2019/06/24 DE L'EXPOSITION EN COURS “NE LES LAISSEZ PAS LIRE”

2019/06/24 A HV

Chère Hélène,

        A vous lire aussi précisément nuancée pour la défendre, on dirait que la BNF s’emballe.

        Restons calmes ! Ai-je envie de dire. Et surtout soyons rigoureux, regardons en nous-mêmes et remettons en cause ce que nous aurions dû faire et que nous n’avons pas fait. Trouvons les raisons qui nous ont empêché d’agir et mettons le scalpel sur les personnes qui, en sous-main, des hommes la plupart du temps, donnaient les ordres aux femmes, pour préserver le saint salut public de la France.

        Ordres qui se répercutaient en trois sortes de pratiques pour défendre cette santé publique – toujours menacée si l’on en croit les censeurs-sauveurs nombreux et nombreuses qui ont envie, et besoin, de s’en servir en les servant, en se prétendant les héros et héroïnes de “la cause des enfants” pour arriver aux rênes du pouvoir – que l’on peut départager en trois sortes de manœuvres :

          - pratiquer silencieusement, sournoisement, des censures diverses et efficaces, mais occultes et ignorées du grand public, pour empêcher les livres qui menacent leurs convictions ou les intérêts économiques des grands groupes d’édition, d’arriver en librairie.

          - omettre de mentionner, dans les bulletins d’analyses critiques et d’informations, ( dont, la revue de La Joie par les livres était le maillon type) des parutions des livres, ou bien, carrément même, faire écrire des articles débiles par des bibliothécaires infantiles “déconseillant” les livres qui ne correspondaient pas à l’option d’édition, définie une fois pour toutes, selon des caractéristiques grossières, extérieures, évidentes, concrètement reconnaissables d’illustrations imitant le dessin d’enfants, comme étant indubitablement “pour enfants”.  

           - interdire formellement certains livres, parce qu’ils abordaient, directement ou indirectement, des questions tabous (la mort, le divorce des parents, la sexualité et les pulsions funestes…) dont on voulait, par des condamnations officielles formulées explicitement par des éminences publiques, Patte, Moncheaux, Dolto, Giroud et aujourd’hui Boulaire… qu’elles suscitent, dans l’esprit des parents acheteurs potentiels et du plus grand nombre de gens, par contamination et autocensure, le détournement et le rejet de ces livres différents.

           Votre longue lettre m’a empêché de dormir. Il était trois heures du matin et trois comprimés de mélatonine ne pouvaient pas réussir à me faire trouver le sommeil.

           J’y réponds ce matin. Il est 10 heures et demi et j’ai les yeux encore tout embués. M’y prenant d’abord et avant tout pour souligner une incohérence dans vos propos. Imaginant que cette incohérence vient de la BNF, je me permets de faire remarquer que :

           -si la sélection de ces livres “exposables” à la BNF s’arrête abruptement à 1970 – ce qui me paraît stupide puisque c’est ne pas tenir compte du temps qu’il faut pour qu’un éditeur sans moyens comme moi, puisse passer du concept à l’écriture de l’auteur puis à la réalisation des illustrations, pour enfin envisager la production (sélection des illustrations, impression et reliure). En conséquences de quoi, vouloir appliquer un tranchant radical pour 1970 impliquerait de ne pas mentionner, bien qu’ils aient été prévus avant 1970, ni Gertrude et la sirène, ni Théo la terreur, ni Sur la fenêtre le géranium … puisque ces livres qui sont cités parmi ceux que j’ai publiés, ne parurent qu’en 1971. Même cas pour  Pierre l’ébouriffé et Les Télémorphoses d’Alala qui méritent bien plus que Gertrude et la sirène et Théo la terreur de figurer parmi les livres honnis.

           Un détail d’importance qui échappe généralement : sur la photo qui accompagne son anathème dans L’Express de décembre 72, c’est le livre Les Télémorphoses d’Alala que Françoise Dolto a sous la main. Et ce qu’elle ne dit pas dans l’article, montrant par-là ses dons de manipulatrice falsificatrice, c’est qu’elle désapprouvait la pilule qu’Alala tient dans sa main dans la dernière page du livre.

           Deux autres livres étaient prévus – qui devaient mettre  un point final à mon association avec Harlin Quist (voir à ce sujet la lettre que j’ai écrite à Viviane Ezratty en 2005/07/26) –,  mais qui étaient révélateurs des courants de revendications divers de mai 68 :

          -ma version du Petit Poucet qui ne pourra paraître, budgets et temps m’en empêchant, qu’en mars 74 chez Grasset.

          -le livre du psychanalyste Pierre Laforgue, Petit Poucet deviendra grand. Pour l’anecdote et aussi un rappel des faits qui eurent pour conséquence principale énorme, l’anathème de Dolto : Pierre Laforgue qui était le cousin d’Yves Navarre avait appris de lui que je lui avais demandés de penser à réfléchir sur un sujet que m’avait inspiré la vague des manuels d’éducation sexuelle parus en 1970 : « Maman, j’ai envie de coucher avec toi, mais que va-t-on faire de papa ?...»

          Raison pour laquelle Pierre Laforgue m’invita, lors d’un colloque à Bordeaux où il habitait, chez lui, dans son appartement où il faisait, en famille, avec ses trois filles, du nudisme… De notre conversation en général et de ce que je lui dis alors de ma version du Petit Poucet, naîtra son livre-essai Petit Poucet deviendra grand– toujours en circulation aujourd’hui et de référence. Mais, plus gravement, c’est ce même Pierre Laforgue qui m’apprendra que le père d’Yves Navarre avait souhaité faire lobotomiser son fils quand il avait appris son homosexualité et qu’un des filleuls neveu d’Yves Navarre, un adolescent de 13 ans, fils de son frère, souffrant de pertes d’orientation – comme ce certain “Dominique” dont Françoise Dolto avait traité le cas dans son livre Le cas Dominique – avait été conduit, en milieu d’année 72, par ses parents chez Françoise Dolto pour une cure psychanalytique… Cure au cours de laquelle, voulant déceler les causes des troubles dont souffrait l’adolescent, Dolto demanda à voir tous les adultes qui vivaient dans l’entourage proche de son patient. Entourage immédiat dont Yves Navarre bien entendu faisait partie… 

          Enchaînement de circonstances qui fit, qu’au cours de la rencontre avec la psychanalyste Yves Navarre pour la narguer, par provocation, et au mépris même des intérêts de son filleul, lui raconta que je lui avais demandé d’écrire un livre sur «Maman, j’ai envie de coucher avec toi…» et que ce livre était en cours… entraînant illico le verdict et la sanction de Dolto : il ne fallait plus que ce sinistre homosexuel assumé et fier de l’être qui allait s’en prendre en plus au complexe d’Œdipe, ait le moindre contact avec son jeune patient.

           Quant au responsable du tout, ce François Ruy-Vidal, dont lui avait déjà parlé Madeleine Chapsal, responsable à L’Express des analyses critiques de  tous les livres sur la psychanalyse, il n’avait qu’à bien se tenir, on ne le perdrait pas de vue, on l'avait dans le collimateur et il aurait très bientôt son compte …

          Par la suite, à deux ou trois reprises, Pierre Laforgue et moi avons pensé à une rencontre en public pour débattre des adaptations de ces contes de la tradition orale… Mais ça ne s’est pas fait. Débat qui pourrait donc être envisagé maintenant, à Sagan, avec lui seulement, s’il est encore en vie, accompagnés d’autres auteurs concernés, autour de son livre Petit Poucet deviendra grand, puisque c’est un sujet inépuisable.

          -La brousse de Ray Bradbury, ou aussi La savane, histoire d’anticipation publiée dans un recueil de nouvelles L’Homme illustré aux Etats-Unis en 1951, que j’ai lu à New York en 1965, qui nous parle d’un monde informatisé ressemblant à celui de 1984 de Georges Orwell : deux adolescents, un garçon et une fille, recréent sur un écran informatisé géant, offert par leurs parents, une jungle peuplée de bêtes féroces dans laquelle les parents piégés seront dévorés.

           Je ne publierai La Brousse qu’après qu’elle ait été rejetée par Jean-Claude Fasquelle, censeur hypocrite, obéissant à un comité de lecture qui choisissait et sévissait pour lui, auquel je ne fus jamais directement confronté, dans lequel figuraient certainement son ex-femme Solange de la Rochefoucauld et la mère de celle-ci, la duchesse Edmée de la Rochefoucauld, auteur du manifeste féministe : La femme et ses droits. Personne éminente des lettres françaises qui se flattait de décider, dans son salon qui donnait sur la Place des États-Unis à Paris, de ceux qui deviendraient Académiciens … et qui était en plus – coïncidences non fortuites du petit labyrinthe dans lequel les gens huppés jouaient à «passe-moi le séné et je te passerai la casse” – une amie intime, une “très chère” du frère de mon ami d’enfance, ce Guy Monréal, chef de file de la Jet Set, l’auteur des Télémorphoses d’Alala.

           Devait figurer aussi, comme conseillère, Ariane Fasquelle, (seize ans) la fille que Jean-Claude Fasquelle, avait eue de Solange de La Rochefoucauld, celle qui prendra en charge, à sa majorité, la gestion des droits étrangers chez Grasset

           C’est encore Jean-Claude Fasquelle qui censurera La grippe de Niels,  journal intime de Marie-France Boyer, femme divorcée, journaliste, élevant seule ses deux enfants, ainsi qu’un autre journal intime clôturant la trilogie commencée avec Au fil des jours s’en vont les jours, celui d’un homme seul, élevant seul sa petite fille, à la suite de la mort brutale de son épouse que j’avais intitule Mon papa c’est ma maman… deux livres qui devaient paraître en 75… deux livres censurés au prétexte qu’ils seraient pris par les enfants comme des encouragements au divorce et à la cellule familiale monoparentale…

          Pour La grippe de Niels, fort heureusement, par une autre sorte de coïncidence contradictoire, c’est la nièce d’Anne Schlumberger-Dolll, (la patronne de Geneviève Patte), Sylvina Schlumberger-Boissonnas, fondatrice du MLF et des Éditions des femmes qui reprendra le manuscrit et le publiera dans sa maison d’édition dirigée par Antoinette Foulques.

         En plaisantant, je disais alors, puisque j’avais appris que la femme de Jean-Claude Fasquelle l’avait quitté pour suivre son orientation différente lesbienne… que chez ces gens de la haute, si on s’autorisait quelques entorses aux conventions sociales, privilèges de classe, on en avait le droit, c’était inscrit dans leurs mœurs !... Mais qu’il ne fallait surtout pas que ces tolérances d’avantages qui étaient monnaie courante entre gens distingués de ce niveau-là, –  qui étaient considérés comme dissolus par l’Église – puissent jamais être mises à la portée des gens du bas peuple, ces peigne-culs et ces “sans-dents”– termes qu’utilisaient couramment le baron Jean-Claude Fasquelle–, ces sans manières et sans distinction. Car, vous n’y pensez pas : où irait alors le monde !....

          En résumé :

         Anne Schlumberger-Doll et Edmée de la Rochefoucauld avait fait leurs armes dans le même monde. Celui d’une classe privilégiée. Geneviève Patte et Françoise Dolto qui aspiraient au pouvoir avaient choisi ce filon-là qui permettait d’y arriver en le suivant et le servant, tout en s’en servant personnellement – stratégie habituelle qu’a repris Cécile Boulaire à son compte – en adoptant les principes de moralité de cette classe privilégiée, faite d’aristocrates, de bourgeois riches et d’intellectuels, englobant la classe moyenne… d’où il découlait fatalement que pour ces quatre personnes, comme pour la plupart de celles qui appartenaient à cette classe estimée par elle-même comme supérieure aux autres et donc immunisée du seul fait des supériorités qu’elles s’accordaient, il semblait de première nécessité de préserver, donc d’empêcher les classes défavorisées, parce que jugées inférieures à elles en toutes choses et parce que jugées incapables, par manque de capacités intellectuelles de s’informer et de tirer leçon de ce qu’elles entendaient ou lisaient, de pouvoir avoir accès à ces livres jugés élitistes qu’elle considérait comme faisant partie d’un domaine réservé.

          Alors que ma profession de foi, en arrivant à l’édition en 1965, se focalisait sur l’idée essentielle, celle qui avait forgé ma pédagogie “d’éducation active”, que la lecture était une conquête, une conquête qui, parce qu’elle permettait aux enfants d’arriver à la maîtrise d’eux-mêmes, devait être encouragée par l’école publique… je me trouvais face à des apédagogues qui certifiaient exactement le contraire en se donnant en plus, parce qu’ils en avaient le pouvoir, le droit de censurer, d’interdire ou de contrarier ma démarche de pédagogie de conscientisation.

           Pour un rappel des faits. Je disais bien dans mon premier catalogue au titre de Pdg de la Sarl française Les livres d’Harlin Quist :

  La sagesse est instinct

De l’enfance à la vieillesse qui retombe en enfance

L’état adulte n’est trop souvent que velléité,

Leurre, prétention d’omnipotence…

Par opposition, l’enfance devient infirmité,

Age d’or ou fatalité irrémédiable.

À trop la protéger on lui ment.

À trop la bercer on l’endort ou la rend débile.

Seule la vérité –toujours synonyme de cruauté –,

Simplement et sainement dite, peut favoriser

La juste interprétation personnelle

Du monde

           La philosophie apédagogique d’Anne Schlumberger-Doll et d’Edmée de la Rochefoucauld, Geneviève Patte et Françoise Dolto, se résume en somme en une moralité de bas étage pour ne pas dire une amoralité qui consiste à penser : Ce qui est bon pour nos enfants, (sous-entendu de la classe privilégiée), n’est pas bon pour tous. Et plus particulièrement pour les enfants du peuple. Cela, pour plusieurs raisons, dont la première est que nous avons, nous, adultes et parents informés, (sous-entendu de la classe privilégiée) acquis par la pratique et la prise de conscience – divorces, homosexualités, abus et corruptions de toutes sortes…– une expérience que les gens du peuple, par manque de savoir et de pouvoir s’informer et en raison de leur immaturité d’esprit, ne peuvent pas avoir et n’auront jamais.

           Par exemple et pour l’exemple, il est hors de question que l’on puisse permettre, dans un livre pour la jeunesse :

                -de montrer à des adolescents, comme le fait Nicole Claveloux dans Les Télémorphoses d’Alala, une protagoniste prenant la pilule anticonceptionnelle... alors que les adolescents (sous-entendu de la classe défavorisée), n’ont pas été habitués à contrôler leurs pulsions. C’est tout simplement les inciter à se livrer à toutes et n’importe quelles pratiques sexuelles puisqu’elles seraient, grâce à cette pilule, inoffensives et sans conséquences.

               -de leur donner l’exemple d’une mère ou d’un père, divorcé ou non, peut-être même devenu célibataire parce qu’homosexuel, élevant seuls leurs enfants, – cas de La Grippe de Niels et de Mon papa c’est ma maman –  car c’est banaliser le divorce, l’union libre, les familles monoparentales et encourager les enfants à faire pareil…

               - de prétendre qu’un enfant doit faire une révolution – ce que fait Ruy-Vidal dans Pierre l’ébouriffé –, car c’est purement et simplement inciter les enfants à se révolter contre les principes de moralité qui ont édifié notre civilisation…

           Bref, la réflexion étant un privilège de quelques-uns, Mesdames Anne Schlumberger-Doll et Edmée de la Rochefoucauld, Geneviève Patte et Françoise Dolto nous disaient qu’on ne pouvait pas parler de choses graves avec n’importe qui… que les gens du peuple, et leurs enfants encore pire, étaient des n’importe qui… qui n’avaient pas, en eux, les capacités psychiques de défense suffisantes pour acquérir de l’expérience –  celles que nous avons, nous gens de la haute, en naissant par privilège de classe ! –, pour réagir et pour maîtriser les instincts du mal, les débordements qu’en matière de sexualité nous pouvons nous, nous accorder, parce que notre éducation et notre savoir vivre nous a permis d’être immunisés des dangers que ces licences occasionnent…

           «Mais vous n’imaginez pas, me dira Denise Escarpit, tandis que nous abordions ce sujet des choses graves de notre société auxquelles les enfants sont journellement confrontés : non, François, vous n'imaginez pas les dangers tant vous êtes immoral... et les dégâts que cet étalage prématuré de choses qui les dépassent va induire dans l’esprit mal préparé des enfants !»

            Ce qui en conclusion nous ramène en somme, à une phrase prononcée en d’autres circonstances par le Général de Gaulle : «… ce serait la chienlit !

            Finalement, je ne publierai La Brousse qu’aux Éditions Universitaires-Jean-Pierre Delarge, en 1977, et ce, malgré l’intervention de censure que tenta d’exercer sur moi, après consultation de Françoise Dolto, Bernadette Delarge, l’épouse de Jean-Pierre Delarge.

           Et c'est aussi, sur les conseils de Dolto, qu’en 1977-78, Bernadette Delarge fera racheter – dans mon dos, sans me le dire et sans que Claude Lapointe ne m’en parle –, par son mari, Pdg des Éditions Universitaires, les illustrations de Pierre l’ébouriffé de Claude Lapointe pour bannir mon adaptation et y glisser sa version édulcorée.

           Mais pour en revenir à ces dates butoirs, je vous rappelle que :

               - l’anathème de Françoise Dolto est daté de décembre 1972 . Ce qui dépasse de 2 ans la date limite de 1970

               - Et encore moins pour Au fil des jours s’en vont les jours qui, bien que conçu et mis en œuvre en 1970, n'a été publié qu’en 1974 en même temps que ma version du Petit Poucet.

           Ce qui m'amène à dire, en conclusion, puisque, d’après ce que vous me dites, la BNF veut à tout prix, pour faire le buzz, se servir de Dolto (1972) et de Giroud (1974), que ma position ferme et précise est la suivante :

              Plutôt que de se servir de deux ou trois livres (Gertrude, Théo et Sur la fenêtre le Géranium) qui ont certes attiré l’attention des institutions de prescription mais sans entraîner de véritables interdictions, il me semble que la BNF ferait mieux de s’intéresser aux livres que je viens de citer puisqu’ils préfigurent, découlent et sont le reflet des diverses tendances, agitations et revendications caractéristique de mai 68 qui ont fait l'objet de l'anathème de Françoise Dolto.

             Si la BNF s’entête, je considérerai, en fonction des censures qu’elle a exercées de 1967 à cette année 2019 contre les livres que j’ai publiés et contre ma personne professionnelle, non seulement que je devrais m’entêter aussi mais que je ne lui donnerai aucune autorisation. Plus particulièrement pour Théo la terreur puisque le problème “racial” qui y est abordé – faire admettre aux enfants Blancs que les enfants Noirs étaient lotis de la même manière qu’eux et que leurs parents Noirs avaient les mêmes inquiétudes que celles qu’ils causaient aux leurs – ne souleva aucune manifestation notable. Alors que, comme je l’ai déjà dit plusieurs fois, Les Télémorphoses d’Alala soulevèrent de véritables haines : «Pas d’ça chez nous !» Haines qu’enregistrèrent Monique Bermond et Roger Bocquié, dans une cassette de leur émission Livre ouverture sur la vie qu’il faudrait absolument retrouver pour témoigner du racisme latent, perpétuel, insidieux qui est inscrit dans le conformisme français et que les enfants absorbent malgré eux, dès leur naissance, par osmose et contamination, par suite des confrontations inévitables qu’ils auront forcément avec les diverses manifestations de ce racisme..

            Cassette qu’il serait important de retrouver.

            De même pour les deux émissions de télévision réalisées au cours du premier trimestre 73, en réaction contre l’anathème de Françoise Dolto :

            - la première sur initiative de Marie de Poncheville, Jean-Claude Brialy et un des fils d’Yves Coppens.

            -La seconde prise en charge par mon ami Claude Chebel avec des enfants dont sa fille Ariane, ma filleule, et Caroline et Valérie, les filles de Jack Lang.

             Pour la énième fois, je rappelle aussi que pour le Festival du livre de Montreuil, sous l’impulsion de Rolande Causse, j’ai réalisé, avec mon fils, un diaporama Le pays qui nous appartient, à partir de dix livres de cette époque – dont le merveilleux livre Brise et Rose de George Sand (remanié par sa petite fille) illustré par Nicole Claveloux –, qui avaient été, en raison de leurs charges psycho-sociales, les plus controversés et mal notés du moment. Et, en conséquences, qui avaient été étouffés, ou menacés d’être étouffés, dans l’œuf, par les adeptes du conformisme ambiant dont se revendiquaient très fièrement les disciples de Geneviève Patte de La joie par les livres.

            Ce diaporama qui figure dans mes archives, pourrait facilement être repris et numérisé par Loïc Boyer, pour témoigner de l’étroitesse d’esprit avec laquelle, au cours de cette époque des années 60-70, les Institutions Nationales de Prescription procédaient, en s’obstinant, à ne pas vouloir tenir compte et encore moins prendre en compte, ni même simplement mentionner, des livres précurseurs alors qu’ils annonçaient, en étaient le reflet et participaient des changements et des évolutions de notre société.

           Ces indications, chère Viviane, chère Hélène, vous sont données aussi bien qu’à Loïc Boyer et à Cécile Vergez-Sans, pour que vous les utilisiez, si vous le jugez nécessaire, et si vous considérez comme moi qu’elles valoriseraient la Médiathèque Sagan, vos rôles et vos fonctions.

          La BNF ne m’intéresse pas.

          Je n’attends rien d’elle et je ne veux rien d’elle.

          J’ai donc lu le contrat proposé par la BNF. Je vais le soumettre à la Scam (Société civile des auteurs multimédias) dont je suis membre sociétaire puisque j’ai contribué à sa fondation en 1981, pour savoir ce que le juriste de cette société en pense et ce qu’il me conseille…

         Mais d’ores et déjà, personnellement, mon avis est pris : si le choix des livres n’est pas modifié, je ne donnerai aucune autorisation.

         D’autant plus que ne sachant pas ce qui va être dit sur ces livres et présumant que Mme Boulaire a toutes les chances d’être la reine de la place… qu’elle fera certainement pour tirer, à son habitude, les marrons du feu, une intervention dans le courant de la durée de cette exposition…   je ne vois pas réellement pourquoi j’apporterai ma caution à ces manifestations.

          Le contrat que la BNF me propose a des tonalités 18èmesiècle alors que je ne suis ni Voltaire ni Rousseau. La plupart des clauses de ce contrat – ce doit être de «la faute à Voltaire» et de «la faute à Rousseau» – ne fait que stipuler à plusieurs reprises que les accords qu’elle veut et qui l’intéresse d’établir, ne pourront être établis «…qu’à titre gracieux». Terme d’un autre monde puisque dans le nôtre, on le sait depuis belle lurette, tout se paie, tout s’achète et tout se vend.

         Le terme revient tellement souvent que, n’ayant jamais imaginé que la Congrégation puisse me payer un jour, il me donne sacrément envie de ne pas rendre la pareille, de ne pas être gracieux, de lui tirer la langue et de lui faire un pied de nez. D’autant plus que je sais, comme je l’ai supposé plus haut, que Mme Boulaire est prévue pour intervenir au cours de cette exposition et qu’elle sera rémunérée.

        Dois-je donner des verges pour me faire fouetter ?...Dois-je accorder “gracieusement” mes autorisations pour mieux payer Mme Boulaire et mieux favoriser l’injonction Ne les laissez pars lire les livres que j’ai publiés ?...

Non !... Trois fois Non !...

         En conséquence, j’exige que pour chaque livre ou illustrations qui sera cité, donc montré du doigt comme étant “ un livre à ne pas lire”, une somme de 100 euros soit reversée en don aux bonnes œuvres de la SCAM, ma société de gestion des droits des auteurs multimédias.

        A vous donc, Hélène, Viviane, Loïc, Cécile, d’agir avec les éléments historiques d’appoint que vous pouvez trouver dans les archives que j'ai fournies et avec ceux que je pourrais éventuellement encore vous livrer, pour servir la cause, dans la mesure où, et tant que, ma mémoire me le permettra.

 

        Je redis ici, à propos de C’est pour ton bien que même si ce livre est né de mon concept, que je n’ai rien à voir avec ce livre puisqu’il a été publié par Harlin Quist après notre séparation, dans la collection Encore un libre d’Harlin Quist 

 

       Et pas question, non pas question du tout, d’utiliser ma photo. Elle n’apporterait rien de plus à l’ensemble. Ce serait bien trop d’honneur fait à cet organisme qui n’a cessé de déblatérer sur mon compte et de me traiter comme mesdames Anne Schlumberger-Doll et Edmée de la Rochefoucauld, Geneviève Patte et Françoise Dolto souhaitaient qu’on me traite pour étouffer mon option d’édition et ne valoriser que celle qui correspondait à leur idée apédagogique d’éducation des enfants. Les photos de Cécile Boulaire et de Geneviève Patte, sa mère d’adoption, qui n’a jamais eu d’enfants, devraient suffire à la BNF pour attirer du monde. Du monde qui ressemble au monde bien-pensant et bien comme il faut qu’elles ont défendu et qu’elles continueront de défendre bien après ma mort.

 

        Avec mes salutations et mes remerciements pour tout ce temps que vous passez à défendre ces livres, leurs auteurs et leurs illustrateurs, que j'ai publiés.

                                                            François Ruy-Vidal

 

 



07/07/2019
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