2017/10/12. CE QUI EST A HARLIN QUIST N'EST PAS A RUY-VIDAL

2017/10/12 A SOPHIE HEYWOOD

 

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Chère Sophie Heywood,

 

      Quelques précisions s’imposent qu’il me semble utile que je vous adresse avant ce colloque de Tours ouvrant sur la commémoration du “Mai 68 des enfants”
:

                          « Etre d'avant-garde, c'est savoir ce qui est mort,                                Etre d'arrière-garde, c'est aimer ce qui est mort. »

      Roland Barthes (Article de "Tel quel)

 

          J’ai cherché mon nom dans vos annonces de ce colloque de Tours mais ne l’ai pas trouvé.

         Est-ce une censure de Mme Boulaire ?... Un oubli de votre part ?...

         Quelques rappels s’imposent :

         1.Une confusion persiste à travers le temps, dont je suis en partie responsable, qui consiste à assimiler les livres que j’ai conçus en collaboration avec des écrivains-nes et des illustrateurs-trices français avec des livres conçus par Harlin Quist et importés des États-Unis. Pour la clarification des choses et pour mieux attribuer à chacun de nous les mérites ou les reproches qui lui reviennent, je vous prie de bien vouloir respecter cette distinction. Viviane Ezratty et Hélène Valotteau de la Médiathèque Françoise Sagan qui connaissent très bien ce dossier, peuvent vous aider efficacement en cela.

           2.Harlin Quist était un célibataire endurci, comme Lewis Caroll qui ne voulait pas avoir d’enfants – son amie de cœur, Joane Pike, fut obligée de demander à un de ses collègues, un professeur Noir, de lui faire une petite Alyson– tandis que j’étais, moi, un jeune pédagogue passionné de littératures et d’illustrations qui ne trouvait pas, sur le marché français, de livres intéressants ni pour son fils ni pour ses élèves.

Pour moi, quand nous nous connûmes, en octobre 64, Harlin Quist était un fondamentaliste traditionaliste et les dix livres “à moins de un dollar” qu’il avait publiés chez Dellacorte, étaient irrecevables, puisqu’ils portaient cette marque de traditionalisme fondamentaliste et ne comportaient que des auteurs classiques anglo-saxons qui me paraissaient, tant j’étais convaincu par mon désir d’autre chose, complètement déconnectés donc de la littérature contemporaine.

        Je rappelle cela pour expliquer qu’à cette époque-là, nous avions, Quist et moi, la trentaine passée et que nos engagements, de part et d’autre de l’Atlantique étaient précis, confirmés, à la mesure de nos goûts, de nos aspirations, de convictions politiques et de nos personnalités.

        Pour ma part, mon engagement dans l’action culturelle, hérité de celle qui avait été mon inspectrice, Christiane Faure, belle-sœur d’Albert Camus, position, m’avait déjà, avant notre rencontre, incité, sans être éditeur et sans aspirer le devenir, au titre de co-responsable d’une troupe de comédiens et co-producteur de spectacles de Théâtre pour jeune Public, à faire appel, afin de renouveler le répertoire de ce théâtre pour la jeunesse,  à des auteurs contemporains : Louis C Thomas, Eugène Ionesco, Marguerite Duras, Samuel Becket et Jean-Claude Brisville.

         Ce qui me permet d’insister en faisant remarquer que je ne partageais pas, pas du tout, les options classiques et traditionalistes d’Harlin Quist, options que je jugeais totalement inacceptables, même si j’estimais louables ses intentions de rabattre les prix de vente des ouvrages qu’il publiait à moins de un dollar.  

           Harlin Quist et moi-même constituions alors une balance à deux plateaux dont John Ashbery le grand poète aux yeux attendrissants et souriant DE un mage bouddhique, était le fléau. Sur un des plateaux se trouvait Harlin Quist avec son avantage en édition et sur l’autre plateau, moi-même, le petit novice en édition mais avec une avance en pédagogie et en littérature. John Ashbery, le fléau, se positionnant tantôt vers moi, tantôt vers son compatriote, pour nous inciter à nous comprendre, à nous admettre et à nous enrichir de nos différences pour le plus grand profit des enfants des deux bords de l’Atlantique.

         Après moult discussions, c’est quand Harlin Quist se mit à considérer mes propositions d’édition à partir d’auteurs et d’illustrateurs contemporains non spécialisés en littérature enfantine comme envisageables et acceptables, que nous commençâmes à penser possible un accord entre nous.

Mais parlant alors des auteurs américains qu’ils pouvaient contacter en équivalence aux auteurs européens que j’avais sollicités, alors que je suggérais qu’il cherche du côté des héritiers de Faulkner, Hemingway, Scott Fitzgerald, Steinbeck ou des écrivains biens vivants J. D. Sallinger, Carson McCullers, Tennessee Williams  …  il préféra solliciter Mark Van Doren Somebody came, ou Lorraine Fox Famous Sally  et, fort heureusement, mais parce que les agents de ces deux auteurs les lui avaient proposés, Robert Graves Two wise children et Richard Hugues pour les deux livres sur la petite poupée de bois Gertrude and the mermaid et Gertrude’s child.

       Je vous dis cela, chère Sophie Heywood, pour que vous nous départagiez et que la confusion entre nos options ne se répercute pas dans le public.

       Nous nous sommes influencés l’un l’autre, nous avons été amis, mais il n’en reste pas moins cependant que lui c’était lui, qui pensait pouvoir faire un livre à partir de rien et qui fit quelques livres à partir d’une simple idée qui lui passait par la tête, alors que moi c’était moi, qui ne pouvais pas penser à un livre s’il ne commençait pas par un écrivain non spécialisé en littérature enfantine.

 

                        Et avec mes amicales salutations.

                                                             François Ruy-Vidal



25/11/2017
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