2019/11/18 DEMANDE DE DROIT DE RÉPONSE A MÉMOIRE DU LIVRE

Email : ruyvidal@free.fr 

 

          A                            Messieurs et Mesdames les Responsables

de Mémoire du Livre

                                                                                Siège social : 7 Hameau Michel-Ange,

                                                                                                                                   75016 Paris.
                                                                               contact@lamemoiredulivre.com

 

Ref : Article de CécileVergez-Sans paru dans Mémoire du Livre

Objet : Demande de réparation en droit de réponse

 

            C’est par hasard que j’ai découvert, sur internet, l’article, publié par Cécile Vergez-Sans, dans Mémoire du livre intitulé : Le discours d’éditeurs français d’albums pour la jeunesse de la fin des années 1960. Et c’est la surprise, l’ahurissement, l’hébétude qu’il me causa qui est la raison de ma demande de réparation.

           J’ose espérer, puisque Cécile Vergez-Sans et moi sommes en correspondance suivie depuis octobre 2015, que vous comprendrez l’étonnement et le mécontentement que j’ai éprouvé en découvrant qu’elle n’ait pas cru bon, ne serait-ce que par politesse, avant de donner à publication ses interprétations fantaisistes et inappropriées de faits qui me concernent, de me parler de ses intentions de livrer au public des renseignements qui relèvent de mon intimité professionnelle.

           Des interprétations que Cécile Vergez-Sans s’autorise à faire – ce qui est son droit –, à partir de faits qu’elle a puisés dans les archives que j’ai déposées à la Médiathèque Françoise Sagan mais en s’exposant – ce dont, je suppose, elle n’a pas connaissance – aux poursuites judiciaires pour cause de diffamation et de préjudice porté à ma personne morale.

           Je précise, pour simple rappel, que ces archives sont gérées par Mme Viviane Ezratty la conservatrice en chef de la Médiathèque Françoise Sagan et par son adjointe Mme Hélène Valotteau et qu’elles étaient ouvertes avec mon approbation au libre accès de Cécile Vergez-Sans.

Ceci étant dit, forcé par la pusillanimité, ou par la perfidie, des interprétations dénuées de fondement auxquelles se livre Cécile Vergez-Sans, je me vois dans l’obligation de reprendre, point par point, la relation falsificatrice, par allusions désobligeantes et insinuations, qu’elle utilise dans huit de ces articles, puisque j’estime qu’elle met en doute, sans argumentation probante, les options éditoriales que j’ai prises et qu’elle porte tort à mon honneur professionnel.

           Le mal est fait et je n’ai aucune raison de penser qu’il a été fait par inadvertance. Votre participation, par ignorance certainement, est aussi clairement établie… Aussi, sans vous accuser de complicité, j’estime de mon droit de vous demander que vous m’accordiez, en réparation des préjudices causés, afin que la vérité des faits soit, tant bien que mal, rétablie…en droit de réponse…la publication par vos soins des rectifications qui suivent.

          D’autant plus que cette publication de mes rectifications permettrait d’honorer cette littérature pour la jeunesse, considérée souvent comme sans importance, voire négligeable et mineure par bon nombre d’éditeurs de jeunesse eux-mêmes et qui, de ce fait, constitue une sorte de landernau où la déontologie de principe qui régule à bon escient et gère la littérature et les productions littéraires pour adultes n’a pas cours et, souvent même, se trouve bafouée et niée, en raison de ce peu d’importance et de cette minorité qu’on a décrété, par lâcheté et inconséquence ou par intérêt économique, d’accorder au genre même que représente la littérature pour la jeunesse.

          Cécile Vergez-Sans, contrairement à ce qu’elle m’a donné à penser depuis que nous sommes en relation, rallie ici, dans cet article que vous lui avez permis de publier, le rang de ces analystes-critiques qui se prétendent historiennes, alors que par opportunisme, pour obtenir des postes dans les Institutions de prescription ou simplement des grades dans leur hiérarchie administrative universitaire, et pour ne pas s’attirer les vindictes des gros éditeurs qui n’ont aucun intérêt à encourager la réflexion critique sur leurs productions de masse, ils et elles oublient qu’en interprétant, à leur guise, des faits précis qu’ils et elles n’ont pas connus, en les sortant de leurs contextes, ils et elles les dénaturent et les falsifient, outrepassant parfois même jusqu’à diffamation celui qu’ils et elles mettent en cause alors qu’il a vécus ces faits, en a en été le témoin et, dans mon cas, en a payé chèrement et largement le prix…

           Pratiques récurrentes caractérisées par un bavardage batifolant, des insinuations de délayage, sulfatage et saupoudrage… qui n’ont pour but, en fait, que d’éviter à ces analystes-critiques, peu scrupuleuses et manquant de rigueur objective, de ne pas traiter du sujet central qui devrait les préoccuper : les contenus-constituants véhiculés par l’establishment de l’édition traditionnelle et les modes d’inculcation de type endoctrinaires, sous prétexte de divertissement sans importance, de ces contenus-constituants.

           Ce sont à ces sujets-là, sujets qui fâchent, que ces analystes-critiques préfèrent ne pas s’achopper… Puisqu’à les traiter, si elles s’y risquaient, elles contreviendraient aux intérêts économiques des trusts d’édition pour la jeunesse et leur vaudrait, par retour de bâton – à supposer qu’elles aient le courage de le traiter pour en informer le public –, des contrariétés diverses dans l’établissement de leur notoriété, dans l’avancement de leur carrière et dans  l’obtention de leurs diplômes ou de leurs grades dans les diverses fonctions de prescripteurs-trices en matière de productions pour la jeunesse.

            Cette omerta sur les sujets qui fâchent donne rarement lieu à des dénonciations. La grande presse se muselle. La rubrique littérature pour la jeunesse, si elle en parlait, équivaudrait à celle des chiens écrasés. Ce qui revient à dire que ce silence est tellement inscrit dans les mœurs qu’il ne donne même pas lieu d’éveiller l’attention des parents, principaux consommateurs de littérature pour la jeunesse… entrainant de ce fait, par voie de conséquence, l’exonération pure et simple, d’une manière générale, des consciences de la confrérie des personnes qui s’exercent aux analyses critiques de cette Littérature pour la jeunesse. D’autant plus aisément d’ailleurs que ces analyses-critiques savent pertinemment qu’ils et elles ne figureront jamais dans cette grande presse mais, comme le disait déjà Marc Soriano, qu’ils et elles seront cantonnés dans les colonnes de «petits bulletins paroissiaux».

              Loin de moi pourtant de généraliser car il s’est trouvé, parmi ces analystes-critiques, historiens-nes du livre, ou simples prescripteurs-trices, des personnes intègres qui, conscientes de l’importance de cette littérature pour la jeunesse et désireux-euses de l’extraire de ce landernau envasé, ne se sont pas résignés à ce silence mortifère qu’imposent implicitement les grands trusts éditoriaux, internationaux parfois, bénéficiaires d’une économie de marché sans régulation par un appareil de réflexion critique vigilant.

               Rappeler le travail qu’accomplirent Marc Soriano, Raoul Dubois, Robert et Denise Escarpit, Michèle Piquard, Isabelle Nières-Chevrel, Annie Renonciat… prouve que l’examen qualitatif et sélectif, sur le plan littéraire et anthropologique, des livres destinés à l’enfance et à la jeunesse est chose indispensable et rigoureusement possible.

               Chemin, hélas, que ne prend pas Cécile Vergez-Sans dans cet article que vous publiez.

 

DE LA MARGINALITÉ VRAIE ET FAUSSE DES LIVRES QUE J’AI PUBLIÉS.

 

               Ces considérations générales étant posées, vous trouverez ci-après parmi tous les faits cités par Cécile Vergez-Sans dans son article, ceux litigieux mal interprétés et improprement cités ou qu’elle a franchement falsifiés et que je remets en cause parce qu’ils relèvent du genre de répétitions qui, en vue de discréditer l’option éditoriale que j’avais adoptée et les livres qui en découlaient, s’en prenaient à ma personne et à ma réputation, en me faisant passer pour un inconstant et un instable.

              J’étais, à leur dire, une sorte de dandy et de «raté à la mode», dont les «livres snobs» qu’il avait mis sur le marché étaient invendables parce qu’ils n’étaient pas «pour les enfants» et qui, en conséquence de leurs méventes, avait été obligé, par quatre fois, de changer de maison d’édition.

             Ce qui n’était que pur mensonge et allégations discréditrices puisque, ces changements de maison d’édition ne m’avaient nullement été imposés en conclusion de productions invendables mais étaient intervenues pour des raisons très précises et très explicites selon des planifications personnelles, parce que je l’avais décidé : soit à l’occasion d’une fin de contrat négociée – chez Grasset – soit parce que j’avais eu le désappointement de constater des entorses graves faites par mes associés aux contrats que nous avions établis : par Harlin Quist dans le cadre de la Sarl française dont j’étais le gérant majoritaire, par Jean-Pierre Delarge aux Éditions Universitaires, et par Bernard Foulon aux Éditions Hatier-l’Amitié. 

              Mauvaise et fausse réputation qui me fut faite dont se sont copieusement servi les tenants de l’édition traditionnelle, (celle des trusts internationaux et des éditeurs d’héritage) ainsi que les prescriptrices de La Joie par les livres sous l’égide de Geneviève Patte, et que reprend de plus belle, 50 ans après, Cécile Vergez-Sans aujourd’hui, en se fiant à ces racontars discréditeurs, pour donner et imposer, dans une sorte de spirale de déductions diffamatoires en chaîne, tournant sur elle-même, sans qu’on ne m’ait jamais donné, dans ces «petits bulletins paroissiaux» la possibilité d’argumenter contradictoirement et de justifier mes options d’édition, que les livres que je proposais étaient inappropriés pour les enfants, qu’ils étaient désavoués par les parents et par les institutions de prescription, qu’ils étaient inadaptés au marché de librairie français et, en conséquence, difficilement commercialisables, voire carrément invendables… etc…

              Sans que Cécile Vergez-Sans, ses confrères et consœurs, ne parlent jamais de l’exclusivité qu’imposaient au marché de librairie – à l’encontre flagrante de la liberté du commerce –, les trusts d’édition et l’édition d’héritage, détentrices en exclusivité des plus de 24 000 points de ventes de livres, plus ou moins assimilables à des librairies (bureaux de tabacs et épiceries même) qui faussaient notoirement la donne…

            Où était exactement la liberté du commerce et le droit à la concurrence dans ce dispositif installé par les détenteurs de « l’édition sans éditeurs» – Merci André Schiffrin– au détriment total et meurtrier des livres des petits éditeurs ?... 

           Prétendre donc que les livres étaient invendables fait donc partie de cette machination à laquelle Cécile Vergez-Sans souscrit alors que ce n’était pas le cas puisque les livres de la Sarl française Un livre d’Harlin Quist se vendaient de mieux en mieux, au fur et à mesure des parutions et que l’impact surprenant et déstabilisant de la nouveauté qui les avait accueillis en 1967 s’imposait dans le temps au fur et à mesure des parutions en faisant tâche d’huile… ce dont se glorifiait François Béra, le directeur de Diffédit, qui avait pris le risque de choisir, après Interforum, de les prendre en distribution dans cet étroit marché que constituaient les moins de 500 librairies indépendantes qui existaient, et qui existent toujours, en France, en opposition aux 24 000 points de vente dont les actionnaires sont les grands trusts éditoriaux et les maisons d’édition d’héritage.

            Preuve supplémentaire du succès de ces livres nés de concepts nouveaux– que ces détracteurs-trices passent également sous silence – l’accueil bienveillant et enthousiaste que la plupart des éditeurs européens spécialisés en littérature pour la jeunesse avaient fait aux premiers livres que j’ai initiés en France et produits dans le cadre de la Sarl française Un livre d’Harlin Quist dont j’étais à la fois l’éditeur et le directeur de collections.

           Rappeler que les coéditions, qu’Harlin Quist et moi-même organisions, regroupaient la plupart des pays limitrophes de la France : l’Italie, la Suisse allemande, l’Allemagne, la Hollande, la Suède et le Danemark, avec un total de 9 coéditeurs si on comptait la France pour la première édition et les États-Unis et le Royaume Unis où ils étaient publiés automatiquement et en même temps, aurait certainement été, si Cécile Vergez-Sans en avait tenu compte, une preuve du manque de véracité de ses allégations. 

En vérité, Cécile Vergez-Sans, s’aligne-là sur la campagne de dénigrement qu’avaient intérêt à mener l’ensemble des éditeurs traditionnels concurrents français pour défendre leurs productions, en prétendant que ces changements de maison d’édition étaient dû aux méventes des livres que je produisais. Ils passaient ainsi sous silence, pour me discréditer et discréditer les livres produits, les véritables raisons de ces changements de maisons d’édition, en mettant, au contraire, l’accent sur des raisons inventées de non-adaptation aux enfants, non-commercialité qu’ils préféraient choisir perfidement d’avancer pour justifier l’insignifiance de leurs productions.

            Ce qui révèle, bien entendu, une autre bonne façon de taire ou de donner pour rien les combats que j’ai dû mener pour que ces livres conçus à partir d’options et de concepts nouveaux existent et soient proposés à la réflexion des enfants.

            Combats par exemple contre les malhonnêtetés avérées, que je n’ai pas inventées, d’Harlin Quist et de Jean-Pierre Delarge, puis contre l’animosité d’un éditeur d’héritage, Bernard Foulon qui, par haine du fief plutôt dissident de Hatier que constituaient les Éditions de l’Amitié, gérées par son cousin germain honni François Foulon… qui ira jusqu’à requérir l’intervention de l’archevêque Vilnet pour censurer le livre de Michel Tournier La famille Adam… ruinant ainsi catégoriquement mon implantation aux Éditions de l’Amitié.

            Étape dernière que celle des Éditions de l’Amitié-Hatier qui mettait fin à ma tentative de collaboration avec les tenants de l’édition conformiste traditionnelle française alors que les 30 livres que j’avais publiés se vendaient correctement.

            La mise en solde brutale par Bernard Foulon de ces 30 livres que j’avais publiés en collaboration avec François Foulon et Catherine Scob aux Éditions de l’Amitié, sans aucune rémunération aux intéressés (à moi, directeur de collection, aux auteurs et aux illustrateurs) fut et me parait être encore aujourd’hui, le comble de la malhonnêteté puisqu’elle s’est pratiquée sans que personne, ni dans la Grande presse, ni, à plus forte raison dans les «petits bulletins paroissiaux» ne trouve raison de s’en insurger.

          Car, personne n’a jamais cru bon de parler du procès que j’avais fait à Hatier pour la censure du livre de Michel Tournier, ni des résultats de ce procès, et encore moins bien entendu de cette mise en solde, par rétorsion d’avoir perdu en justice que Bernard Foulon pratiqua sur les 30 livres que j’avais publiés.

         Je dis bien : personne !... Puisque même les auteurs et illustrateurs concernés par cette entorse à leurs droits qui auraient pu m’épauler pour que nous obtenions ensemble réparation, préférèrent se taire.

Par ailleurs, enquêter auprès des Éditions Grasset comme aurait pu le faire Cécile Vergez-Sans avant d’énoncer ses inépties. Semble avoir été superfétatoire ou trop pénible pour l’historienne qu’elle prétend être…Pourtant elle aurait pu apprendre que parmi les 31 livres publiés chez Grasset de 73 à 76, une vingtaine d’entre eux se sont vendus pendant 30 ans sans interruption en donnant lieu à plusieurs rééditions…  Que 5 d’entre ces livres se vendent encore aujourd’hui, soit 45 ans après leur première publication…etc

         Cécile Vergez-Sans pourrait prétendre ignorer ces faits mais elle mentirait car des traces évidentes de ces malversations figurent dans les pièces d’archives conservées à la Médiathèque Sagan qu’elle a soigneusement compulsées.

          L’ignorance n’ayant ici, si elle était invoquée, pas la moindre excuse !

         Sinon, comme je le répète, d’être le prétexte à se répandre en propos diffamatoires sans fondement pour mieux ne pas énoncer, voire ne pas dénoncer, les irrégularités et les passe-droits que se sont accordées pour protéger leurs privilèges, la plupart des tenants de l’éditions traditionnelle conservatrice avec qui j’ai eu à frayer.

 

PREMIERE RÉPONSE : DU FOND ET DE LA FORME EN LITTÉRATURE

 

Cécile Vergez-Sans dit :

            F. Ruy-Vidal produit ici une déclaration –il n’y a pas de littérature pour enfants…– suffisamment marquante pour être toujours très connue et fréquemment reprise dans les prises de parole sur le livre pour enfants. Une interrogation sommaire de ce que nous pourrions appeler les « traces » du discours éditorial montre ainsi que, quelque 46 ans plus tard, une requête très générale sur internet partant des derniers segments de ce texte pointe, en français, 26 résultats.

 

            L’échange de mails que j’ai eu dernièrement avec Sandra Alvarez de Toledo des Éditions l’Arachnéen, donne bien l’idée de la confusion récurrente, généralement entretenue sur fond et forme en littérature, par des personnes qui n’ont pas suffisamment réfléchi à ce que la littérature était intrinsèquement et, dans le meilleur ou le pire des cas, pouvait être et devenir. Ni en ses qualités d’expression singulière ni, comme le disait Jean-Paul Sartre, en ses pouvoirs de «dévoilement».

Sur ce point, Cécile Vergez-Sans, préfére rejoindre le conformisme traditionnel et s’en tenir à ce qu’est devenue la littérature pour la jeunesse, alors qu’adaptée et déconnectée de la Littérature dite pour adulte, elle n’est plus qu’un sous-genre, un ersatz et qu’elle n’a presque plus rien à voir avec ce qu’est la littérature pour adulte.

           C’est en fonction de cette constatation que je me suis toujours efforcé, par les auteurs que je sollicitais (Eugène Ionesco, Marguerite Duras, Jean-Claude Brisville, Jean Joubert, Richard Hugues, Michel Tournier, Pascal Quignard, Bernard Lascaux) et par les livres que je publiais, de donner aux jeunes lecteurs la possibilité de se confronter à de la vraie littérature.

          En toute bonne foi, je peux supposer que même ces personnes qui œuvrent dans et autour de la littérature pour la jeunesse ne s’intéressent pas vraiment à ce qu’elle est et à ce qu’elle peut apporter, particulièrement aux enfants et à la jeunesse, en éléments de constitution et d’enrichissement pour affirmer et consolider leur identité et leur personnalité.

          Confondre fond et forme en littérature comme le fait ici Cécile Vergez-Sans est une preuve qu’elle n’a fait que survoler mes archives ou bien qu’elle n’a rien compris à ma démarche éditoriale. Preuve aussi, qu’à l’évidence, elle n’a pas lu La galaxie Gutenberg de Marshal Mac Luhan ni les réflexions de Jean-Paul Sartre dans Qu’est-ce que la littérature ?

          En cela encore, Cécile Vergez-Sans rejoint les prescriteurs-trices spécialisés en littérature pour la jeunesse négligents qui ne se préoccupent pas, pour diverses raisons qui justifient leur non-considération, de savoir ce que par la forme seule, cette littérature, quand elle est vraie, peut dévoiler et révéler en chacun des lecteurs…

          Pour un bref rappel, je redirai ici, à Cécile Vergez-Sans qui semble l’ignorer, que cette confusion que font généralement, les prescripteurs-trices trop axées sur ce qu’est devenue depuis l’après-guerre la littérature pour la jeunesse, en ne distinguant pas les deux composantes que sont le fond et la forme, fut, et est encore une source d’erreur qui incite ces personnes à mésinterpréter ma phrase «Il n’y a pas de littérature pour enfants il y a la littérature» et à prétendre qu’elle porte en elle-même sa propre contradiction.

         Cette confusion fut faite spectaculairement en public, en son temps, en janvier 1974, par Hélène Gratiot-Alphandéry, psychologue de renom, lors de sa présidence du Colloque des arts décoratifs organisé par François Mathey, conservateur du Musée des Arts Décoratifs et Pierre Belvès directeur de l'Atelier des moins de treize ans.

         Hélène Gratiot Alphandéry, tenant en main le catalogue inaugurant Grasset Jeunesse que j’avais concocté pour lancer la collection 3 Pommes offrant aux enfants plusieurs qualités diverses d’illustrations et plusieurs variétés d’écritures donc de lectures, annoncées par cet aphorisme “Il n’y a pas de littérature pour enfants il y a la littérature…” croyant me prendre en faux prétexta, en ouverture de ce colloque, que je me contredisais puisque je classais moi-même les livres que je produisais, selon des paliers de maturité d’esprit des enfants, pour ceux de 7 ans, de 9 ans, pour les lecteurs en herbe de 11 ans, pour les adolescents … etc..

          Prenant le micro et l’interrompant, spontanément, réaction instinctive que je n’avais pas préparée, j’eus vite fait de démonter son accusation : sur le plan de la forme, la littérature était la littérature et je ne voyais aucune raison de la triturer pour l’adapter, la pasteuriser à moins de vouloir bêtifier en parlant bébé pour se faire comprendre, alors que pour ce qui s’agissait du fond, il était normal et souhaitable et même recommandable que sur ce plan-là, les livres soient précisément conçus et choisis en fonction des centres d’intérêts des enfants et en tenant compte de leur âge et de leur niveau intellectuel de maturité.

 

     DEUXIEME REMARQUE ( qui est la sixième dans l’ordre chronologique de l’article de Cécile Vergez-Sans)

             Cécile Vergez-Sans dit :

            Interrogé sur la question pour la Maison des jeunes et de la culture (MJC) de Bourges en 1968, il commence par développer une réflexion sur leur nature intrinsèque, à partir de théories cinématographiques qu’il a connues via l’Institut des Hautes Études Cinématographiques (IDHEC), selon lesquelles le texte s’adresserait davantage à la compréhension intellectuelle et l’image davantage à une perception sensorielle.»

             Ce selon employé plusieurs fois me déplait. Il laisse planer un doute. Je préfèrerais que Cécile Vergez-Sans cite exactement mes propos qui font référence, sur le plan culturel, aux deux types de lecture auxquels nous sommes constamment soumis, à notre insu parfois, qui utilisent, pour que nous soyons en mesure de les percevoir, sans assurance de les comprendre, des cheminements différents, parfois complémentaires, celui de notre nature acquise pour les textes et celui de notre nature innée pour les images. Théorie qui rejoint d’ailleurs celle que développe admirablement Marshall Mac Luhan dans la Galaxie Guttemberg.

            J’estime que Cécile Vergez-Sans, si elle était franchement honnête, aurait dû employer en me prêtant ces propos le terme affirme, car il s’agit bien de ma part, dans ces deux cas, d’affirmations d’importance qui faisaient partie des cours d’enseignement de l’IDHEC, mais qui ont été reprises à la FEMIS aujourd’hui et n’ont donc, en conséquence, aucune raison d’être mises en doute, sans argumentation étayée par une amatrice non-spécialiste de la lecture des images et des textes.

Affirmations qui ont toujours lieu d’être considérées comme exactes, dont j’avais pris conscience en 1960 alors que j’étais débatteur de ciné-club et que j’avais par la suite, en prenant des initiatives d’édition, toutes les raisons de mettre en application, au service de l’option que j’avais choisie, puisque je voulais donner, dans les livres que je publierais, une part aussi importante aux illustrations que celle que l’on accordait habituellement au texte seul.

            Traiter par-dessus la jambe comme le fait ici Cécile Vergez-Sans et comme si ces affirmations de l’IDEHC et de Marshall Mac Luhanh étaient des élucubrations est d’une stupidité d’autant plus impardonnable que ces affirmations, que je n’ai pas inventées et qui n’ont jamais été, à ma connaissance, contestées, ont mobilisé mon énergie pendant tout mon parcours professionnel et guidé constamment ma façon de concevoir tous les livres que j’ai publiés.

            La manière par contre dont Cécile Vergez-Sans traite ces deux sujets en les rabattant au rang de ouï-dire sans grande importance est simplement preuve du peu d’intérêt qu’elle accorde elle-même aux deux processus de lecture, celui des textes et celui des images, auxquels s’ajoute forcément un troisième processus de surplomb des deux premiers.

           Manquant de courage ou d’informations pour faire état de ces processus des 3 lectures, par ignorance ou dédain, Cécile Vergez-Sans pense certainement qu’il suffit de se contenter de persifler et d’insinuer, plutôt que de s’attarder à argumenter sur la véracité des faits, pour convaincre ses lecteurs. Douce Hérésie dont je ne la croyais pas capable et qu’elle ferait pas mal de remettre en cause si elle veut intéresser vraiment son lectorat.

         

 

TROISIEME REMARQUE (qui était la “Première d’importance” dans l’ordre chronologique de l’article de Cécile Vergez-Sans) :

           Remarque qui s’impose à tout lecteur du titre de l’article choisi par CVS Le discours d’éditeurs français d’albums pour la jeunesse.Titre qui, d’une certaine manière, soit dit en passant, s’inspire de celui, généralisateur et sujet à confusion, d’une collection des éditions MeMo Histoire de l’album.

         Mais de quels genres d'albums parlons-nous?...

         Car, de quel genre d’albums Cécile Vergez-Sans veut-elle nous parler ?...

         Des précisions liminaires s’imposaient mais dont Cécile Vergez-Sans ne s’embarrasse pas alors qu’il existe sur le marché tant de sortes d’albums que les lecteurs ont de quoi se demander si on ne va pas leur parler d’album de disques et de chansons…

          Or, autre rappel indispensable, chose dont Cécile Vergez-Sans semble ne pas devoir tenir compte :

           --je n’ai pas publié que des albums.

           --La plupart des albums que j’ai publiés ont en majorité, quelle que soit l’importance du texte, été qualifiés et présentés rigoureusement par moi comme étant des albums de littérature illustrée. Et ce, parce qu’ils sortaient des cadres habituels des albums traditionnels pour enfants qui ne comportaient, et ne comportent en général, que des phrases courtes qu’on peut facilement assimiler à des légendes.  

           Ces albums de littérature illustrée impliquant non pas deux lectures mais trois lectures :

           --la première étant littéraire et intellectuelle,

           --la deuxième – souvent la première en raison de l’attraction des images – étant sensorielle émotionnelle, que j’ai appelée lecture graphique pour encourager les illustrateurs à structurer leurs images plutôt que de se contenter de ne donner que des images d’inspiration.

          --la troisième étant comparative et de survol, allant du texte aux images et des images au texte. Double lecture donc contrapunctive, voire contradictoire, selon la liberté interprétative de l’illustrateur, considéré, dans l’œuvre de collaboration, comme un véritable créateur et non plus, comme il l’était habituellement, un enjoliveur d’accompagnement.

       

DES MÉRITES A RENDRE POUR CE QUI EST DE MON DEPOT D’ARCHIVES

 

QUATRIEME REMARQUE ( qui était la deuxième dans l’ordre chronologique de l’article de Cécile Vergez-Sans) :

          Cécile Vergez-Sans écrit : Enfin, le dépôt récent des archives Ruy-Vidal, alors que ces fonds sont particulièrement peu nombreux en édition pour la jeunesse, peut être considéré comme une autre manière de « faire discours » et de poursuivre, dans un geste éditorial à longue portée, la construction et structuration de ce champ éditorial[82].

          Cette manière d’interpréter les choses révèle plus la personnalité de Cécile Vergez-Sans que la mienne. Elle me prête des intentions que je n’avais pas. «La psychologie, comme l’a très bien dit Dostoïevski, est une arme à double tranchant, elle explique autant, et parfois mieux, celui qui l’exerce que celui sur lequel on l’applique. »

           Le mérite du dépôt des pièces d’archives à l’Heure Joyeuse est à porter beaucoup plus à l’intelligence désintéressée de Françoise Lévêque, conservatrice de la bibliothèque L’Heure Joyeuse, première bibliothèque en France, détentrice d’un fond patrimonial et à sa conscience professionnelle, qu’à mes intentions et à mon initiative personnelle.

           C’est elle qui m’a encouragé car je n’imaginais même pas que ces documents de diverses sortes, hormis ceux qui pouvaient servir à des rééditions, puissent intéresser quelqu’un. Même si, par contre, je m’étais effondré cependant, pleurant littéralement, lorsque je fus contraint, financièrement contraint, suite à l’anathème prononcé par Françoise Dolto, dans l’Express de décembre 72, le compte de la Sarl française étant bloqué, d’abandonner la maison individuelle de Boissy-Saint-Léger – que j’vais louée et où j’avais choisi d’habiter parce qu’elle comportait un garage chauffé capable d’assurer la conservation du stock de livres édités et les diverses pièces de comptabilité et d’éditions ( films des illustrations plus particulièrement)– et forcé, en quittant cette maison, pour venir habiter Paris et assumer mes fonctions à la création de Grasset-Jeunesse, de jeter dans une benne, toute une première partie de ces documents.

           Disons pour conclure que le dépôt consigné à l’Heure Joyeuse et conservé maintenant à la Médiathèque Sagan, ne représente que le tiers de ce que j’aurais pu déposer et que c’est à Françoise Lévêque, puis à celle qui lui a succédé, avec la même volonté de préserver ces pièces-témoins de mes activités d’édition, Viviane Ezratty, qu’il faut dire merci.

 

NE PAS CONFONDRE FAILLITE ET REGLEMENT JUDICIAIRE

 

CINQUIEME REMARQUE ( qui était la troisième dans l’ordre chronologique de l’article de Cécile Vergez-Sans) :

             Cécile Vergez-Sans dit : « En 1973, après la faillite des Éditions Un Livre d’Harlin Quist, F. Ruy-Vidal deviendra directeur de collection chez Grasset-jeunesse (1973-1975)…»

Puis, un peu plus loin, CVS répète : « Cette déclaration intervient dans un contexte particulier : les Éditions Harlin Quist viennent de faire faillite…»

           Deux grandes parties s’imposent dans ma réponse à propos de cette prétendue faillite :

             --Les actes délictueux pratiqués contre la Sarl française par Harlin Quist

             --La goutte d’eau en plus que fut l’affaire de l’album sans texte Le Galion

           Non, il n’y a pas eu de faillite mais seulement mise en liquidation judiciaire de la Sarl Un livre d’Harlin Quist. Mise en liquidation qui fut transformée, par ma volonté de faire face aux actes délictueux de mon associé Harlin Quist et d’assumer les torts reprochés à la Sarl – ennuis et torts qui n’étaient pas des dettes ou des impossibilités de payer –, en engageant, judiciairement parlant, ma responsabilité de gérant majoritaire de cette Sarl Un livre d’Harlin Quist, pour obtenir, par un concordat établi avec le tribunal de commerce de Paris, le redressement judiciaire de la Sarl.

           Menace de mise en liquidation qui, contrairement à ce que l’on pourrait penser ne me fut pas infligée pour mévente de livres et dettes impayées– ce qu’affirme en insinuant Cécile Vergez-Sans pour étayer sa thèse diffamatoire imbécile – mais parce que c’était le seul moyen qui s’était présenté à moi, pour mettre fin aux abus nombreux et répétés qu’Harlin Quist qui, lui, avait été mis en faillite à New York, ne cessait de me créer à Paris, dans l’intention ferme et franche de me pousser hors de l’entreprise française que nous avions créée, pour s’accaparer de la Sarl qui portait son nom et dont il prétendait être le propriétaire.

           Je répète donc, non seulement que cette menace de mise en liquidation n’était pas une faillite mais qu’elle venait en quelque sorte à point. Et que je l’ai considérée, alors que j’étais à l’extrême limite de mes forces, quoi qu’elle puisse me coûter, comme une planche de salut… En ajoutant, pour le dire franchement,  que sans la provoquer ni la préméditer, j’avais fini, de guerre lasse, par la souhaiter. Certes, comme un pis-aller, mais parce que c’était, après plusieurs tentatives d’obliger mon associé à respecter nos accords amorcés verbalement à partir d’octobre 1964, précisés en 1965 et seulement confirmés juridiquement en août 1966, la seule manière de me séparer d’Harlin Quist et de lui faire prendre conscience de la monstruosité de ses actes. Actes délictueux de détournements d’argent qui portaient tort juridiquement aussi bien à ma personne qu’aux livres que nous avions publiés ensemble.

 

LA GOUTTE D’EAU EN PLUS QUE FUT L’AFFAIRE DE L’ALBUM LE GALION

 

           Cette occasion de ne plus avoir à endosser les actes délictueux auxquels se livrait mon associé Harlin Quist, m’arriva lors de l’exploitation du livre Le galion de Guillermo Mordillo que j’avais initié sans tenir compte des avis négatifs de mon associé. Livre simple, sans texte, qui aurait pu faire la fortune de la Sarl française dont j’étais le gérant majoritaire mais qui fut au contraire, dérisoirement, la raison majeure de sa mise en liquidation.

          Mise en liquidation qui n’a rien à voir avec cette prétendue faillite dont parle, par ignorance, Cécile Vergez-Sans.

          Ce Galion fut la goutte d’eau de trop qui forgea, au cours du dernier semestre de l’année 72, après 5 années pleines de collaboration fructueuse sur le plan des productions, ma détermination de ne plus me prêter aux différentes tentatives frauduleuses qu’Harlin Quist entreprenait pour me destituer de ma position de gérant majoritaire afin de rester seul maître de la Sarl française que nous avions fondée.

          Il s’agissait, question vitale pour Harlin Quist, alors qu’il avait été, lui, mis en faillite aux États-Unis, de “se refaire” dans son pays en se servant des livres que j’avais initiés : les Quatre contes d’Eugène Ionesco, Ah ! Ernesto, de Marguerite Duras, des Télémorphoses d’Alala de Guy Monréal… et surtout de l’album sans texte Le Galion, en raison du succès fulgurant qu’il avait remporté internationalement… sans avoir à repayer à la Sarl française les droits qui lui revenaient.

          Et ce Galion que j’avais publié sans lui demander son avis et qu’il avait exécré, devenait pour lui, en fonction des bonnes critiques dont l’album avait été salué dès sa première publication, la seule chance de pouvoir ré-obtenir un compte à la Chase Manhattan Banque de New York, afin de redorer son blason et de pouvoir recréer une nouvelle Société d’édition anglo-américaine..

          C’est dans cette perspective et selon une stratégie d’usupateur, de manière à ne pas avoir à repayer de droits à la Sarl française détentrice du copyright de l’album sans texte de Guillermo Mordillo, Le galion, dont j’avais réalisé, seul, à Paris, en 1970, la première édition, qu’Harlin Quist eut l’idée, pratique et simplissime, de planifier aux États-Unis cette fois – et non plus en Europe comme tous les autres livres en édition anglo-américaine qu’il avait publiés jusque-là, dans le cadre d’une coédition européenne – une réédition de cet album sans texte.  

          Idée pratique qui impliquait que je consente à lui fournir, en raison des conditions techniques d’impression différentes aux USA, un jeu de films négatifs en quadrichromie des illustrations du livre qui lui permettrait d’imprimer en offset son édition américaine du Galion outre-Atlantique.

         Ce qui en somme revenait à dire qu’une fois obtenu ce jeu de films, Harlin Quist pourrait s’en servir pour imprimer autant d’éditions de ce livre qu’il pourrait vendre sur cet immense marché que représentaient les 50 États composant les USA sans avoir de compte à rendre à personne ni, bien entendu à moi qui avais été l’initiateur de l’album, ni à la Sarl française qui en détenait le copyright. 

         Harlin Quist me fit sa demande en urgence et, comprenant l’importance et la gravité que pourrait prendre mon refus, j’opposais simplement un échange de bon procédé, autrement dit un chantage amiable : je lui procurerais ce jeu de films à condition qu’il le paie et qu’il signe le contrat que j’avais établi pour lier la Sarl française détentrice des droits du Galion à sa Société anglo-américaine dont il était seul actionnaire.

          Mais Il refusa. Et je tins bon.

         Sans pour autant qu’Harlin Quist amorce le moindre geste de conciliation et n’envisage enfin de signer tous ces contrats en instance, (celui des Télémorphoses d’Alala de Guy Monréal et Nicole Claveloux, celui de Ah Ernesto de Marguerite Duras et Bernard Bonhomme…) qui me mettait, en raison de son refus, dans une position de délinquance juridique, alors qu’en les signant, ils auraient légitimés enfin ma situation en me mettant à couvert de l’enquête dont me menaçait le Tribunal de Commerce de Paris qui me surveillait et dont la Sarl dépendait. C’est ce dont m’avaient averti François Clément porte-parole du Syndicat National des Éditeurs et Michel Dupouey, Compagnon de France et directeur général du Cercle de la Librairie et du Syndicat national des éditeurs, puisque j’étais seul responsable juridiquement, devant ce Tribunal de commerce au titre de gérant majoritaire de la gestion de la Sarl française Un livre d’Harlin Quist.

            Mais peine perdue, chaque fois que je lui soumettais ces contrats, il me les rejetait en ricanant …

Détail technique encore : ces contrats d’achats de droits d’exploitation d’un livre qui devaient lier nos deux sociétés – sa société anglo-américaine (dont il était seul actionnaire) à la Sarl française – étaient obligatoires et nous étions tenus, lui et moi, juridiquement de les établir.

           De mon côté, je m’étais soumis à la règle et j’avais ainsi signé, au début de la création de la Sarl française et au nom de cette Sarl, conformément aux lois internationales du commerce, quatre contrats pour les quatre livres qui avaient été imprimés et importés des États-Unis, dont les droits appartenaient à la Société anglo-américaine ( Qu’est-ce qu’un enfant, Le géant égoïste, Les délicieuses prunes du méchant roi Oscar, et l’Histoire des quatre petits enfants) et il était donc normal que je demande à Harlin Quist, comme me le demandera peu après cela, l’enquêteur du Tribunal de commerce qui me contacta pour me dire qu’on me soupçonnait de ne pas être en règle et de détourner l’argent qui revenait des ventes des livres à l’étranger…de ratifier ces contrats.

          Tenant bon et refusant de céder, Harlin Quist, qui n’en était pas à sa première infraction, décida de passer outre mes résolutions et se procura ces films des illustrations du Galion en allant directement à Clamart et en commandant, de ma part, à Mr Ternard, le photograveur, ces films négatifs qui seraient établis à partir des originaux qui m’avaient servi à imprimer la première édition.. 

         Ce qui revient à dire qu’Harlin Quist, n’entendait déjà pas, délibérément, s’engager à payer la fabrication de ce jeu de dupli de films indispensables à son impression du Galion outre Atlantique (Soit un coût total de 2 millions d’anciens francs qui correspondait au nombre important des illustrations en pleines couleurs et en pleines pages du livre de Mordillo) et qu’il faisait ainsi reporter, sur moi, à mon nom et au débit du compte de la Sarl française, l’obligation de payer la facture de ces films.   

         Coût que je ne voulus pas, résolument pas, endosser, lorsque la facture m’arriva. Pour la simple raison, comme je tentais de l’expliquer au photograveur, Mr Ternard, que je n’avais pas été le commanditaire de ce jeu de films et que j’étais seul, au titre de gérant majoritaire, à pouvoir le faire …

 Raisonnement auquel Mr Ternard, homme aimable et consciencieux, à la tête d’une petite entreprise fort estimable et dont les employés avaient été très chaleureux avec moi … ne pouvait souscrire. Même s’il reconnaissait, comme je le lui fis remarquer, avoir été imprévoyant en omettant de me prévenir de la commande d’Harlin Quist… Son objectif, on le comprend, était, avant tout, de se faire payer. Et ses arguments consistaient à dire que c’était l’intitulé de la Sarl portant le nom Harlin Quist qui l’avait trompé puisqu’il pensait qu’il était le patron et que je n’étais que son employé…

           Mr Ternard, exigeant d’être payé, déposa donc, devant mes refus répétés de ne pas endosser cette facture, plainte contre moi auprès du Syndicat National des éditeurs, où j’avais des amis qui, à plusieurs reprises, m’avaient accordé des prix… et tout aurait pu alors encore s’arranger sur le plan judiciaire si j’avais accepté de transiger et de céder, en payant cette facture.

           D’autant plus facilement que le compte de la Sarl française n’était pas sans provisions puisqu’il détenait 5, 600 millions d’anciens francs en banque.

           Mais je m’entêtai et décidai que cette occasion-là était enfin celle, la pire évidemment, mais la plus adéquate, que je pouvais saisir pour faire comprendre à Harlin Quist que je ne voulais plus être impliqué dans ses infractions ni couvrir ses exactions…

          Cette affaire de paiement en France entre Mr Ternard et moi, tandis qu’Harlin Quist à New York avait en main maintenant tous les moyens de se refaire une santé en imprimant son édition américaine à gros tirage du Galion me semblait grotesque et presque incroyable. J’étais perdant sur toute la ligne.

          Pourtant, persistant à ne pas vouloir endosser la dette de mon associé, tandis que Mr Ternard, on le comprend, persistait à vouloir être payé, l’affaire suivait juridiquement son cours en s’envenimant…nous menant dans un premier temps devant le Syndicat National de l’Édition, dont le conciliateur était Mr Bussières, photograveur de la rue des Plantes – dont je fis la connaissance, et où je ferai plus tard photograver plusieurs illustrations de livres publiés dans le cadre de Grasset Jeunesse – Homme affable et rigoureux qui me fit, dès la première séance, comprendre, tout en reconnaissant ma non-responsabilité dans la commande effectuée par Harlin Quist à Mr Ternard, que la solution d’un arrangement à l’amiable s’imposait…

          Mais, qui se montra vite, puisque je refusai sa proposition, intransigeant et catégorique. Son verdict étant qu’il était de ma responsabilité de payer la facture et de me faire rembourser par mon associé…

Ce qui me vaudra, puisque je me tins à la résolution que j’avais prise en persistant à dire que je n’endosserai jamais cette facture de 2 millions d’anciens francs, plusieurs relances et tentatives comminatoires de conciliation émanant de Mr Ternard en vue de cet arrangement amiable… mais que je rejetai encore avec la même opiniâtreté…

         Jusqu’au dénouement prévisible : Mr Ternard, sur l’instigation de Mr Bussières, et contre l’estime qu’il me portait et que je lui rendais, demanda alors, par voie juridique, avec l’appui du Syndicat National de l’Édition, d’obtenir la saisie du compte bancaire de la Sarl française.

         Ce qui fut fait. Saisie qui impliquait la mise en liquidation de la Sarl française et me privait, du même coup, puisque sans plus de structure éditoriale juridique, de poursuivre toutes activités d’édition.

Je rappelle néanmoins, en me répétant, que cette mise en liquidation, avec saisie du compte bancaire de la Sarl, m’arrivait alors que le compte en banque était largement approvisionné puisqu’il détenait la somme de 5, 600 millions d’anciens francs.

          Reprenant mes esprits fin janvier 73, alors que le compte de la Sarl était bloqué, que je n’avais plus un sou en poche, ni aucune perspective d’en avoir, c’est avec l’aide de Marie de Poncheville de Bayard Presse et de l’avocat qu’elle me présenta, Jules-Marc Baudel, que je pus obtenir que :

           --la menace de mise en liquidation devienne un concordat de paiement des dettes – la dette étant celle relative à l’établissement des films négatifs commandés par Harlin Quist – appelé encore mise en redressement judiciaire, par étalement sur quatre années selon un concordat d’apurement des dettes.

           --je conserve, puisque je n’avais pas été mis en faillite et que je n’étais pas déchu de mes droits de gestion de la Sarl Un livre d’Harlin Quist, la responsabilité de continuer à m’occuper du stock des 30 livres qui avaient été publiés et que j’avais entreposés dans un box de Saint Maur des Fossés. Ce qui me permettait d’avoir un droit de regard sur ces 30 livres, en établissant, d’après les relevés de vente de ces livres en librairie, que me fournissait François Béra, directeur de la société de distribution Diffédit qui les diffusait, les factures mensuelles correspondant à ces ventes. 

             Mais sans toutefois en encaisser les montants, puisque ceux-ci allaient alimenter le compte de la Sarl bloqué par le Syndic de gestion, commis par le Tribunal de Commerce en vue de l’apurement des dettes.

            Par contre je sus, par un commandement du Tribunal de Commerce que le concordat que j’avais obtenu me contraignait à m’acquitter personnellement de 4 fois 4,800 millions anciens francs pour que la Sarl puisse être remise à flot et que les 30 livres puissent recommencer à être réexploités normalement.

Ce qui ne sera possible que presque 4 ans après, en 1976.

           Mon entrée chez Grasset fut une survie.

           Je payai de ma poche, le premier quart de ce concordat de redressement judiciaire, en le prenant sur les sommes mensuelles que je recevais des éditions Grasset, en avance sur mes droits de concepteur-directeur de collection des 30 livres que je m’étais engagé à produire dans le département Grasset Jeunesse…

           Puis je trouvai ensuite, à l’issue de mon contrat de deux ans chez Grasset, avec François Béra, le directeur de la société Diffédit qui continuait de distribuer les premiers trente livres de la Sarl, le moyen de faire payer les trois autres quarts restant prévus dans le concordat de redressement judiciaire, par la société des Éditions Universitaires, qui était l’actionnaire majoritaire de cette société de distribution Diffédit – Deux Sociétés (d’édition et de distribution) dans lesquelles figurait Jean-Pierre Delarge –,  en louant mes services, en contrepartie de leur investissement, à ces Éditions Universitaires au titre de directeur d’un département jeunesse à créer dans leur maison et en leur accordant en dot les droits de réédition des 30 premiers livres qui avaient été publiés dans la Sarl française Un livre d’Harlin Quist.

 

DE LA MORT DE G. POMPIDOU ET DU DÉBUT D’AUTRES DÉBOIRES

 

SIXIEME REMARQUE (qui était la cinquième dans l’ordre chronologique de l’article de Cécile Vergez-Sans) :

             Cécile Vergez-Sans dit :

            Selon F. Ruy-Vidal, son « recrutement allait dans le sens dynamique voulu par J. Chaban-Delmas : réimpulser les structures économiques nationales par la mise en place, via des chercheurs de tête, de dynamiseurs hors des cadres habituels[75] ».

           «La dégradation des résultats financiers du groupe occasionne le départ de Simon Nora; le président Pompidou est remplacé par Valéry Giscard d’Estaing; c’est Jacques Marchandise, issu de Péchiney-Ugine-Kuhlmann, qui prend la tête du groupe : « L’heure n’était plus à la fantaisie ni au flirt avec les idées libertaires[76]. » Au bout de 18 mois, F. Ruy-Vidal se voit demander d’adapter sa production pour augmenter sa rentabilité.

            Non pas 18 mois, mais moins d’un an, puisque ma période de grâce, vécue chez Grasset, s’est étalée de mai 73 date de mon entrée rue des Saints Pères, au 2 avril 74 exactement, date de la mort de Georges Pompidou : soit 11 mois. Après lesquels, ce fut la fin de ma protection puisque Simon Nora et Jean Boutan, furent limogés du groupe Hachette. Jean Boutan fut rattrapé pendant quelques mois par Gallimard puis s’exila à New York en acceptant un poste de direction à la Banque Mondiale… et ce fut la raison de son divorce d’avec Mila Boutan.

            Là, dans ce passage, Cécile Vergez-Sans au mépris de l’histoire, se lâche, invente et délire complètement. Comme je l’explique plus longuement dans le chapitre de mon autobiographie professionnelle Un parcours d’ambitions simples, au chapitre de l’année 1974, année terrible, le départ de Simon Nora a très peu de choses à voir avec les résultats d’Hachette.

           Sinon qu’il fallait, puisque la présidence de Georges Pompidou était jugée laxiste sur le plan politique par les jeunes loups de la droite impatients qui étaient arrivés aux pouvoirs (Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chirac, poussé, lui, aux trains par la troïka extrémiste formée par Marie-France Garraud, Pierre Juillet et Charles Pasqua) de pratiquer de véritable purges pour reprendre, aux personnalités de gauche, socialistes ou communistes mises en place, ou simplement tolérées, par le général de Gaulle et les gaullistes dont Georges Pompidou était, en compensation et par reconnaissance des services que ces personnalités avaient rendu pendant la Résistance, tous les postes importants qu’elles occupaient sur l’échiquier culturel et industriel français.

            Il se trouvait encore à cette époque-là que de nombreuses personnes, d’obédience socialiste ou communiste – le Président Pompidou n’étant pas un extrémiste de droite –, avaient en charge certaines entreprises nationales, ou “nationalisées sans l’être officiellement” comme l’était Hachette.

           Certains de mes amis américains, qui auraient mieux fait d’ailleurs de regarder la poutre qu’ils avaient dans l’œil plutôt que notre paille, s’en étonnaient toujours en affirmant, à juste titre néanmoins, que notre presse et nos éditions n’étaient pas libres – la faute en était à la survivance de notre Ministère de l’Information qui au nom de la voix de la France contrôlait aussi bien la Presse que les médias audiovisuelles et l’entièreté de la sphère édition – et que les Français manquaient de courage, qu’ils se flattaient bien forts d’avoir l’esprit démocratique mais sans en avoir les pratiques.

           Et à tout bien considéré, c’est par décision de Jacques Duhamel, sous la présidence de Georges Pompidou, Ministre des Affaires culturelles, du 7 janvier 1971 au 28 mars 1973 – celui qui avait placé Jack Lang à la direction du Théâtre de Chaillot – et avec l’assentiment de son épouse Colette Rousselot (impliquée, elle, dans les Éditions de la table ronde), qui m’avait repéré, que, via Simon Nora conseiller, avec Jacques Delors, de Jacques Chaban-Delmas, je fus choisi au début de l’année 72, approché par l’adjoint de Maurice Fleurent, Jean-Loup Chifflet, exactement à la foire de Bologne en avril 72  – «Maurice Fleurent est en panne d’imagination » me dira Jean-Loup Chifflet – puis sollicité enfin clairement, en février 73, par Jean Boutan, l’envoyé de Simon Nora, au motif que l’on pensait que je pouvais « revigorer le secteur jeunesse du groupe Hachette ».

           Proposition inespérée, tombant à point, qui me permettrait de publier, puisque la Sarl était immobilisée par la mise en redressement judiciaire, les plus de 20 livres que j’avais préparés et qui étaient bons à aller sous presse.

         Je répète qu’il s’agissait alors, à partir de mai 74, de véritables purges. Et qu’elles avaient, pour double objectif, de faire rentrer dans le rang les relents des velléités libertaires de mai 68 qui planaient encore dans les esprits, aussi bien que de reprendre en main les rênes de la créativité que détenaient des responsables de gauche occupant des postes clés dans des entreprises culturelles semi nationalisées ou complètement nationalisées.

         Je dis bien des purges. Purges dont pâtirent :

              --Jack Lang qui avait été placé par Jacques Duhamel à la tête du Théâtre de Chaillot et avec qui j’étais en projet pour la création d’un journal pour adolescents.

              --Antoine Vitez et le spectacle qu’il avait monté autour de Vendredi ou la vie sauvage de Michel Tournier

              --Denise Glaser et Raoul Sangla et leur émission musicale pourtant très appréciée Discorama

Mais purges qui ne durèrent, fort heureusement, que pour ce temps de grâce, accordé à partir du 27 mai 1974 au nouveau président de la République Valéry Giscard d’Estaing et pendant derniers mois de l’année 74, avant d’être remplacé, une fois ce temps de grâce passé, par un climat plus tempéré, empreint de plus de mansuétude et même de quelques avancées démocratiques en matière de droits des femmes plus particulièrement avec les arrivées de Françoise Giroud et de Simone Veil. 

            De la manière dont Cécile Vergez-Sans présente l’arrivée de Mr Marchandise comme s’il avait été l’omnipotent stratège en “littérature économique”, seul à vouloir et pouvoir rentabiliser le groupe Hachette, sans dire qu’il était surtout le prétexte pour la nouvelle équipe gouvernementale d’accaparer toutes les clés du pouvoir en les confiant à des personnalités de leur camp… et en oubliant de dire que le baron Fasquelle, pour ce qui était du petit royaume de Grasset-Jeunesse, profitait de l’occasion de ce changement de régime et de ce climat de purge, pour se venger de l’humiliation que lui avait imposé Simon Nora en me confiant le rôle de créer Grasset Jeunesse, elle falsifie tout simplement ces faits alors qu’ils sont inscrits dans l’histoire de cette période et dans l’histoire de Grasset-Jeunesse.

 

SEPTIEME REMARQUE (sans changement de place) dans l’ordre chronologique de l’article de Cécile Vergez-Sans :

           Cécile Vergez-Sans dit :

           Ici, toutes proportions gardées, le discours théorique cherche également à assurer cette entrée dans le domaine de l’art.

          Cécile Vergez-Sans me prête des intentions que je n’ai jamais eu. Par contre j’ai toujours parlé d’arts d’expression à propos de la littérature et de l’illustration, ce qui est bien différent.

Lesquels arts d’expression suscitent obligatoirement, quand ils ne sont pas adaptés et atrophiés pour n’être que compris par des enfants, ce principe des trois lectures : la première étant émotionnelle et sensorielle pour les images ; la deuxième, plutôt et avant tout, intellectuelle pour le texte ; et la troisième en surplomb des deux premières, contrapunctive et distanciatoire. Processus très bien défini par Marshall Mac Luhan mais qui semble passer bien au-dessus de la tête de Cécile Boulaire et de Cécile Vergez-Sans.

 

DE L’AVANT-GARDE, DE LA JEUNE GARDE ET DES FEUILLES MORTES

 

HUITIEME REMARQUE ( qui était la quatrième dans l’ordre chronologique de l’article de Cécile Vergez-Sans) :

 

            Cécile Vergez-Sans dit :

           François Ruy-Vidal, se décrivant lui-même comme éditeur d’« avant-garde », , terme qui, historiquement, ne laisse pas de faire question, mais qui nous intéresse ici en ce que l’éditeur se l’approprie pour souligner une pratique novatrice et isolée.

 

          Je ne me souviens pas avoir jamais dit que j’étais d’avant-garde.

         Que Cécile Vergez-Sans retrouve le texte, la date, la situation…et me prouve le contraire.

Il me semble cependant, du temps où j’étais opératif, n’avoir parlé plutôt  que de jeune garde…celle-ci se renouvelant tous les dix ans à peu près… mais je peux me tromper…

         Cette avant-garde me fait penser à une phrase, empruntée à Jean Guitton, dont Jacques Chirac se resservit à un moment d’une de ses deux présidence, en répondant à quelqu’un qui lui conseillait de se mettre au goût du jour et d’être dans le vent « Être dans le vent, merci pour moi, ce serait avoir le destin d’une feuille morte !» 

         Par contre, je savais parfaitement que dans l’esprit de certaines personnes bien installées dans leur fonction de prescription, bardées de diplômes mais avec un pois chiche dans la tête, que ce terme d’avant-garde n’était pas un compliment. Cécile Boulaire a très bien confirmé cette dévalorisation très récemment dans son livre paru aux Éditions Didier Jeunesse, en réservant à cet avant-gardisme des qualifications plutôt sinistres.

            A Mme Boulaire et à Cécile Vergez-Sans, je dédie pour tenter de les faire réfléchir, la citation de Roland Barthes : «Etre d'avant-garde, c'est savoir ce qui est mort ; être d'arrière-garde, c'est l'aimer encore.»

           Pour ma part, même à cette époque-là, je ne me faisais pas d’illusions sur les qualificatifs qu’on m’attribuerait.

           Pour disqualifier les livres que j’avais publiés, ces mêmes personnes, sans jamais parler de mes compétences pédagogiques, de ma passion et de mes connaissances en littérature et de mes goûts pour les illustrations de type graphiques, me traitaient ouvertement de dandy, de farfelu, de n’avoir pas conscience de l’état d’indigence dans laquelle se trouvait au moins un tiers des 13 millions d’enfants en France…en m’accusant même « d’être d’immoral et de donner à ces pauvres enfants du peuple des avant goûts pour des produits artistiques qu’ils ne pourraient pas satisfaire ensuite»…et donc de «faire des livres pour les fils de médecins» ou même, selon mon ancien copain d’avant son élection au Ministère de la culture, Jack Lang : «des livres élitistes» …etc…

            Cela dans l’intention de justifier du même coup, cela va sans dire, ce que j’ai appelé la production paupériste, relevant d’une idéologie d’endoctrinement de masse, restrictivement adaptée à un certain niveau moyen des enfants, qui leur semblait être, en fonction d’une surestimation de la classe sociale à laquelle ils appartenaient, la seule panacée que ces pauvres enfants indigents des classes défavorisées méritaient d’avoir et pouvaient comprendre.

            Finalement, je dirai en conclusion que, pour ma part, alors que Cécile Vergez-Sans se focalise presqu’essentiellement sur mes professions de foi, que le thème central de son article : Le discours des éditeurs français d’albums pour la jeunesse n’a pas été traité.

            Ne serait-ce qu’à considérer les catalogues qui ont accompagnés, chaque fois, les quatre étapes de mon parcours professionnel mais dont Cécile Vergez-Sans, feignant de les ignorer, ne cite pas un mot. Alors qu’ils sont, et restent, des révélateurs patents et des signes témoignages de mes prises de conscience de l’état de fait, immobiliste et pérenne, que les grands trusts d’édition nous avaient imposé et qu’ils avaient tout intérêt à maintenir, pour continuer d’exploiter ce filon d’un sous-genre de littérature pour la jeunesse qui faisait leurs choux gras.

           Ne croyant pas en l’ignorance de Cécile Vergez-Sans, choisissant de penser que ces manques ont été “programatiquement” calculés, je ne peux que m’indigner de ces absences et de ne retrouver dans son article que la citation de Grasset-Jeunesse, avec son aphorisme à l’emporte-pièce : « Il n’y a pas de littérature pour enfants il y a la littérature ». Cécile Vergez-Sans ne reprend cette citation, comme elle le dit elle-même, que parce qu’elle est :  «…toujours très connue et fréquemment reprise…» donc popularisée, que pour bénéficier, à peu de frais, de cette popularisation alors que, selon toute vraisemblance, elle ne l’a même pas comprise et, partant de là, n’a pas été en mesure de l’expliquer aux lecteurs éventuels de Mémoire du livre.

 

                                                    François Ruy-Vidal

                                                    18 novembre 2019

 

 

 



29/01/2020
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