33. LE LIVRE PULSION, LE LIVRE RISQUE ET LES AUTRES

   

LE LIVRE PULSION, LE LIVRE RISQUE,

ET LES AUTRES…

 

          Dans le courant des années 70, En conclusion d'un congrès organisé à Nantes par le Syndicat Français des Libraires, unanimement et consensuellement, toute la profession s'était ralliée à une formule lapidaire qui me surprit beaucoup à l'époque : « Le livre doit répondre ou créer une pulsion. »

Formule hardie, quoiqu'un brin schématique puisqu'elle n'est  qu'un calembour digne de réflexions. Formule qui donne pourtant une définition audacieuse du livre, qu'il soit pour adultes ou pour enfants, qui est et restera encore et toujours, selon moi, valable, alors pourtant que la vogue actuelle, dans la suite de vogues incessantes, nous prédispose aujourd'hui, à plutôt à réclamer ce docu-livre qui a remplacé la forme beaucoup plus littéraire et romancée de ces années-là…Alors que nous ignorons "de quoi demain sera fait" et quel genre de livres nous pourrons être amenés à plébisciter.  

 Hardie, schématique, nous interpellant,  cette réponse n'en est pas moins, à première vue, séduisante ! Elle a sa véracité et son impact bien que, pour ma part, je craigne trop ne pas partager avec les libraires le même sens à attribuer au terme "pulsion". A les entendre habituellement je suis presque certain qu'ils pensaient plutôt à une notion plus en adéquation avec leur entreprise commerciale et que  "motivation d'achat" conviendrait mieux à leur définition.

Toutefois, chacun de nous appréhendant mots et phrases à notre guise, en les détournant parfois du sens que l'auteur désirait leur faire porter, qui de nous, aimant les livres, n'a pas cédé, avec fébrilité, au plaisir intense et à la curiosité gourmande de dévorer tel ou tel ouvrage, pour satisfaire, justement, à ce "désir"ou à ce "besoin" irrépressible de lire.

  Une réflexion néanmoins s'impose qu'on pourrait situer dans l'ordre de l'analyse et de la dialectique : qu'entendons-nous exactement par pulsion ?…Il en est de plusieurs sortes : de spirituelles et d'animales, d'instinctives et de maîtrisables, de raisonnables et d'irrévocables, de funestes et d'irrépressibles, d'enrichissantes et de nocives et destructives, de réductrices et d'épanouissantes !…

Que le livre les servent, y répondent et en suscitent…quoi de plus naturel si on part du principe que la liberté de pensée et celle d'expression de cette liberté existent, que leurs diffusions sont des  droits inaliénables de notre démocratie républicaine et que, somme toute, nous sommes et restons entre humains !...

Certains esprits chagrins vous diront justement le contraire. Que certains écrits causent d'irréparables ravages et qu'on ne peut pas, en certains cas, répondre à des idées nuisibles par des idées salutaires, à des conditionnements par des illuminations, à des séductions ravissements envoûtements aliénations… par de saines réactions de rejet et par un refus de se laisser endoctriner!…

Tout dépend selon moi, voyez-vous, de ce à quoi les livres que nous avons lus nous ont préparé et formé.

Mais il me semble évident de penser, si on n'a lu que des bréviaires, gobé que des messages d'encens positifs et observé benoîtement que des principes de bonne conduite, qu'on ne s'est pas préparé à résister aux livres conditionnant. Comment s'étonner alors, si on ne s'est pas préparé au mal, qu'une fois exposé au mal répandu, on n'ait pas d'autre issue que d'y sombrer !…

 

                      LES LIBRAIRES NE SONT PAS DES SAINTS.

 

Appliqué aux enfants et à la jeunesse, pour des questions d'immaturité du lecteur, la formule des libraires ne peut susciter qu'incompatibilités et chausse-trappes…A bien y réfléchir, la formule étant des plus générales, convenons que chacun de nous n'est pas enclin à satisfaire les mêmes pulsions intérieures, ni motivé, venant de l'extérieur, par les mêmes pulsions mobilisatrices.

D'autant plus que, pour ce qui concerne le livre, nous souhaiterions parfois plutôt, au lieu de nous prêter et de nous livrer à certaines pulsions, de pouvoir les maîtriser et de nous en protéger.

Sous prétexte de passer pour sarcastique, je dirais que la formule est celle d'un marchand, prêt à vendre "n'importe-quoi-qui-serait-susceptible-d'être-vendable", et qui  ajouterait – ce que m'a dit réellement, un jour, un libraire, avec un brin d'humour : « Vous savez, mon cher, les libraires ne sont pas des saints, leur tiroir-caisse commande : ils vendent ce qui se vend ! »

 

 

 

                   
    


15/04/2007
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