ses enfants à établir une comparaison et à prendre conscience des procédés démagogiquement falsificateurs à partir desquels ces productions ont été concoctées commercialement et de toute pièce dans le seul but d’envahir le marché mondial, d’occuper tout l’espace de vente et de circonvenir le plus grand nombre de parents sous informés de la classe majoritaire.  

         A l’évidence, aussi bien à New York qu’à Paris – mais avec plus de conséquences à Paris où le marché des livres pour la jeunesse était plus restreint – les livres qu’Harlin Quist et moi-même avions publiés, n’étaient pas faits pour plaire aux éditeurs américains de Simon and Schuster et de la Westhern International Publishing, ni aux sœurs franco-américaines Anne et Dominique  Schlumberger ni, par voie de conséquences, à Mlle Patte leur subordonnée reconnaissante.

         Le profane ne peut certainement pas imaginer ce que ces 22 bibliothèques pour enfants bâties par Anne Schlumberger-Doll représentaient comme réservoirs potentiels d’achat de livres chaque année et pourquoi tout fut si bien calculé et camouflé derrière la façade du mécénat et des mérites et bénéfices spirituels que les enfants pourraient en retirer en fréquentant ces bibliothèques et en lisant ces livres-là.

          Mais seulement ces livres-là !...Geneviève Patte se fendra même d’un livre dont le titre encourageant : Laissez-les lire, aurait pu laisser supposer que toute lecture était bénéfique, quelles que soient ses qualités d’écriture et ses sujets, et que le mécanisme seul de la lecture, quelles que soient les choses lues, se révélait comme suffisamment et exclusivement salvateur… Mais non, pour Mlle patte, toute comparaison risquant de faire apparaître la médiocrité du processus créatif exclusif des livres qu’elle défendait, il ne pouvait y avoir qu’une seule sorte de livres  bons et “parfaits” à lire : ceux qui venaient des États Unis et qui avaient l’approbation des sœurs Schlumberger.

          Pour les parents attentifs à l’éducation que, par de simples livres de loisirs, ils peuvent apporter à leurs enfants, je conseillerai qu’ils évitent comme la peste ce genre de livres de lecture facile, facilement et abusivement présentés comme porteurs de divertissements dynamisants alors que stéréotypés et formatés ils sont seulement propres à dégouter les enfants de ce qu’est la littérature et à les décourager d’entreprendre une véritable lecture d’estimation, d’investigation et de réflexion.

         A l’évidence comme me le dira explicitement en1986, un des descendants Schlumberger lorsque nous aurons l’occasion d’être réunis autour du projet de bibliobus informatisé Livrambule conçu par Myriam Boutrolle-d’Estaimbuc épouse du directeur de la Chemigaz pétrolière d’Athènes Jacques Caporal –associé aux Schlumberger par les intérêts pétrolier et par l’actionnariat dans une trentaine de golfs français – j’étais devenu pour ce clan multinational panaméricain et en particulier pour les sœurs Schlumberger : l’homme à abattre.

           En mars 73, à l’ambassadeur qu’on m’avait envoyé, pour savoir si j’accepterais de rejoindre le clan Hachette, le fringuant et sarcastique Jean-Loup Chifflet, alors assistant de Maurice Fleurant au Département Jeunesse du groupe, étonné pour le moins par la proposition, je répondis en cachant ma surprise et selon une expression qui faisait fureur à l’époque : « Faut voir !» Laissant ainsi planer le doute et l’idée que je n’avais pas l’intention de rentrer dans la ménagerie Hachette pour me faire dévorer ou pour devenir un valet aux ordres du grand capitalisme.

          A terre, morflant le tapis, mais avec le courage du désespoir, j’avais, depuis quelques jours à peine, la certitude intuitive que le jeune avocat rencontré sur intervention de mon amie de Bayard Presse Marie de Poncheville, Jules-Marc Baudel saurait mieux que moi, puisque je voulais garder les mains libres et ne pas devenir un salarié du groupe Hachette, négocier un contrat qui, à partir d’un programme de publications précisément définies, garantirait ma liberté d’action. Et c’est ce qui fut juridiquement planifié, de telle sorte qu’à mon arrivée chez Grasset, filiale que j’avais choisie parmi toutes celles de la nébuleuse Hachette, j’eus les coudées assez franches pour faire face au baron en place Jean-Claude Fasquelle qui aurait pourtant, par principe plus qu’en fonction de ses connaissances et de ses projets en matière de littérature pour la jeunesse, souhaité pourtant m’imposer ses idées.

        Mais fin des fins des ramifications du filon instauré en 1942 par la Westhern International Publishing, voilà qu’à Nantes, fief du fond de littérature pour la jeunesse déposé par Monique Bermond et Roger Boquié, une résurgente, alliée de Mme Boulaire, directrice des Éditions MeMo, croit faire œuvre de pionnière en nous resservant intacts, dans une collection intitulée Album 50     des petits livres raffinés et minouchets à croquer, intentionnellement présentés comme des boites de friandises pour poupées Barbie  «ces petites « libraries » réunissent 12 mini-livres dans un coffret décoré qui forme à la fois bibliothèque (pour les livres) et maison (pour les personnages)» et qui laissent supposer, voyez un peu où va se nicher l’imagination, que ces petites boites de livres en conserve vont assurément, en fonction de leur mignardise et de leur affèterie, encourager les enfants à aimer la lecture et par cette lecture bêtifiante, leur permettre d’arriver à la littérature…Comble de la supercherie et de la malhonnêteté, cette collection de livres importés, datées de plus de 70 ans, nous est présentée par les éditions MeMo en se flattant de n’être «jamais en panne d’imagination» sous le titre mensonger de «Histoire et esthétique de l’album pour enfants en France depuis les années 50 ».

             A penser vraiment, pour conclure, ceci étant mon «J’accuse» que toute l’énergie employée par les divers maillons successifs bien intentionnés du filon initié par Georges Duplaix en 1942 sous la protection de la CIA et de la Westhern International Publishing, en passant par les sœurs Schlumberger, Geneviève Patte leur employée, Françoise Dolto leur porte-parole, Évelyne Cévin, Cécile Boulaire, et Mme MeMo de Nantes, leurs succédanées, sous prétexte d’encourager les enfants à une lecture divertissante, euphorique et dynamisante en vue de les détourner et de les préserver de l’endoctrinement potentiel de l’idéologie communiste, n’a eu, en fait et surtout, pour effet secondaire immédiat et radical que de décourager les enfants d’être confrontés aux subtilités de la littérature et aux complexités du langage des images.

                                             François Ruy-Vidal

                                              30 novembre 2017

 



30/11/2017

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